Le Sexe Neutre existe t-il ?

Le «troisième sexe» existe-t-il ? Saisie par un sexagénaire intersexe, la justice va devoir trancher© Jonathan Drake Source: Reuters

Le «troisième sexe» existe-t-il ? Saisie par un sexagénaire intersexe, la justice va devoir trancher

La Cour de cassation doit trancher face au cas de Jean-Pierre, un sexagénaire né «sans pénis ni vagin» et qui souhaite faire figurer la mention «sexe neutre» sur son état civil.

Devant la Cour de cassation, Bertrand Périer, l’avocat de Jean-Pierre, psychothérapeute de 65 ans né «sans pénis ni vagin», n’a pas mâché ses mots le 21 mars : «Jean-Pierre n’est ni homme ni femme. Il ne se sent ni homme ni femme. Il ne peut devenir ni homme ni femme. Et il ne veut devenir ni homme ni femme.»

L’avocat a en outre affirmé : «[La] demande de rectification [de l’état civil] remet en cause le principe de la binarité, c’est-à-dire la limitation du sexe à deux : homme ou femme.». Dénonçant «la binarité» comme «artifice» et «construction intellectuelle», il a encore expliqué : «La nature n’est pas binaire. Je ne vois pas pourquoi, là où la nature n’est pas binaire, le droit le serait.»

De son côté, l’avocat général Philippe Ingall-Montagner a demandé le rejet du pourvoi en cassation en expliquant que la «dualité sexuelle, bien que ne faisant pas l’objet d’une définition légale spécifique, fait bien l’objet d’une prise en compte juridique généralisée».

Pour le magistrat, il y a «une position de la loi» sur ce sujet, «parce que c’est un état de fait, un état de nature». «Il y aurait trop d’incertitudes à faire autrement. Créer une nouvelle catégorie de personne, c’est quelque chose qui excède l’office du juge», a-t-il encore ajouté, précisant qu’une question «aussi fondamentale» ne pouvait être tranchée que par le législateur.

Marié et père d’un enfant adopté avec sa femme, «Jean-Pierre» souhaite que la mention «sexe neutre» figure sur son état civil. Il conteste devant la Cour de cassation une décision de mars 2016 de la Cour d’appel d’Orléans qui avait cassé un autre jugement rendu en octobre 2015 par le Tribunal de grande instance de Tours et qui donnait raison au sexagénaire.

La Cour de cassation doit rendre son arrêt le 4 mai. Plusieurs pays dont l’Allemagne ou l’Australie ont déjà reconnu un troisième sexe ou genre, encore appelé sexe neutre ou intersexe.

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Par : Journaliste de RT.com
Publié le : 24 mars 2017 | 14:50
Titre original : « Le «troisième sexe» existe-t-il ? Saisie par un sexagénaire intersexe, la justice va devoir trancher »
Source : RT.com
Mise en page et publication : Lio de France / Double Genre

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Ingénierie sociale et piratage du cerveau

L’ingénierie sociale ou comment pirater un cerveau ?

« Neuro-esclaves », le livre de Marco Della Luna et Paolo Cioni, pose tout au long de ses pages la question centrale de l’ingénierie sociale : comment pirater un cerveau ?

Comment prendre le contrôle à distance d’un sujet pour, au choix, le réduire en esclavage, le détruire ou, au minimum, modifier son comportement ?

Le cerveau a deux origines : génétique et épi-génétique. On peut donc pirater un cerveau en piratant le donné génétique, ou en piratant le construit épi-génétique. Le substrat génétique est donné par la naissance, par héritage génétique. L’épi-génétique, quant à lui, se construit dans la relation avec l’environnement, notamment socioculturel.

En introduction à l’exposé de Paolo Cioni, et en écho à l’extrait de son livre cité en exergue, je vais me concentrer sur ce piratage de l’épi-génétique du cerveau, en particulier dans ses aspects socioculturels, psychologiques et langagiers. Piratage et programmation cognitive

L’ingénierie sociale consiste à pirater l’humain. L’objet de notre étude consiste plus précisément à pirater le psychisme humain, donc pirater le cerveau, ce que nous appelons du neuro-piratage (sur le modèle du neuro-esclavage).

Les implants sont ici cognitifs, ce sont des « conditionnements ». Il y a deux grands types de conditionnements, au sens de Pavlov et au sens de Skinner, mais qui tous deux se modélisent par la formule informatique IFTTT : « If this, then that », « Si ceci, alors cela ». Cet algorithme élémentaire est la racine de toute formule de conditionnement et de tout programme comportemental, qui associe un stimulus déclencheur (trigger) avec une instruction comportementale (action).

Vu sous cet angle behaviouriste, le psychisme humain ne se distingue pas substantiellement d’une machine : les deux sont composés de variables et de constantes qui échangent de l’information avec leur environnement. Le neuro-piratage du cerveau consistera à isoler les constantes, c’est-à-dire les programmes, les routines, les algorithmes, les structures, les « traditions » en quelque sorte, pour, au choix, les observer simplement (vol de données), ou les réécrire (piratage d’influence), ou encore pour les détruire (attaque en règle).

A. Les deux étapes du neuro-piratage épi-génétique : le hameçonnage et le conflit triangulé

Pirater un cerveau en passant par son logiciel épi-génétique, son environnement sémantique et socioculturel, se fait en deux temps :

1) Le hameçonnage : invisibilité et impunité qui permet de contourner les mécanismes de défense pour s’introduire dans la machine furtivement ; Pour que l’on puisse parler de piratage, il faut nécessairement que le piraté en reste inconscient.

Si le piraté est conscient du piratage, ce n’est plus un piratage, par définition. Pendant l’opération d’intrusion et de viol furtif, le pirate doit donc reproduire au minimum les apparences d’un fonctionnement normal des choses en produisant de l’indifférence à son égard ; et dans l’idéal, il doit même faire désirer au cerveau le processus en cours de son propre piratage en produisant de la confiance à son égard (fabrique du consentement par l’utilisation des mécanismes du syndrome de Stockholm). Le poisson hameçonné n’a perçu que l’asticot, pas le crochet qui va le tuer, ni le pêcheur sur la rive qui va le manger.

À l’origine, la cybernétique a été créée pendant la Deuxième Guerre mondiale par Norbert Wiener pour effectuer des calculs de balistique militaire, dont le but était de réduire la rétroaction négative, autrement dit le contrecoup et le choc en retour dans les canons et les avions qui tiraient des projectiles. Cela s’appelle le shock-testing, ou test de choc.

Transposer ces calculs de balistique militaire dans une balistique sociale permet de réduire et, si possible, de supprimer toute rétroaction négative aux impacts provoqués, tout contrecoup et tout choc en retour aux destructions que j’inflige dans la société. C’est le calcul quasi mathématique de la prise de pouvoir.

En effet, qui que je sois, où que je sois, quoi que je fasse, s’il n’y a pas de choc en retour à ce que je fais, cela veut dire que je suis en position de pouvoir. L’absence de choc en retour porte aussi un autre nom : l’impunité. Pour atteindre l’impunité, il faut devenir invisible. Devenir invisible équivaut le plus souvent à passer inaperçu, donc « se cacher dans la lumière », selon la formule maçonnique.

L’ingénierie sociale, en tant qu’art de la modification d’autrui à son insu, pourrait à bien des égards être décrite comme la version laïcisée des doctrines hermétiques et ésotériques de manipulation de masse. Historiquement, la franc-maçonnerie est la première doctrine unifiée de l’influence subliminale de masse, justiciable dans les termes d’un « grand œuvre » de constructivisme social, donc d’ingénierie sociale.

Le triangle de Karpman, ou comment devenir une victime ?   Comment devenir invisible ? Comment passer inaperçu ? Comment se « cacher dans la lumière », c’est-à-dire comment atteindre l’impunité en toutes circonstances, donc comment prendre le pouvoir et exercer une emprise totale sur autrui ?

Premier élément de réponse : inhiber chez autrui tout esprit critique contre soi, inhiber toute suspicion, toute méfiance et toute surveillance. Comment ? En éveillant la confiance ou l’indifférence. Comment ?

En se faisant passer pour une victime, de sorte à inhiber tout procès d’intention à son égard. Pour en finir avec les chocs en retour, rien de tel que de se faire passer pour une victime, un être en position de faiblesse, donc incapable de faire du mal, de commettre une violence, une violation, un viol.

Dans cette perspective, l’implémentation de la figure d’Analyse transactionnelle appelée « triangle de Karpman », dite aussi « triangle dramatique » (Stephen Karpman, 1968) est l’une des plus connues. Le triangle dramatique de Karpman consiste à réduire le discours politique à trois places : le bourreau, la victime et le sauveur.

Si le neuro-pirate ne parvient pas à susciter l’indifférence simple, il doit donc impérativement susciter la confiance en occupant la place de la victime ou du sauveur.

  Quand le statut de victime ou de sauveur est acquis par l’un des acteurs de la situation, conduisant à ce que les autres acteurs ne se méfient plus de lui, la victime ou le sauveur peut alors commencer à détruire les autres furtivement, sans même que ces derniers ne soient en état de comprendre ce qui se passe exactement. Un conflit triangulé, dont la structure est un duel entre deux acteurs supervisé et orchestré par un troisième acteur, donc dont le travail consiste à lancer puis entretenir le conflit depuis sa position située hors du faisceau de l’attention.

2) Puis, si l’on est un black hat, réécrire le code pour faire dysfonctionner la machine, provoquer un « bug » C’est la deuxième phase du piratage, qui consiste à inoculer dans les cerveaux un virus mortel « séparatiste » en introduisant des contradictions internes dans le système cible jusqu’à provoquer la rupture des parties en présence.

Une fois que l’on a gagné l’indifférence ou la confiance et que l’on s’est introduit dans la machine furtivement, ce qui est la première étape dite du hameçonnage, on peut passer à la deuxième étape : le bidouillage du code source pour faire boguer la machine. Autrement dit, la reconfiguration du système de représentations intériorisé par le cerveau pour le « cramer » comme un disque dur.

Comment fonctionne et dysfonctionne le cerveau ? Pour savoir comment faire dysfonctionner le cerveau, il faut déjà connaître son mode de fonctionnement normal. Les sciences cognitives montrent que le cerveau fonctionne normalement par héritage mimétique de stéréotypes ; autrement dit, le cerveau fonctionne par :

a) hiérarchisation : Pour le cerveau, penser c’est toujours trier, classer, distinguer, différencier, sélectionner, discriminer. Tout ne se vaut pas. Certaines choses sont supérieures à d’autres, d’autres choses ne sont pas permises et d’autres encore ne sont pas possibles. Il existe des « limites », objectives et subjectives.

Prétendre le contraire, que tout se vaut, que tout est permis ou que tout est possible, qu’il n’y a pas de limites, revient à empêcher le fonctionnement normal du cerveau, ce qui peut parfaitement relever d’une stratégie intentionnelle de guerre cognitive, psychologique et culturelle.

b) imitation : Le fonctionnement mimétique du cerveau possède un fondement cérébral : les neurones miroirs. Les neurones miroirs impliquent que les informations nécessaires à ma survie dans le monde me viennent en priorité de l’observation des autres sujets en lesquels j’ai confiance, avant même de venir de l’observation du monde objectif lui-même. C’est ce qui s’appelle l’apprentissage.

Mon cerveau ne calcule pas directement son rapport à l’environnement, il passe d’abord par les résultats que les autres cerveaux lui transmettent. Pour des raisons de synchronisation et d’organisation sociale, le cerveau voit comme voient les autres cerveaux, et non comme les faits se présentent par eux-mêmes.

L’étude des neurones miroirs a montré que le cerveau apprenait les informations nécessaires à son adaptation environnementale par imitation d’un pair, ce qui suppose déjà que ce dernier en sache plus, et surtout soit reconnu comme tel et soit pris comme référence, exemple à suivre, modèle à copier, bref comme un aîné et un support d’appariement et d’imitation stéréotypée.

c) modélisation : Le cerveau appréhende son environnement au moyen de stéréotypes. « Stéréotype » est un autre mot pour représentation, modélisation, théorie, schéma. Or, la représentation n’est jamais équivalente au réel qu’elle représente. Le réel (le territoire) est composé de nuances infinies. Mais le cerveau n’est pas équipé pour traiter l’infini en soi, pas plus que des nuances infinies. Il ne les voit pas, tout simplement.

De plus, traiter l’infini est par définition une quête sans fin car les nuances et la complexité sont fractales, on les retrouve à toutes les échelles d’observation comme des poupées russes emboîtées. À un moment, si l’on veut simplement agir, il faut donc s’arrêter sur une portion de réel et sur une version provisoire de sa représentation : ce que l’on appelle une théorie.

Une théorie est toujours approximative, hypothétique. Le cerveau étant incapable de traiter le réel et ses nuances infinies directement, il doit donc nécessairement passer par des représentations schématiques, des modélisations, des théories, des stéréotypes simplificateurs qui ne retiennent que les grandes lignes.

On peut donc parler du rôle positif des stéréotypes, y compris des stéréotypes de Genres, dans la psychogenèse, et même de leur rôle incontournable. Et il est impossible de s’affranchir de ce mode de fonctionnement, au risque d’handicaper son fonctionnement normal. Chercher à empêcher l’une de ces trois activités, c’est chercher à empêcher le fonctionnement normal du cerveau.

Pour faire boguer le cerveau méthodiquement dans le cadre d’un conflit triangulé, il faut donc lui injecter un virus anti-mimétique, anti-hiérarchisation et anti-stéréotypes. Ce handicap provoqué est très exactement le but du neuro-piratage et de l’ingénierie sociale négative (IS-). La transmission pédagogique qui assure la continuité socioculturelle et le continuum de tout groupe organisé repose sur l’imitation hiérarchisée de stéréotypes, c’est-à-dire sur la définition et la communication de normes.

Sans normes, sans langage commun, un groupe explose. Pour désorganiser un groupe et le détruire à terme, il faut donc briser son continuum en brisant sa capacité à l’imitation hiérarchisée de stéréotypes et à la communication de normes. Ces contraintes structurelles du système nerveux central font que l’égalitarisme, c’est-à-dire l’interdiction de hiérarchiser les valeurs et les êtres en fonction de stéréotypes, aboutit à plonger le cerveau dans un état d’incapacité au mimétisme, à l’apprentissage et à la socialisation normative.

B. L’idéologie de la confusion des genre

L’idéologie de la confusion des Genres, impliquant la confusion des générations, qui cherche à empêcher, voire interdire l’imitation hiérarchisée de stéréotypes fondateurs pour l’identité et qui rabat tout sur le choix individuel, est le virus mental prototypique à injecter au cerveau pour le faire dysfonctionner.

Le fait que le cerveau ait une origine génétique mais aussi une origine épi-génétique a servi de prétexte au constructivisme de la confusion des Genres pour affirmer que l’on pouvait s’abstraire totalement de l’origine génétique dans la construction épi-génétique de l’identité de Genre. Les femmes et les hommes ne sont pas des anges, des esprits purs, mais des créatures incarnées avec des corps génétiquement différents.

Notre identité socioculturelle, dont l’identité de Genre fait effectivement partie, est une représentation du corps, donc un rapport au corps et à notre héritage génétique. Cette identité de Genre, soit la représentation du sexe, est donc construite par indexation sur la différence anatomique d’origine génétique, et élaborée au travers du rapport différent à l’environnement et à autrui

L’identité de Genre est donc effectivement une représentation construite, mais depuis un socle réel malgré tout, celui de la différence génétique hétérosexuelle, qui implique l’hétéro-normativité, sauf à produire des effets de déréalisation psychotique. Quand un homme croit être une femme ou l’inverse, il s’agit au minimum d’un syndrome psychotique.

Le premier système de représentation du cerveau est donc non seulement sexué mais encore hétéro-normé. L’hétéro-normativité est la source de toute norme, c’est la norme des normes, la méta-norme. L’absence de normes ne présente pas de problème tant qu’elle reste minoritaire et exceptionnelle, confinée dans une sphère artistique par exemple, car elle bénéficie de l’immersion dans l’hétéro-normativité majoritaire ambiante pour se re-stabiliser. En revanche, l’absence de normes est criminelle dès lors qu’elle prétend à devenir la norme.

L’absence de normes, qui signifie aussi absence de loi, rend la communication impossible, rend donc la vie en société impossible. Pirater l’Œdipe, l’hétéro-normativité, la loi fondatrice, la norme des normes, c’est donc pirater le code source hétéro-normé du cerveau qui est à l’origine de toute forme de structure psychosociale différenciée, de dialectique, d’intersubjectivité, de compétence linguistique, culturelle, civilisationnelle. Pirater l’Œdipe, c’est pirater le code racine du patrimoine épi-génétique de l’espèce humaine toute entière, c’est pirater la réalité humaine.

Éric Fassin, sociologue : « Ce qui est en cause, c’est l’hétérosexualité en tant que norme. Il nous faut essayer de penser un monde où l’hétérosexualité ne serait pas normale. » Ruwen Ogien, directeur de recherches au CNRS : « Loin de s’achever aujourd’hui, les politiques minoritaires ouvrent une brèche dans laquelle il importe de s’engouffrer pour repenser l’ordre sexuel et social. »

La lutte contre les stéréotypes de Genres vise donc à produire de la psychose, du flou identitaire psychotique, par l’orchestration d’un conflit triangulé hétérophobe. Depuis les mandats de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur, avec l’invention du délit d’« homophobie » en 2004, puis à l’Élysée quand son ministre Luc Chatel introduisit en 2011 la théorie du Genre dans l’éducation nationale ou quand furent organisés en 2009 et 2010 des colloques contre la « transphobie » à l’Assemblée nationale avec la participation de membres des lobbies les plus puissants, nous voyons se mettre en place un conflit triangulé généralisé, avec les hétérosexuels en position de bourreaux, et les non-hétérosexuels simultanément victimes et sauveurs.

Pirater le cerveau pour lui inoculer le virus anti-normatif de la confusion des Genres fait entrer l’humanité dans l’ère du capitalisme intégral, radicalisé jusqu’à la location du ventre des femmes, ce qui donne accès au pilotage scientifique de la guerre de tous contre tous. Ainsi l’on gouverne par le chaos, on organise l’anomie, la psychose sociale, la démolition contrôlée du psychisme et de la société, on effrite la réalité, on liquide même toute forme de réalité en rendant impossible de se constituer une stabilité cognitive et psychosociale quelconque. On fabrique ainsi des neuro-esclaves.

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Par : L’équipe Macro Editions | Actualités et Conspirations
Publié le : 2017
Titre original : « L’ingénierie sociale ou comment pirater un cerveau ? »
Source 1 : macroeditions.com
Source 2 : maQiavel pour agoravox TV
Source 3 : « Neuro-esclaves » de Marco Della Luna et Paolo Cioni (livre)
Mise en page et édition : Lio de France / Double genre.

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La femme parfaite est-elle une connasse ?

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Moi qui étais gonflée à bloc et motivée comme jamais pour tenir mes bonnes résolutions pour cette nouvelle année, honnêtement, on peut dire que c’est raté ! Pendant de longs mois je passais le plus clair de mon temps à enchaîner les livres, et récemment, j’ai perdu la main. Je voulais donc me rattraper en janvier, et pour commencer en beauté, j’ai pris un bouquin de mon énorme pile complètement au hasard et je suis allée m’installer dans un coin. Ce n’était ni le plus épais, ni le plus court, mais j’ai finalement compris qu’il s’agissait d’une très belle découverte et d’une petite pépite. Pour celles et ceux que ça intéresse, je vous ai fait mon compte-rendu juste ici. Je l’ai fini en quelques heures seulement, à une semaine même pas de la publication de l’article dont je vous ai parlé au début, censé me rebooster. Trois jours après j’en ai débuté un second. Malheureusement, j’ai fait tomber mon marque-pages et j’ai instantanément perdu tout mon courage pour retrouver la page. Suite à cette absence de motivation, j’ai opté pour un plan B : mon challenge séries. Et dans ce cas précis, on peut dire que ça va. J’ai attaqué ce défi le 13 de ce mois et j’en suis déjà à cinq séries vues et finies, quasiment six. Hallucinant. J’ai décidé de faire une courte pause et j’en profite pour me rattraper sur mon autre objectif, la lecture. Aujourd’hui, donc, je vais vous présenter une sorte de guide, le premier tome de « la femme parfaite est une connasse » !

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RésuméCe livre est le guide pour toutes les femmes imparfaites (il peut également être lu par les hommes qui auraient envie de combler certaines lacunes..). Vous y découvrirez notamment des théories comme la jurisprudence de la frange, la théorie du pot de cacahuètes, ou encore le concept universel du foutu pour foutu. Mais vous apprendrez aussi comment garder sa dignité quand on est complètement bourrée, comment réagir devant un bébé laid, ou les questions qu’il ne faut pas poser à un homme si on ne veut pas entendre les réponses.

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Mon avisC’est quand il a vu mes yeux de chat botté dans le rayon lecture que mon boyfriend s’est résolu à m’offrir ce petit livre, il y a un moment déjà. En rentrant à son appartement, j’ai filé au fond du lit pour le lire et le dévorer d’une traite. Je me souviens avoir beaucoup apprécié la mise en page, je me souviens également avoir ri. Et en l’apercevant au fond du placard tout à l’heure (le livre pas mon mec, vous suivez ?) j’ai décidé de le reprendre et de recommencer ma lecture. C’est rapide, léger, sympathique, drôle et frais. Sur ces quelques 160 pages, on pourra reconnaître tantôt nos copines, tantôt ces femmes que l’on ne supporte pas, et tantôt.. nous-même. Eh oui, parfois vous réaliserez que c’est peut-être vous, la connasse ! Attention, celle dont parle ce bouquin n’est pas la nana détestable que l’on a envie de frapper à coups de pelle entre les deux yeux (quoique). Il s’agit simplement d’une personne en laquelle tout le monde et n’importe qui peut se reconnaître. C’est un livre qui n’est pas à prendre au sérieux, loin de là, mais l’avoir en sa possession permet de passer un moment calme et tranquille. Pour certains ce sera juste un bouquin rempli de clichés exagérés et énervants, pour d’autres comme moi ce sera l’occasion d’avoir une lecture changeante et différente par rapport à d’habitude. À lire si vous êtes intrigués !

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Voilà, cet article est à présent terminé. Pour celles et ceux qui ont déjà eu l’occasion de se plonger dans ce petit livre, n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en avez pensé. Belle journée !

Travesti, livre de David Dumortier

Livres : Travesti par DUMORTIER David

En se travestissant, David Dumortier a exploré la face cachée de centaines d’hommes. Que dit un homme quand il est nu ? Que dissimule-t-il derrière ses vêtements et ses autres masques ? Ce récit autobiographique nous invite à regarder en face notre humanité.

Résumé

David Dumortier est poète, mystique et travesti. Lyrique en diable et salope au lit, entre plume, téléphone et cierge à la Vierge, « Sophia » module sa vie entre sexe solidaire et suave sainteté, cache-sexe et scapulaire.

Tout commença violemment, un jour, à l’élevage familial. Le père pèse, cogne, voit son fils en charcutier puis finit par partir ; la mère souffre, maltraitée puis délaissée. L’enfant, lui, se pare parmi les porcs et s’empare en rêve du corps des journaliers qui travaillent à la ferme. Interne au lycée, un temps serveur, il gagne Paris …

…où il s’épanouit enfin dans l’art du travestisme. «Tout (son) corps appelle les hommes », un art que David reçoit de Michel que le HIV emportera, un art de fard et d’amour qu’il exerce au contact de corps intenses, ceux de Mourad, Ali, Adib, Karim. Livreur enamouré, conditionnel à la lourde hallebarde, étudiants, chauffeurs de bus, vigiles, ouvriers sans papiers, Français, Africains, Syriens. Valse de noms, ronde musclée pour passants violents ou attendris.

Mais paradoxalement dans la plus totale liberté : « Je ne veux pas de propriétaire… je suis la poussière de la tourbe, un buisson qui s’habille d’un paquet d’air. » Par instants, l’aventure s’épice de drôlerie : David se fait écrivain public pour les amoureux de la Saint- Valentin, critique littéraire émirati, conférencier scolaire. D’avoir reçu en bouche tant de passants, langue affûtée et palais de soie, d’avoir tant prié au nom du Fils et parlé au bout du fil, d’« être allé à la déchéance », que reste-t-il à l’auteur de Travesti : la certitude extatique que « le sexe d’un pauvre est sacré » et que « si vous désirez vous venger du mal que l’on a pu vous faire, prostituez-vous ». Dont acte.

Par Jean-Pascal Dubost, Poezibao, 27 février 2012

Écouter David Dumortier sur France Inter

CLIQUER ICI (jusqu’en juillet 2016)

Presse

Rencontre poétique à Tramayes Le JSL

Le poète « sulfureux » David Dumortier face aux enfants Le Berry Républicain

Ce n’est pas un livre anodin, ni son sujet, ni la tendresse ou les longs cris qui le traversent ne le sont. On en sort un peu abasourdi, pas honteux comme le bourgeois qu’un mot de travers effraie, mais assez bouleversé pour ce qu’il fait toucher du doigt : la proximité des corps et leurs entremêlements même, surtout dans la confusion des genres, révèlent beaucoup de ce qui fait l’être humain.
Amélie Bruneau, Parutions.com, 16 avril 2012


Mondes Interlopes

Travesti, récit autobiographique d’une étonnante liberté, drôle, féroce, subtilement salace, parfois touchant  (…) Il tire de siinguliers portraits, entre tendresse et noirceur, d’une plume toujours allègre.
Jean-Marie Gavalda, Midi-Libre, 6 avril 2012

Coup de cœur de Raphaël Sorin pour le récit Travesti de David Dumortier
Émission La Dispute, France Culture, 6 avril 2012, à partir de la 56e minute (de 21h à 22h)

Les âmes sensibles ne trouveront dans ce récit signé David Dumortier qu’un ingrédient, le seul digne d’exister en littérature pour Julien Green: l’intolérable vérité « Travesti » s’impose avec éclat contre ceux qui pensent qu’il existe de bons et de mauvais sujets en littérature. Le jour, David est poète et auteur de livres pour la jeunesse. La nuit, il enfile ses résilles et ses bottines en cuir pour, hop !, devenir Sophia. De poète à pute, il n’y a qu’un pas, celui que passent Fouad, Rachid, Thierry et les autres chaque nuit, pour se « vider les couilles ». Avec un sujet on ne peut plus racoleur, David Dumortier invente un beau livre bizarre où s’entremêlent les descriptions ardentes de passes – entre les «tricks» de Renaud Camus et les meilleures pages de Guibert – et la peinture saisissante d’une enfance campagnarde. S’ils dévorent les cadavres d’enfants non désirés, les porcs se révèlent plus sains que le père de l’auteur, en guerre immémoriale contre la féminité précoce de son fils. Quelque part, la nature est bien faite. Et la littérature aussi, lorsque les putains s’en chargent.
Arthur Dreyfus, Technikart, Avril 2012

Le Travesti vous regarde.  Travesti est de ces textes que l’on attend pas et que l’on se prend en plein figure. Dans une langue qui fait souvent du bien et dit beaucoup de mal, David Dumortier, poète dans le civil, habitué des salles de classe grâce à ses publications jeunesse, dévoile, en une confession tour à tour rageuse et bouleversante, sa vie de travesti.
Librairie Les Cordeliers, 03-04-2012

Ce livre courageusement autobiographique raconte la vie d’un homme mal aimé dans son enfance campagnarde et rude, devenu poète et écrivain le jour, travesti la nuit (…) De mots crus en images hard, du cynisme le plus abrupt aux vacheries les plus cinglantes, le narrateur ne recule devant aucune vérité, aucune dureté, aucune noirceur. Mais ne dévie jamais de son extraordianire talent, mélange détonnant de rigueur, de poésie et d’une certaine forme de mysticisme.

Gilles Chenaille, Marie-Claire, avril 2012

Un récit brut et autobiographique, sans fard, sans travestissement, justement (cela soutenu par l’image de couverture d’une carte à jouer, la reine de cœur Sophia, le roi de pique David). Le récit alterne trois personnalités du narrateur, l’enfant, qui reconsidère en adulte des instants d’enfance, l’écrivain de jour, qui se raconte lors des tournées où il fait l’écrivain dans les écoles, Sophia, qui goûte le plaisir de se raconter et, dévoiler. Je l’ai dit, et réaffirme, ce récit, cru dans son dire, ne cherche pas la provocation salace facile en vogue (…) il cherche à faire preuve de sincérité semi-autobiographique (car rien ne dit que le travestissement n’est pas narratif, non plus), il se joue de la double personnalité du narrateur-narratrice, il livre le témoignage d’un réceptacle du désarroi humain, pas le sien, mais celui des clients. L’auteur, en poète, joue dans ce texte sur la question du « je est un autre »

Actualités

David Dumortier invité de Charles Dantzig sur France Culture
Pour écouter David Dumortier, auteur de Travesti, invité de Charles Dantzig dans « Secret Professionnel » sur France Culture, dimanche 18 novembre 2012 , cliquez ICI

SOURCE : LeDilettante.com

Genre : Récit(s)
ISBN : 978-2-84263-700-2
Date de parution : 07/03/2012
Nombre de pages : 256
Couverture : Le Dilettante
Prix : 17,00 €
Exemplaire du tirage de tête : 68,00 €

–  Pour obtenir le tirage de tête

Plus d’informations

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Auteur

DUMORTIER David

DUMORTIER David
© le dilettante

Biographie

David Dumortier est né en 1967. Arabisant, diplômé de l’Inalco
(Institut national des langues et civilisations orientales), a séjourné au Proche-Orient. Vit à Paris.
Nombreuses publications : poésie, jeunesse, récits.

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Bibliographie

Travesti, 07/03/2012.

Chez d’autres éditeurs :

Poésie
Au milieu d’Amman, éd. Al-Manar, 2008
Lettres à un homme noir qui dort, éd. L’Atelier du Colophon, 2007
Croquis de métro, éd. Le Temps des cerises, 2005
Une femme de ferme, éd. Cheyne, 2004

Jeunesse
Des oranges pour ma mère, éd. Cheyne, 2012
20 poèmes au nez pointu, éd. Sarbacane, 2012
Les bateaux qui parlent, éd. Cheyne, 2010
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Le travesti dans le théâtre du XIXe siècle

 TeatreXIXs

Le travesti dans le théâtre du XIXe siècle : une distribution à contre-genre ?

Résumé

Quelques unes des actrices les plus célèbres du XIXe siècle ont laissé à la postérité le souvenir de leurs rôles travestis. C’est notamment le cas de Virginie Déjazet – au point que le déjazet est rapidement devenu synonyme de rôle travesti – ou encore de Sarah Bernhardt. Le travesti est alors un spectacle commun sur les scènes académiques françaises – tandis que certains rôles sont écrits pour être joués en travesti, de grandes actrices s’emparent de rôles masculins pour confronter leur génie à d’autres types de personnages. Cependant, l’aisance avec laquelle les travestis arpentent les scènes semble paradoxale dans un siècle où la distribution, régie par des règles strictes, se fonde essentiellement sur la vraisemblance. Certains auteurs choisissent au cours du siècle de proposer des distributions dites à « contre-emploi », allant ainsi à l’encontre des règles de la vraisemblance mais aussi de la tradition d’interprétation du rôle. Le « contre-emploi » est alors un outil de subversion des normes qui régissent l’économie de la distribution. Peut-on considérer le travesti comme une sous-catégorie du contre-emploi, une sorte de distribution à « contre-genre » qui ne remettrait pas seulement en question l’emploi traditionnel du personnage et de l’acteur, mais aussi son genre ? Dans quelle mesure l’utilisation du travesti est-il un choix de distribution subversif pour l’époque ?

Abstract

Some of the most famous actresses of the 19th century have gone down in history due to their cross-dressing. This is the case with Virginie Déjazet – déjazet has become a synonymous with cross-dressing in the theatre – as well as Sarah Bernhardt. Cross-dressing is extremely common on the French academic stage – some roles are written to be played by a cross-dresser but several great actresses, in pursuit of acting challenges, have also played male roles. Nevertheless, the ease cross-dressers on the stage appears paradoxical in a century when casting, governed by strict rules, is essentially based on credibility. During the 19th century some authors chose to put forward a certain kind of casting known as “contre-emploi”, thus going against rules of plausibility and the traditional interpretation of these roles. The “contre-emploi” became a subversive tool to undermine the economy of casting norms. Can we consider cross-dressing as a sub-category of “contre-emploi”, a kind of “counter-gender” casting which would not only question the traditional “emploi” of the character and actor, but also his gender? How subversive is the choice of casting a cross-dressser in this era ?

1 Avant le XIXe siècle, le travesti féminin n’avait jamais été aussi populaire. Certaines actrices comme Mlle Dancourt au XVIIe siècle et Mlle Dangeville au XVIIIe s’étaient déjà rendues célèbres dans les rôles travestis, mais c’est bien à Virginie Déjazet que le travesti féminin au théâtre doit ses lettres de noblesse. C’est ce que nomme sans détour la notice qui lui est consacrée dans Le Panthéon des comédiens.

A Virginie Déjazet revenait la gloire d’édifier, sur des bases solides, « la Femme-homme ». Avant elle, on n’avait recours que très peu souvent aux grâces féminines pour mettre à la scène un tout jeune garçon dans le genre de Chérubin, ou du Duc d’York dans Les Enfants d’Edouard. Déjazet érigea en principe l’art de reproduire la jeunesse de tous les héros d’amour, de gloire ou de piquantes aventures. Elle fut successivement Richelieu et Lauzun, Bonaparte et Voltaire, Conti et Gentil-Bernard, Vert-Vert et Létorières, Lulli et le sergent Frédéric, Figaro et Garat.1

2C’est en travesti que Virginie Déjazet lance sa carrière. En 1821, elle rentre au théâtre du Gymnase et connait un énorme succès dans un rôle de jeune premier. Puis elle joue Léon, un jeune lycéen dans La Petite Sœur, et le rôle d’Octave, dans Le Mariage enfantin. Même après avoir laissé sa jeunesse derrière elle, elle s’illustre encore en jouant des personnages masculins, et elle interprète brillamment le rôle d’un chanteur dans Monsieur Garat de Victorien Sardou. Elle est alors âgée de soixante-deux ans. Sa notoriété et la gloire dont elle embellit ces rôles lui permettent alors de donner son nom aux rôles travestis qui sont ainsi nommés les « déjazets ».

3C’est bien dans la lignée initiée par Déjazet que se situe Sarah Bernhardt dont les rôles travestis qu’elle interprète dans la seconde moitié du siècle fondent la renommée. C’est dans le rôle de Zanetto, jeune chanteur florentin qu’elle se fait connaître en 1869 dans Le Passant de François Coppée.  En 1873 elle évince l’actrice interprétant Suzanne avec son Chérubin dans le Mariage de Figaro. Comme pour Déjazet, l’âge ne l’arrête pas, et c’est à cinquante-six ans qu’elle interprète le rôle d’Hamlet, qui marque encore les mémoires.

4Si la popularité du travesti féminin sur les scènes théâtrales est indéniable, elle peut cependant étonner, autant du point de vue des mœurs sociales que des normes propres à l’économie des théâtres. En effet, c’est au XIXe siècle que la différenciation entre costumes masculins et costumes féminins devient la plus marquée dans l’histoire de la mode, et un arrêté napoléonien interdit même aux femmes de « porter la culotte ». Dès lors, comment tolérer le pouvoir subversif d’une femme qui s’exhibe habillée en homme publiquement, sur une scène de théâtre ? L’aisance avec laquelle les travestis arpentent les scènes semble également paradoxale dans un siècle où la distribution, régie par des règles strictes, se fonde essentiellement sur la vraisemblance.

Emploi, contre-emploi, contre-genre

5Dans le dictionnaire de théâtre qu’il rédige à la fin du XIXe siècle, Arthur Pougin définit l’emploi en ces termes :

On appelle emploi  toute une catégorie de rôles se rattachant à un genre spécial, et exigeant, du point de vue de la voix, du physique, du jeu scénique, certaines aptitudes, certaines facultés qui sont le propre de tel ou tel individu et qui le rendent particulièrement apte à remplir cet emploi. De même qu’un vieillard ne saurait jouer les amoureuses et qu’une jeune fille ne saurait jouer les pères nobles, de même certains acteurs, nés pour le genre comique, seraient dans l’impossibilité de remplir un rôle sérieux et vice versa. Il a donc bien fallu, pour établir avec autant de précision qu’il est possible de le faire en pareille matière, la part de chacun, former des séries de rôles analogues et constituer ce qu’on appelle des emplois.2

6Ce système fonctionne alors à double sens : il permet de classer les acteurs en fonction de leurs caractéristiques physiques, sexuelles, vocales et du genre dramatique (comédie, tragédie, mélodrame etc.) dans lequel ils excellent pour leur associer une catégorie de rôles regroupés en fonction de la qualité des personnages. Pougin est clair : ces associations relèvent de la nécessité : les acteurs seraient incapables de jouer correctement d’autres rôles que ceux correspondant à l’emploi dans lequel ils s’inscrivent.

7L’emploi ne répond pas seulement à un impératif de vraisemblance, il met également en évidence le poids de la tradition dans l’interprétation des personnages : si l’on peut faire correspondre le physique d’un acteur au physique d’un personnage, c’est que celui-ci est déjà plus ou moins défini par une lecture normative conservée à chaque reprise du rôle. De la même manière que l’interprétation des personnages reste conventionnelle, le système de distribution l’est lui aussi. L’identification physique entre le personnage et son interprète tolère alors certains écarts à la vraisemblance : l’écart d’âge entre le personnage et son interprète fait partie des écarts acceptés par convention et fréquemment constaté dans la distribution, notamment pour les grands acteurs. Sarah Bernhardt a par exemple  joué des rôles de jeune première jusqu’à un âge avancé.

8Le contre emploi est alors un choix de distribution qui travaille sur des écarts non conventionnels. C’est à l’époque romantique qu’apparaissent les premières distributions à contre-emploi : le mélange des genres et des registres revendiqué dans la poétique du drame romantique résonne dans la distribution. Ainsi, lorsque Victor Hugo monte Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance en 1838,  il confie à Frédérick Lemaître, connu pour son succès dans le mélodrame, le rôle titre. Ce personnage, amoureux de la reine, porteur du lyrisme et des valeurs politiques du romantisme, n’est alors pas incarné par un jeune premier,mais par un comédien de 38 ans aux allures de voyou. En effet, Frédérick Lemaître est alors connu pour son interprétation du rôle de Robert Macaire, bandit cynique qui bouleverse les valeurs en place et se donne des airs seigneuriaux malgré sa piètre condition. Ce rôle ayant marqué les esprits, le ton séditieux de Robert Macaire sédimente le rôle dont Frédérick Lemaître s’empare pour mélanger les registres et rendre le rôle de Ruy Blas plus équivoque. Le rôle titre acquiert des accents comiques et certains choix du héros sont alors éclairés sous un jour nouveau : la décision de participer au plan de Don Salluste par exemple serait peut-être une machination du valet plutôt que de la simple naïveté.

9Repartant de cet exemple, la notion de contre-emploi trouve une définition plus claire. Tout d’abord, le contre-emploi n’est pas une distribution aléatoire, créant des effets d’écart inattendus qui brouilleraient totalement les repères du spectateur. Il s’agit au contraire d’un choix de distribution signifiant, supposé éclairer un rôle sous un jour nouveau. L’écart que creuse le contre-emploi est celui du registre et du genre (au sens littéraire du terme –  genre comique, tragique, sérieux etc.). La distribution fait jouer les réflexes interprétatifs du spectateur qui reçoit le rôle à l’aune de l’emploi traditionnellement associé à l’interprète du rôle distribué à contre-emploi et se fait signifiante par l’angle neuf depuis lequel elle permet d’envisager le personnage.

10D’après la définition qu’en donne Arthur Pougin, le registre et le genre ne sont pas les seuls éléments de définition de l’emploi qui excluraient tout écart dans le système de distribution. Il semble également que la coïncidence entre le genre du personnage (au sens de gender) et celui de l’acteur relève également de la nécessité. En effet, l’emploi mobilise et conforte le genre. Lorsqu’Arthur Pougin affirme « qu’une jeune fille ne saurait jouer les pères nobles », ce n’est pas l’écart entre le sexe de l’acteur et celui du personnage qui constitue le cœur du problème mais l’écart entre leur genre respectif. Les représentations du corps que l’on peut associer au père noble sont celle de la virilité attendue d’un homme dont l’assise sociale repose à la fois sur ses biens et sur son statut familial – une fois père, sa fortune et son rang peuvent devenir patrimoine. Dès lors, sa virilité n’est pas militaire mais plutôt de celles nourries par la supériorité sociale et l’aisance qu’elle lui confère. Tout le contraire d’une jeune fille, sans biens propres et réputée naïve.

11Si l’emploi ne tolère aucun écart dans le rapport entre le genre du personnage et celui de l’interprète, la présence du travesti3 sur les scènes académiques pose alors question. Dans la dramaturgie contemporaine, le travestissement connait souvent un usage subversif, visant à brouiller les normes de genres ou à les déconstruire. Or, le « rôle travesti » compte parmi les emplois traditionnels, laissant ainsi entendre que le travesti ne remet pas en question le genre de ces personnages. Suffit-il que le sexe de l’acteur soit différent de celui du personnage pour sortir de la tradition d’interprétation du rôle ? Il faut alors distinguer distribution à contre-genre et distribution à contre-sexe – tandis que le contre-sexe ferait parti des écarts acceptables par convention, une distribution à contre-genre quant à elle, impliquerait que le genre de l’acteur influence la réception du genre du personnage. Savoir si le « rôle travesti » s’effectue à contre-genre nécessite alors au préalable de questionner le genre des personnages regroupés dans cette catégorie.

Genre et rôle travesti

Ce sont des rôles qui représentent des personnages d’hommes joués par des femmes, ou des personnages de femmes joués par des hommes. Dans le premier cas, il arrive qu’un auteur ayant à mettre en scène un adolescent, presque un enfant, le fait jouer par une femme pour lui donner plus de grâce et de naturel. C’est ce que fit Beaumarchais pour le Chérubin du Mariage de Figaro, qui rentre dans l’emploi des ingénuités ; ou bien on fait jouer à une femme un rôle tout spécial d’amoureux passionné, pour sauver ce que certaines situations pourraient présenter d’un peu excessif et d’un peu dangereux à la scène : c’est ainsi que l’on a pris l’habitude de confier à une femme le rôle d’Amour dans Psyché, bien que ce rôle ait été établi d’origine par Baron.4

12C’est ainsi qu’Arthur Pougin définit les « rôles travestis ». Selon ces termes, seuls certains types de rôles sont réservés au travesti féminin dans le système des emplois – les adolescents et les amoureux. Les critères de classement de ces deux types de rôles sont très différents : dans un cas, la prérogative est donnée à l’âge ; dans l’autre, c’est l’excès d’un caractère psychologique à l’intérieur de l’intrigue.

13Il s’avère cependant que l’opposition entre l’amoureux passionné et l’adolescent dans les pièces qui présentent des rôles travestis n’est pas si tranchée que ce qu’en dit Pougin.

14L’étude des rôles travestis dans les deux pièces qui servent d’exemple à Pougin5,  auxquels on peut ajouter Le Passant de François Coppé6, dialogue lyrique entre Zanetto, jeune troubadour florentin joué en travesti et Silvia – permet de dévoiler la perméabilité des catégories élaborées par Pougin. Ces trois pièces ont toutes été écrites dans des siècles différents, par des auteurs différents et ces rôles n’ont pas tous été écrits en vue d’être interprétés en travesti : la catégorie des rôles travestis a donc bien été établie a posteriori, selon les règles de distribution propres au XIXe siècle.

15Les personnages qui entrent dans l’emploi du travesti féminin présentent en effet un certain nombre de caractéristiques communes. Ce sont tous de jeunes hommes, à l’âge généralement assez indéterminé. Zanetto a seize ans, il le dit lui-même, mais l’âge de Chérubin ou d’Amour est beaucoup plus difficile à définir. Ils sont souvent présentés comme des enfantspar les personnages qui les entourent. Suzanne comme Sylvia parlent respectivement de Chérubin et de Zanetto comme des êtres juvéniles7. En cela, leur attitude envers eux est presque maternelle et elles pardonnent leur tempérament passionné qu’elles attribuent à la fougue immodérée et déraisonnable de la jeunesse. Cependant, on insiste dans l’écriture du rôle sur l’aspect juvénile de ces personnages qui sont certes des enfants, mais à une étape transitionnelle de la vie, entre enfance et âge adulte. Le trouble quant à leur âge est souvent très marqué. La description que donne Beaumarchais de l’évolution du costume de Chérubin en est une des manifestations :

Son riche vêtement, aux premier et second actes, est celui d’un page de cour espagnol, blanc et brodé d’argent ; le léger manteau bleu sur l’épaule, et un chapeau chargé de plumes. Au quatrième acte, il a le corset, la jupe et la toque des paysannes qui l’amènent. Au cinquième acte, un habit uniforme d’officier, une cocarde et une épée.8

16Le passage du costume blanc de page à celui d’officier muni d’une épée marque la sortie de l’enfant et l’entrée dans le monde viril des hommes, et a fortiori, du soldat. De même, dans la mythologie, Amour reste avant tout fils de ; le lien filial se voit d’ailleurs renforcé par la soumission d’Amour aux ordres de sa mère qui fait de sa progéniture l’instrument de ses manigances. Dans l’écriture du personnage, Molière met clairement en évidence la dimension émancipatrice de l’enlèvement de Psyché :

Il est temps de sortir de cette longue enfance

qui fatigue ma patience,

Il est temps désormais que je devienne grand9

17Ainsi ces personnages, ni tout à fait des enfants, ni tout à fait des adultes, présentent des caractères propres aux deux âges de la vie. Ils ont souvent le tempérament passionné et impétueux de la jeunesse sans tomber définitivement dans le caprice, et savent se montrer responsables lorsqu’il le faut. L’hybridité de ces personnages crée chez eux une ambiguïté quant à leur maturité sexuelle. Les femmes qui les entourent rappellent sans cesse l’ingénuité de leur état enfantin, mais ces jeunes garçons sont perçus comme une menace par les hommes. Le cas de Chérubin est en ce sens assez révélateur de l’ambiguïté créée par l’incertitude de son âge. Le Comte Almaviva le considère dès le premier acte comme un potentiel rival et l’exile du château tandis que les femmes s’offusquent de cette décision, regrettent son départ comme l’on regrette l’enfant qui quitte le premier le foyer familial. Cette attitude quasi maternelle vis-à-vis de Chérubin n’empêche pas une relation sensuelle entre Chérubin et Suzanne ou Chérubin et la Comtesse, notamment autour de l’affaire du ruban dérobé. L’équivocité planant autour du personnage de Chérubin quant à sa maturité sexuelle est redoublée par la construction dramatique de la pièce qui place à plusieurs reprises Chérubin et le Comte dans des situations similaires ou inverses. Chérubin se cache à l’acte I (scène 8) derrière un fauteuil, place habituellement dédiée à l’amant que l’on dissimule, et il sera remplacé une scène plus tard par le Comte qui se jette derrière le même fauteuil. Chérubin change alors de place et quitte l’arrière du fauteuil pour aller se blottir dessus, caché par un pan de tissu. A la scène 9, le Comte et Chérubin sont donc cachés tous les deux, de part et d’autre d’un fauteuil, tous deux à la place de l’amant, scéniquement disposés comme de potentiels rivaux. Le même type de situation se reproduit tout au long de la pièce jusqu’à l’acte V où il retrouve la Comtesse, déguisée en Suzanne, derrière un bosquet à l’endroit où le Comte, qui observe l’échange, devait retrouver Suzanne. Ce parallèle avec le Comte dans les situations scéniques donne à Chérubin certaines caractéristiques viriles. Le personnage de Chérubin, comme ceux de Zanetto et Amour, sont des figures sans âge, à la fois sexuées et asexuées, enfantines et adultes, mais aussi masculines et féminines.

18La distinction que pose Pougin entre deux types de rôle correspond moins, en définitive, à deux types distincts de personnages qu’à deux facettes d’une même figure. En effet, les personnages interprétés en travesti sont tout à la fois des enfants et des amoureux passionnés, des figures juvéniles pourtant porteurs d’une passion effrénée, voire excessive – et sexuée. Or, l’idée d’une sexualité enfantine est, dans la seconde moitié du XIXe siècle, encore loin des esprits. Dans l’ère pré-freudienne, l’enfant a conservé l’innocence qui lui avait été conféré au XVIIe siècle : l’enfant doit être protégé de la sexualité et rester une figure pure et virginale. On pourrait alors s’étonner de voir Chérubin ou Zanetto considérés comme des enfants. Cependant, la classe de l’enfance était bien moins clairement définie qu’elle ne l’est aujourd’hui. D’après Philippe Ariès, un trouble persiste à l’époque entre « enfance et adolescence d’une part, et cette catégorie qu’on appelait jeunesse »10. Le trouble vient de la difficulté à établir une limite d’âge précise entre ces deux moments de la vie, la puberté n’étant pas encore un critère déterminant. La définition de l’enfance donnée par le Littré montre bien l’imprécision de cette période de la vie, puisqu’elle énonce que l’enfance peut être étendue jusqu’à treize ou quatorze ans. C’est alors plutôt pendant la jeunesse, dont l’icône est le conscrit, que s’affirme la virilité du jeune homme. Le personnage de Chérubin, qui parait à la fin de la pièce en costume d’officier, se situe alors justement à cette époque de la vie qui est l’intermède entre enfance et jeunesse. Ariès affirme d’ailleurs qu’ « avec Chérubin domine l’ambiguïté de la puberté, et l’accent est mis sur le côté efféminé d’un jeune garçon qui sort de l’enfance »11. Quant au rôle d’Amour, l’androgynie et le trouble dans l’identité sexuelle du personnage tiennent à la représentation canonique du personnage mythologique Amour ou Eros qui, souvent dépeint avec des ailes blanches, se rapproche de la représentation de l’ange. Le corps de l’ange est bien souvent représenté comme celui d’un jeune homme efféminé, au sortir de l’enfance. Nu, il ne présente aucune caractéristique virile, son visage est rond et ses joues rosées. Le tableau de François-Edouard Picot L’Amour et Psyché, peint en 1817 nous confirme cette association d’Amour et de l’ange. Il peint un Amour chaste, presque dos à une Psyché allongée et alanguie, les bras d’Amour tendus vers le ciel dans un geste de fuite tandis qu’il jette un dernier regard au corps sensuel de son aimée endormie. L’accent est alors mis sur l’innocence d’Amour comme figure de chaste amoureux plutôt que sur sa beauté virile.

19Les âges de l’enfance et de l’adolescence sont non seulement difficiles à distinguer, mais  leur délimitation tient en grande partie à l’importance accordée à chaque âge de la vie selon l’époque. Comme le fait remarquer Philippe Ariès : « Tout se passe comme si, à chaque époque, correspondait un âge privilégié et une périodisation particulière de la vie humaine : la « jeunesse » est l’âge privilégié du XVII e siècle, l’enfance, du XIX e , l’adolescence, du XX e . » 12 Dans un siècle qui place l’enfance au premier plan s’éclaire la volonté de faire de ces personnages des figures plus puériles que viriles.

Les rôles travestis : l’adéquation par la différence

20Le choix du travesti pour interpréter ces rôles met au jour le fait que la vraisemblance dans la distribution n’est pas naturalisante. Le travesti tient bien, en partie, à une volonté de vraisemblance : les actrices étaient recrutées plus jeunes que les hommes. Les plus frêles d’entre elles se voyaient toutes désignées pour jouer un rôle travesti : leur silhouette – jugée androgyne pour l’époque, leur permettait de tromper sur leur sexe tandis que leurs visage ronds et imberbes tout comme la tessiture de leur voix étaient tout indiqués pour un rôle d’enfant.

21Cependant, le travesti se voit également justifié par des arguments dramaturgiques appuyés sur la question du genre : les rôles travestis regroupent des personnages au genre trouble – à la fois masculins et féminins –  et pour lesquels la bienséance ne tolèrerait pas qu’ils soient sexualisés. Dès lors, c’est bien à une femme que l’on confie le rôle, non pas pour accentuer la féminité des personnages mais pour neutraliser la sexualité de ces personnages. Au XIXe siècle, comme le montre Alain Corbin, le corps le plus sexualisé n’est pas le corps de la femme.

 Si la femme est de nos jours le corps considéré comme érotique, la société phallocratique du XIXème érige le corps masculin comme le corps sexualisé parexcellence. La sexualité masculine est affirmée dans un paradigme de puissance. De même que l’homme se projette, projette son action et impose sa marque dans le temps et dans l’espace, le sexe masculin est aussi l’organe projeté au devant du corps. Dès lors, c’est l’homme qui, par la projection constante et affirmée de sa sexualité, est le sexe le plus sexualisé. La femme, au contraire, est certes un objet de désir, mais un objet désirant. L’homme se représente la femme comme en éternelle attente de l’organe masculin supposé la posséder et la combler entièrement. La femme, passive et en attente, se transforme dans le regard de l’homme comme un objet de chair à posséder. Le corps masculin en lui-même n’est pas érotique, si ce n’est le pénis qui est élevé comme l’objet unique de désir de la femme, ce qui fait de l’homme l’être le plus sexualisé en opposition avec le sentimentalisme platonique féminin.13

22Malgré la distinction des sexes, le rôle travesti joue bien sur la collusion des genres. Le choix d’une distribution en travesti prend en compte non seulement la vraisemblance physique et vocale mais aussi les représentations sociales de la femme et de l’enfant. Plus que les représentations, la distribution en travesti pour ces rôles fait également coïncider les rôles sociaux. L’appellation d’enfant est en effet utilisée pour qualifier un statut de dépendance sociale sans distinction d’âge. Dès lors, la femme, et notamment la femme bourgeoise à qui s’adresse ce théâtre, déresponsabilisée, dépendante financièrement de son père puis de son mari, est également cet enfant dépendant, passif et à éduquer.

23Travestissement et contre-genre ne sont pas synonymes. En effet, le travestissement n’est in fine qu’une pratique scénique – le fait de jouer dans le costume de l’autre sexe. Ce sont les contextes d’utilisation et les effets de juxtaposition ou d’écart qui lient inexorablement travestissement et contre-genre. Dans les rails posés par le théâtre académique au XIXe, il s’agit plutôt de chercher dans les rôles travestis les points de rapprochement entre ces rôles et le vivier d’acteur que fournit le Conservatoire.

Constellation des travestis

24Il faut néanmoins préciser que ce qui est vrai pour les rôles travestis n’est pas vrai pour toutes les occurrences du travestissement féminin dans le théâtre académique. En effet, le travestissement de Sarah Bernhardt jouant Hamlet, Lorenzaccio ou l’Aiglon ne recoupe pas entièrement cette analyse.

25Arthur Pougin évoque dans l’article sur les rôles travestis la multiplication de ce type de rôle dans le répertoire consécutive au succès de Virginie Déjazet en costume d’homme. Les rôles qu’endosse Virginie Déjazet, qui est notamment connue pour son personnage de Napoléon, ne semblent pas correspondre aux critères rassemblant les rôles travestis. L’évocation de Virginie Déjazet arrive en effet comme une digression dans l’entreprise de catégorisation de l’auteur du dictionnaire. Dans un article sur le travesti en scène, Jean-Marc Leveratto démontre que son travesti était moins apprécié pour la qualité du rôle que pour la dimension spectaculaire du travesti qui devient un show érotique14. L’actrice y dévoile ses jambes moulées dans les collants du costume masculin, alors que la mode et les mœurs de l’époque lui imposent normalement de les cacher sous de très longues robes. L’érotisation de l’acteur n’est pas un dommage collatéral au travestissement, il est recherché par l’actrice qui l’encourage dans des postures et œillades équivoques. Pour ce type de travesti, la notion de contre-genre ne s’applique pas : le travesti est ici simplement au service de l’érotisation du corps de l’actrice en scène.

26 A contrario, les rôles masculins dans lesquels s’est illustrée Sarah Bernhardt mobilisent la notion. Hamlet et Lorenzaccio sont des rôles masculins du répertoire, même si la pièce de Musset n’a pas été représentée avant que Sarah Bernhardt ne s’empare du rôle titre. L’Aiglon est certes écrit par Edmond Rostand en vue d’être interprété par l’actrice, mais il est repris par la suite par des hommes, notamment par Édouard de Max à la fin du siècle. Ces trois rôles ne correspondent pas aux critères de définition de Pougin : il ne s’agit ni d’enfants ni d’amoureux passionnés. Il s’agit de rôles titres : l’emploi traditionnel aurait voulu qu’ils soient interprétés par un jeune premier ou par une des vedettes du genre tragique. Si Sarah Bernhardt s’empare de ces rôles, ce n’est pas pour démontrer que son talent lui permet d’abolir les limites de l’emploi. Sarah Bernhardt tient d’ailleurs un discours plutôt conservateur à ce sujet et persiste, à l’aube du XXe siècle, à soutenir l’emploi. Dès lors, c’est sur un argument dramaturgique qu’elle justifie le choix d’interpréter ces personnages, et un argument a fortiori lié au genre. Pour l’actrice, ces trois personnages sont bien des hommes, mais dévirilisés, des hommes « au corps débile »15, dont l’âme enflammée a brûlé le corps. L’interprétation de ces personnages nécessite pour l’actrice de construire la masculinité du personnage, mettant ainsi en avant la performativité du genre qui sera conceptualisée par Judith Butler presque un siècle plus tard. Gaston Jollivet relate en effet qu’elle « voulut prendre l’habitude […] de jouer son rôle d’homme en homme, inconsciemment, et sans se souvenir qu’elle eût jamais porté corset et jupes. À cet effet, elle eut le courage que n’ont pas suffisamment les femmes destinées à jouer en travesti, de porter ses uniformes longtemps avant la représentation de manière à s’y faire. »16. La critique loue l’interprétation de Sarah Bernhardt pour les nuances novatrices qu’elle apporte au rôle : elle aurait fait de ces personnages des êtres plus noirs et torturés que furieux. Certains critiques établissent un parallèle entre le choix du travesti et les caractéristiques des travestis traditionnels. Fasquet énonce ainsi à propos de son interprétation d’Hamlet :

Quant à la question de savoir si Hamlet peut être joué par une femme, elle est résolue. De quelque manière qu’on la prenne, on est amené à reconnaître que Hamlet, faible, violent, rusé, indécis et toujours au seuil de l’égarement est un caractère féminin dans le corps d’un jeune homme, que le texte permet de prendre pour un adolescent…17

27Tandis qu’un autre, à propos de Lorenzaccio écrit :

Je ne vois pas bien quel acteur aurait pu nous rendre avec une aussi prodigieuse vérité ces rages d’enfant débile sans arriver tout de suite au rugissement excessif.18

28On sent bien que l’esprit des commentateurs n’est pas seulement marqué par la vision de l’actrice travestie, mais également par le réflexe interprétatif qui lie le rôle travesti à celui d’un très jeune homme dont l’âge influence l’action. Dès lors, Hamlet et Lorenzaccio sont moins perçus comme des hommes efféminés que comme des hommes-enfants dont les rages ne suffisent pas à imposer leur volonté au réel.

29Ainsi, le travesti est loin d’être utilisé comme outil de subversion. Cependant, il est saisissant que constater que c’est à l’intérieur du système des emplois que s’élabore discrètement un proto-genre. En effet, même si le rôle travesti joue sur une représentation rétrograde de la femme-enfant, il n’en reste pas moins que l’élaboration de la catégorie des rôles travestis s’effectue sur des critères liés au genre. Dès lors si le travesti n’est pas transgressif sur les scènes du théâtre académique, il permet de mettre en place des outils qui, sur des scènes plus populaires ou ultérieurement dans les théâtres, associeront travesti et contre-genre.

Notes

1  PERICAUT, Louis, Le Panthéon des comédiens. Paris, Eugène Fasquelle éditeur, 1922, p. 107.

2  POUGIN, Arthur, Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’y rattachent, Paris, Firmin Didot, 1885, « Emploi théâtral », p. 326.

3  J’emploierai le terme « travesti », terme d’époque pour désigner la figure de l’acteur travesti, dans la plupart des cas et réserverai l’utilisation du terme « travestissement », plus contemporain, pour désigner l’acte de se travestir

4  Pougin, Arthur, Opus cité, « Rôles travestis », p. 660.

5  Il s’agit du Chérubin de Beaumarchais dans le Mariage de Figaro et d’Amour dans la Tragédie-Ballet Psyché de Molière

6  Coppé, François, Le Passant, comédie en un acte, Edition Alphonse Lemerre, Paris, 1869

7  On peut penser à la réplique de Suzanne (I, 7) « Comme il est familier ! Si ce n’était pas un morveux sans conséquences… » et on peut remarquer que les dix occurrences du mot « enfant » dans Le Passant  sont des vocatifs utilisés par Sylvia pour désigner Zanetto, et ce malgré son trouble apparent concernant cette vision de l’amour.

8  Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, « Caractère et habillement de la pièce », Éditions Gallimard, Paris, 1973, p. 47.

9  Molière, Psyché, tragédie-Ballet en 5 actes, Gustave Barba, Libraire Editeur, 1851.

10  Ariès, Philippe, L’Enfant et la Vie familiale sous l’Ancien Régime, Librairie Plon, Paris, 1960, p. 18.

11  Idem.

12  Ariès, Philippe, Ibid,  p. 21.

13  Alain Corbin, L’histoire de la virilité T2, Le triomphe de la virilité, « La nécessaire manifestation de l’énergie sexuelle », p. 126-154

14  LEVERATTO, Jean-Marc, « Le sexe en scène: l’emploi de travesti féminin dans le théâtre français au XIXème siècle », in Isabelle Moindrot et Olivier Goetz (dir.) Le spectaculaire dans les arts de la scène, CNRS éditions, Paris, 2006

15  Sarah Bernhardt, L’art du Théâtre, la voix le geste la prononciation, Ed. Nilsson, Paris 1923. p. 143-144.

16  Gaston Jollivet, Le Théâtre, 15 mars 1900, p. 8.

17  E. Fasquet, « Revue dramatique », cité par Gustave Geffroy, in Revue Encyclopédique, juin 1899, p. 491.

18  H. F-G, « Lorenzaccio », in Journal des débats politiques et littéraire, 5 décembre 1896.

Pour citer ce document

Camille Khoury, «Le travesti dans le théâtre du XIXe siècle : une distribution à contre-genre ?», Agôn [En ligne], (2015) N°7 : La Distribution, Dossiers, Distribution, rôles et processus de création : du point de vue des acteurs et des metteurs en scène, mis à jour le : 06/11/2015, URL : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3448.

Par :

Camille Khoury.

N’hésitez pas à consulter la :
Source de l’article : Agôn, revue des arts de la scène

Jenny Savalette, dite « tante barbe »

Monsieur Charles-Pierre-Paul de Savalette de Lange

1745 – naissance à Tours, de Charles-Pierre-Paul baron de Lange, marquis de Salvalette.
1756 – à 11 ans, il reçoit la charge héréditaire de gardien du Trésor Royal et la détiendra sous les règnes successifs des rois de France Louis XV et Louis XVI.
1766 – à 21 ans, nommé conseiller au Parlement, il est aussi une très haute personnalité de la franc-maçonnerie française dont il fondera plusieurs loges.

Mademoiselle Henriette-Jenny Savalette de Lange

1786 – (ou plus tôt en 1780) est l’année présumée de la naissance de Jenny Savalette de Lange, fils tout aussi présumé de Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes, âgé de 35 (ou 41 ans). Jenny serait ainsi l’enfant né hors mariage de Charles Savalette, lequel ne l’aurait pas reconnue. L’enfant aurait alors « été placé dans un château éloigné où il était secrètement élevé sous des habits de fille. Ce travestissement lui aurait été conservé pendant la révolution, comme moyen de salut pour éloigner toute défiance et éloigner tout soupçon de la part de ceux qui auraient pu le trahir ou le dénoncer. L’habitude étant devenue chez lui une seconde nature, et la nécessité de se cacher continuant à subsister, au moment où arrivait le temps de la conscription ou de la réquisition pour le service militaire, on comprend qu’il ait alors persisté à se faire passer pour demoiselle et continué à porter des vêtements féminins » Cet argument n’est pas convaincant – vu l’âge de Jenny durant la révolution, soit pour la période comprise entre 1789 et 1799, entre 3 et  9 ans ! (ou au pire, entre 9 et 15 ans) – fut pourtant gobé par nombre de ses contemporains.

1793 – Le marquis de Langes part en émigration. Mlle Jenny, son fils présumé, aurait eu alors 7 (ou 13) ans. Un certain Hérail* rapporte qu’à cette époque, le marquis était bien accompagné « d’une véritable Mademoiselle de Lange et que celle-ci étant venue à mourir, notre personnage se serait emparé de ses titres et papiers ; ensuite [ce dernier] serait rentré en France à cette heureuse époque où Napoléon 1er arrivait providentiellement enfin. »

1797 – Décès du Marquis de Savalette.

1800 – A partir de cette période, feu le Marquis ne pouvant lui porter la contradiction, Jenny de Savalette eut toute liberté de forger le récit d’une naissance et d’une enfance malheureuse, ce qui – tout autant qu’un réseau d’amis compatissants, voire complaisants – lui permettra d’intégrer la Cour de France, de percevoir de  confortables pensions de la part de Louis XVIII, comme de Charles X, lequel qui lui fournira rien de moins qu’un pied à terre au palais de Versailles, logement qu’elle occupera jusqu’à ce que le palais soit transformé en musée historique ; comme nous le verrons plus loin, les successeurs de ces monarques ne seront pas en reste de générosité à son égard.

1817 – Selon l’une de ses lettres, Jenny, 31 (ou 37) ans, habitait à Versailles, rue de l’Orangerie et peut-être est-ce de cette époque ou plus tardivement, que date son surnom de  » Tante Barbe  » qui lui aurait été donné par les enfants de son quartier, intrigués par un soupçon de moustache sur sa lèvre supérieure ? Aussi adopta t-elle très tôt le port d’une voilette dont la gaze noire masquait aisément ses traits masculins, augmentant avec l’âge.

1819 – Jenny changeait constamment de domicile et fut, entre autres, pensionnaire au couvent de l’Abbaye-aux-bois à Paris où elle prétend avoir eu une entrevue avec François-René de Chateaubriand. Plus tard elle émigrera dans un autre couvent, près des Dames hospitalières de Saint Thomas de Villeneuve ; ce qui ne l’empêchera pas de fortifier son réseau de relations mondaines qui l’aideront à percevoir de nombreuses subsides de hauts personnages comme le roi de Suède, père de Napoléon III ; d’être nommée officiellement Receveur en Chef de la Poste de Villejuif ; et de recevoir de nombreuses et avantageuses demandes en mariages qu’elle provoquait sciemment; mais que pour des raisons naturelles aisée à comprendre aujourd’hui,  elle ne pouvait pas accepter.

1820 – 7 .11, Pressée par une dame dont le fils s’était vu refuser la concrétisation de ce qu’il tenait pour des promesses d’épousailles, Jenny de Savalette fait produire par sept « excellents notables de Paris », un témoignage valant acte de naissance en date de 1786. Il est à noter que le document notarié ne mentionne aucune sorte de mère.

1858 – à 72 (ou 78) ans, Jenny décède. Lors de sa toilette mortuaire effectuée par sa nièce et l’une de ses voisines de quartier, les deux femmes constatent qu’en fait de demoiselle : Oh ! il s’agit d’un homme qui se serait travesti toute sa vie, ce qui lui vaudra désormais le surnom de « L’homme-femme ».

Cet homme, en fait cette dame, qui paraissait extrêmement cultivée, surtout parce qu’elle abordait tous les sujets de façon plutôt superficielle, fut réellement fort courtisée. Elle qui aurait été apprécié comme poétesse dans sa jeunesse … selon ses dires, n’en était pas moins une correspondancière prolifique en relation épistolaire avec de nombreux nobles et lettrés : au-delà de ses soixante-dix ans, elle avait continué inlassablement et essentiellement pour des raisons de survie financière, à tromper tous ses contemporains. Jenny de Lange, aura ainsi emporté dans la tombe le mystère de sa  vie.

Madame de Lange aimait, c’est certain s’entourer de mystère et la preuve la plus flagrante en sont les armoiries qu’elles s’était attribuées : « une [forme] de mystérieux sphinx [en fait, une sorte de sinonchalante bylle offrant à tous vents, sa longue chevelure éparse et une forte poitrine découverte], accompagnée d’une étoile inconnue, figurant sur champ d’azur. »

Avec le temps, toutes sortes de crédules spéculèrent sur sa véritable identité, jusqu’à voir en elle le malheureux Louis XVII, fils de la reine Marie Antoinette et de Louis XVI dont l’Histoire officielle rapporte qu’il est mort en prison. La vie de Jenny reste toujours un épais mystère, aussi insoluble que fascinant, dont deux siècles de conjectures n’ont toujours pas apporté de solution.

1859 – Un an après son décès, le dénommé Hérail* écrivit la première biographie connue. Son éditeur précise que le « petit livre au sujet jugé sulfureux par les gens de son époque, obligea l’auteur à déclarer d’emblée que les recettes de son ouvrage iraient au profit des bonnes oeuvres [des pauvres vieillards, femmes et enfants perdus de la Maison de Providence, 63 rue des Chantiers à Versailles, aidé en cela par 1 500 souscripteurs annoncés.]

2016 – Remarques sur Hérail* : Google n’ayant pas permis de trouver une seule occurrence d’une personne se nommant « Hérail, écrivain du XIX° siècle », excepté celle du livre cité ci-dessus ; qu’il nous soit permis d’émettre l’hypothèse comme quoi ce nom est en fait le seul anagramme possible de « Hilare » ; vocable particulièrement bien choisi pour décrire l’état émotionnel dans lequel on se trouve après avoir pris connaissance de tous les détails de cette rocambolesque affaire.

Notre opinion pencherait donc pour la version d’un administrateur de l’hospice de la Maison de Providence qui pour une raison inconnue – peut-être que l’un de ses pensionnaires était un protagoniste de cette affaire – aurait « hérité » de documents concernant la fausse Jenny Savalette de Lange et en aurait tiré profit pour l’oeuvre dont il avait la charge. Il a pu penser que puisque Jenny de Savalette s’était si facilement procuré de l’argent en niaisant ses contemporains ; un an après son décès, la place étant tout chaude, il pouvait aisément continuer, car comme dit le proverbe favori des commerciaux de notre monde mercantile : « tous les matins, nait une poire. »

Par : Lio de France
Première publication sur D.G. le : 30.01.2016
Source : Livre, écrit par un certain « Hérail »,
Sur l’homme-femme connu sous le nom de Mademoiselle Savalette de Lange – Destin extraordinaire d’un des plus mystérieux travestis de l’histoire de France.
Préface de : Frédéric Prot
ISBN : 2-916275-09-6
Autre source : Google Books

 

Le «rôle travesti» par P.A. DUBEY

La Manufacture – Haute école de théâtre de Suisse romande,
publie un mémoire de 79 pages à télécharger au format Pdf
et intitulé : Le « rôle travesti », du masculin au féminin ;
par Pierre-Antoine DUBEY.

SoulierDeSatin

Michel Fau dans le rôle de l’Actrice | Le Soulier de Satin de Paul Claudel.

Mise en scène d’Olivier Py, Théâtre de l’Odéon, 2009.

RÉSUMÉ

Ce mémoire est une réflexion, une sorte d’enquête, sur le jeu de l’acteur travesti dans un rôle de femme, ainsi qu’une réflexion sur le regard, celui du spectateur, celui du metteur en scène, posé sur l’homme qui joue. C’est une recherche qui porte sur cet endroit où l’acteur, jouant un rôle qui n’a pas le même sexe, produit une troublante confusion, de la théâtralité, et peut-être du féminin.

Le « rôle travesti », une déclinaison de soi, l’appropriation de sa propre altérité, jouer à être un autre. Le propos reste bien d’approcher toujours un peu plus du cœur de l’art de l’acteur, de comprendre comment marche cette mécanique humaine qui nous donne à voir, à nous spectateurs, quelqu’un qui nous ressemble et qui pourtant est un pseudo, quelqu’un qui provoque un sentiment de réel et également de totale inauthenticité. Mais c’est aussi un aveu. Un aveu de mes propres folies d’acteur, celles qui sont plus secrètes. Ce travail, c’est aussi étancher la soif de ma propre subjectivité.

A travers ce mémoire, je porte au devant mes désirs de jeu et essaie de trouver des fragments de réponses pour comprendre ce que pourrait bien être le « rôle travesti ».

Par : Pierre-Antoine DUBEY
Première publication sur D.G. : 29.01.2016
Source : Télécharger le Pdf : LE RÔLE TRAVESTI

Edward Kynaston, beauté de scène

Edward_Kynaston

« La beauté n’est jamais, ce me semble, qu’une promesse de bonheur »
(Stendhal, Rome, Naples et Florence, t. 1, 1817, p. 46)

BIOGRAPHIE

Edward Kynaston est un célèbre comédien né en Angleterre en 1640 et décédé en 1706, à l’âge de 66 ans. Il vécut sous six gouvernements successifs, trois rois, une reine et une république :
– Charles 1er d’Angleterre (destitué, jugé et exécuté en 1649),
Commonwealth d’Angleterre, république dirigée par Oliver Cromwell, jusqu’en 1660,
– Charles II, décédé en 1685, (lire Le Vicomte de Bragelonne, roman d’Alexandre Dumas),
– Jacques II (James Stuart), destitué lors de la «Glorieuse Révolution» de 1688,
Guillaume III, prince de la Maison d’Orange-Nassau, mort en 1702,
– Anne d’Angleterre, décédée en 1714.

Alors que les acteurs du théâtre de la politique jouaient leurs drames en plusieurs actes,  Edward Kynaston, sur les planches, fut l’un des derniers artistes de scène de cette période à avoir incarné des rôles de femmes, dans la tradition élisabéthaine.

CARRIÈRE D’ACTRICE

Témoignage de Samuel Peppy – Kynaston était plutôt agréable à regarder et faisait une femme convaincante : Samuel Pepys l’a appelé « la dame la plus charmante que je n’ai jamais vu dans ma vie » après qu’il l’ait vu(e) dans une production de John Fletcher « Le Sujet Loyal à la Cabine » (The Loyal Subject at the Cockpit-in-Court*), et regrette seulement « qu’elle [sic] n’ait pas une voix très appropriée. » Il (ou elle) a aussi joué le rôle principal d’Epicoene de Ben Jonson. Samuel Pepys peut être considéré comme un témoin fiable, car nous savons que le 18 août 1660, il dinait avec Kynaston après cette représentation.
* Cockpit-in-Court : à Londres, enclave dans White Hall, immense palais royal (de plus de 1 500 pièces), presque entièrement détruit par l’incendie de 1698. Kynaston a été membre de la « Rhodes company » qui jouait au « Cockpit Theatre. »

Témoignage de Colley Cibber – La sexualité ambiguë de Kynaston peut expliquer en partie son attractivité. Le dramaturge anglais Colley Cibber (1671-1757) entré en 1690 comme acteur au Théâtre Royal de Drury Lane, nous rapporte une annecdote au sujet de Kynaston que [même sur le tard : il devait avoir la cinquantaine] « les dames de qualité étaient fières de le prendre avec elles dans leurs calèches en direction de Hyde Park, alors qu’il était en costume [féminin] de théâtre, après qu’il y eut joué. » Le même Cibber a aussi rapporté une confidence selon laquelle, la représentation d’une tragédie, en présence du roi d’Angleterre Charles II, avait été retardée parce que Kynaston, qui jouait le rôle de la Reine, « n’était pas encore rasé. » Dans les chroniques Samuel Pepys, Kynaston y est décrit(e) comme « la plus jolie femme de toute la maison » (the prettiest woman in the whole house) et « le plus bel homme », la rumeur du temps l’avait épinglé comme acteur de rôles féminins. Alors qu’il était trentenaire, circulaient quantité de libelles qui le désignaient comme l’amant de George Villiers, deuxième Duc de Buckingham.

Dès les années [16]60, le roi Charles II avait autorisé les femmes à apparaître sur scène et à contrario, les acteurs masculins jouant des rôles féminins furent fortement découragés. Seul Kynaston, grâce à sa grande renommée, put perdurer et tenir ses derniers rôles féminins :
– notamment dans le personnage de « Evadne », dans la pièce Beaumont,
– puis en 1661, dans la tragédie « La servante de Fletcher », jouée par la « Compagnie du Roi » et dirigée par Thomas Killigrew.

Kynaston a continué à faire une carrière réussie dans des rôles masculins et a été apprécié pour sa représentation d’Henry IV de Shakespeare. En 1699, à l’âge de 59 ans, il se serait retiré définitivement de la scène.

KYNASTON INTERPRÉTÉ AU CINÉMA

2004 – Billy Crudup incarne le personnage de Kynaston dans Stage Beauty, (Beauté de Scène) film de 2004, réalisé par Richard Eyre et tiré de la pièce de théâtre « Compleat Female Stage Beauty ». Dans le film, Edward Kynaston est représenté comme un dandy bisexuel qui révèle lentement plus de complexité dans sa personnalité et sa sexualité.

bande annonce du film Stage Beauty
Version en allemand (piratée ?)
Extrait en italien (durée : 8’02)
Extrait en anglais (durée : 4,22)

KYNASTON JOUÉ AU THÉÂTRE

Edward Kynaston a aussi inspiré l’auteur anglais Jeffrey Hatcher qui en a tiré une pièce de théâtre, Compleat Female Stage Beauty , dont l’influence est prégnante dans le film Stage Beauty de Richard Eyre.

2012 – le Houston Grand Opera a annoncé « Prince of Players », la nouvelle oeuvre du compositeur américain Carlisle Floyd, dirigée par Patrick Summers, mise en scène par Michael Gieleta, avec Ben Edquist dans le rôle d’Eward Kynaston.

2015 – Kynaston apparait aussi comme un personnage de la production « Nell Gwynn* », jouée par Greg Haiste en 2015. Gwynn ou Gwynne, née Eleanor (1650-1687) est une actrice anglaise, certainement la plus célèbre des nombreuses maîtresses du roi Charles II d’Angleterre.

Par : Lio de France
1° publication (sur DG) : 21.01.2016

Sexualité des françaises : sondage 2013

Suite à un sondage Ifop commandé en 2013 par le magasine Femme actuelle, la « merdiasphère » fait semblant de partir à la recherche des multiples raisons de l’évolution galopante de la sexualité des françaises, vers plus de « liberté sexuelle », plus de parties autrefois réprouvée par la morale religieuse ou sociétale (bourgeoise comme prolétaire).

La vraie raison est toute simple : en France, alors qu’autrefois les rois et les brigands, c’est à dire, ceux qui ayant le pouvoir et l’argent, avaient préféré Mamon à Dieu, s’étaient déjà affranchis des pratiques communes de la sexualité, c’est désormais la quasi totalité » de la population française qui s’est auto dispensée de toute bienséance.

Au diable la culpabilité, c’est désormais sodomie mon amie, le bi, le triolisme, le candaulisme, le bondage sado-masochiste, la coprophilie, la zoophilie et tout ce que les héritiers de Sade sortiront de leur imagination fertile.

Comment définir aujourd’hui ce qu’est une sexualité “normale” dans une société du tout numérique

L’immense succès des mommy porn à connotation SM a déclenché une vague de sondages concernant leur impact sur la sexualité des françaises, en particulier.

Une enquête de l’IFOP sur plus de 1 000 femmes, commandée par le journal Femme Actuelle (2013), montre une progression des pratiques sado maso  » soft  » : 24 % des femmes interrogées déclarent avoir reçu une fessée de la part de leur partenaire, alors qu’elles n’étaient que 8 % en 1985. Les pratiques SM plus hard (soumission, domination) restent, pour elles, très marginales et non souhaitées.

Il en va de même pour les sex toys, que 38 % des femmes déclarent utiliser plus ou moins fréquemment, et le fantasme de faire l’amour dans un lieu public pour pimenter sa vie de couple, partagé par 51 % d’entre elles..

En ce qui concerne l’utilisation des nouvelles technologies dans leur sexualité, les SMS coquins sont échangés avec leur partenaire par 47 % des femmes et 41 % ont déjà visionné en couple un film pornographique. 10 % ont même filmé leurs ébats avec une caméra ou leur smartphone.

Ce genre de sondage nous montre, au-delà la déculpabilisation de certaines pratiques, le rapprochement générationnel entre hommes et femmes et l’expression de leurs fantasmes. Il existe actuellement un réel désir des femmes, dans ces jeux sexuels, à rompre avec une certaine banalité et elles en sont actrices, jusqu’à se rapprocher de certaines limites qui anciennement pouvaient être connotées perverses (SM, voyeurisme…). Nous voyons que, sous le désir d’élargir son répertoire sexuel, pour diversifier le plaisir conjugal, les frontières d’une sexualité normale adulte sont très mouvantes en fonction des époques, et rendent plus difficile la définition d’une sexualité  » anormale  » ou même addictive.

Une recherche nationale plus officielle1 et plus exhaustive, menée auprès de plus de 12 000 personnes entre 18 et 69 ans, troisième du genre depuis 1970, permet ainsi de voir les bouleversements de notre sexualité depuis ces 4 dernières décennies.

Les modifications sociales, relevées par cette enquête en grand nombre, donnent des pistes d’explications à cette évolution : la modification des structures familiales, l’augmentation de l’autonomie sociale et économique des femmes, les lois sur la parité et leur application, l’apparition du PACS et les débats sur le mariage homosexuel, l’inscription de la question de la violence contre les femmes à l’agenda politique, mais aussi la précarisation de certains groupes sociaux affectés par le chômage et les difficultés de la vie quotidienne. Bien évidemment, le contexte épidémiologique (VIH, hépatite…) a également eu une influence sur nos pratiques sexuelles.

Ici également, ce sont les femmes qui ont vu le plus leur sexualité se modifier :

— L’âge de leur premier rapport sexuel se rapproche de celui des hommes (17,6 pour 17,2 pour les hommes). Mais la différence générationnelle la plus importante reste que, pour les nouvelles générations, le premier partenaire ne devient que très rarement le futur conjoint. Ainsi, il devient plus une  » expérience « , au même titre que les garçons.

— Le nombre de partenaires sexuels pour les femmes est en augmentation et se rapproche insensiblement de ce que déclarent les hommes (avec à mon avis une propension nette à majorer pour ces derniers) : 4,4 pour les femmes contre 11,6 pour les hommes. L’enquête, à ce propos, nuance un peu cet écart, en relevant que les femmes ne retiennent que ceux qui ont compté dans leur vie !

— Si la fréquence des rapports sexuels s’est peu modifiée en quarante ans et reste fixée à 8,7 rapports par mois, c’est la sexualité des seniors (50‑69 ans) qui a le plus évolué, et surtout celle des femmes qui déclarent 7,3 rapports par mois au lieu de 5,3 en 1992.

Mais ce sont les pratiques qui ont le plus changé et qui modifient notre regard sur une sexualité dite  » normale  » :

— Le nombre de femmes qui déclarent avoir eu une expérience homosexuelle a presque doublé (2,6 % en 1992 contre 4 % en 2006).

— L’usage d’Internet, pour les rencontres affectives et sexuelles, a également bouleversé nos habitudes, plus particulièrement sur la sexualité des adolescents.

Cependant, nous pouvons déjà relever que cette pratique de rencontre  » flambe  » chez les filles de 18 ans et dépasse les garçons (36 % pour les filles contre 24 % pour les garçons.).

Cette évolution ne va pas sans difficultés, car cette étude révèle une vie sexuelle plus diversifiée mais également des tensions, liées à une contradiction qui perdure entre pratiques et représentations sociales. Cette émancipation féminine se heurte à des a priori persistants :  » La sexualité féminine ne serait pensable qu’en référence à l’affectivité et la conjugalité alors que la sexualité masculine serait par nature plus diverse et plus liée à des besoins naturels. «

Ce qui pourrait expliquer également que, dans cette enquête, le recours à la prostitution ne semble pas être en diminution chez les hommes. Ce sont toujours les hommes entre 20 et 34 ans qui représentent la plus forte clientèle (près de 5 % des hommes à ces âges). Ainsi, après 50 ans, plus d’1 homme sur 4 a eu au moins un rapport sexuel payant dans sa vie. Car cette évolution de nos pratiques sexuelles, tant dans leurs natures que dans leurs fréquences, ne modifie en rien les difficultés que nous pouvons rencontrer au sein de notre relation de couple, au cours d’une vie, et de son retentissement sur notre vie sexuelle. Et cela, quel que soit notre niveau social, comme le montre le cas de Jean venu me consulter, pensant être malade.Le recours à la prostitution recouvre des situations extrêmement différentes, tant parmi les travailleurs du sexe que des clients. C’est une des raisons pour lesquelles le débat actuel sur la pénalisation des clients est si compliqué. Du côté des prostituées, il n’existe pas de situations univoques, entres celles qui s’engage dans cette  » auto entreprise  » soumise aux impôts et charges diverses, de manière volontaire, celles qui sont engluées dans leur toxicomanie, les victimes de réseaux proxénètes… et pour les clients, ceux qui sont dans une  » misère sexuelle « , les pervers sadiques et violents, ceux qui, en difficulté dans leur couple, préfèrent ce recours à une relation extraconjugale, comme mon patient.

Extrait de Fantasmes et réalités sur les Sex addicts, de Jean-Claude Matysiak, publié chez JC Lattès.

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Par :
Publié le : 11.04.2016
Titre original : « Comment définir aujourd’hui ce qu’est une sexualité “normale” dans une société du tout numérique »
Commentaires par : Lio de France | [DG]
Source : Atlantico.fr

L’empereur Élagabal était-il un pervers ?

Il était une fois, il y a 1 800 ans, dans la ville d’Émèse, l’ancienne Homs de la Syrie actuelle de Bachar al Assad, une jeune personne que l’on avait fait passé pour le descendant d’un empereur ; il épousa diverses femmes dont il ne semblait pas particulièrement avoir apprécié les relations, et à 14 ans, il entama la carrière d’un empereur fastueux qui après avoir entretenu une kyrielle de gitons, célébré  moultes orgies phalliques, finira massacré dans les gogues de son palais. Voila bien un destin hors du commun !

Roses-Elagabal-Double-Genre
The Roses of Heliogabalus – 1880 par Sir Lawrence Alma-Tadema

ARTICLE 1/4

Élagabal, alias Héliogabale, né Varius Avitus Bassianus, puis Marcus Aurelius Antoninus.

Né vers 204, Élagabal s’appelait en réalité Varius Avitus Bassianus. Son arrière grand-père maternel Julius Bassianus, qui était aussi le beau-père de l’empereur Septime Sévère et prince de la ville syrienne d’Émèse (aujourd’hui Homs en Syrie), lui avait légué les fonctions de grand prêtre du Dieu solaire El Gabal, ou Héliogabale, vénéré dans sa ville… Ce qui explique le sobriquet malveillant que donneront plus tard à cet empereur des historiens latins forts critiques (c’est le moins qu’on puisse dire) à son égard. Notre Varius Élagabal était donc à la fois prince syrien, citoyen romain, prêtre du Soleil et petit cousin de Caracalla.

Après le meurtre de cet empereur (8 avril 217), toutes les femmes de la branche syrienne de la famille impériale, chassées de Rome, se replièrent dans leur fief d’Émèse. Il y avait là : Julia Moesa, grand-mère d’Élagabal, Julia Soaemia, sa mère et Julia Mammaea, sa tante et mère du futur empereur Alexandre Sévère. Et toutes de comploter à qui mieux mieux contre Macrin, l’assassin présumé et successeur de leur bon parent Caracalla.

Or, les hasards de la génétique avaient voulu que les traits du petit Varius Élagabal ne fussent pas sans rappeler ceux de son impérial cousin assassiné. Une telle coïncidence ne pouvait être qu’un signe du destin dont il fallait impérativement tirer parti ! Ces dames d’Émèse, mère d’Élagabal comprise, firent donc courir la rumeur qu’en fait, le petit Varius était bien le fils légitime de Caracalla.

C’était un très gros mensonge… Mais comme ni Caracalla, ni le vrai père d’Élagabal, un patricien romain nommé Sextus Varius Avitus, mort quelques années après la naissance de son fils, n’étaient plus en mesure de rétablir la vérité, les anciens soldats de l’empereur assassiné mordirent à l’hameçon, comme un seul poisson ! « Si la mère d’Élagabal elle-même confessait son adultère et la bâtardise de son rejeton, c’est qu’il devait y avoir anguille sous roche », pensèrent-ils. Et puis surtout, les légionnaires avaient tellement envie d’accréditer cette fable… L’empereur Macrin commençait sérieusement à leur pomper l’air, lui qui vivait dans le luxe, le calme, la volupté et la débauche à Antioche tandis qu’eux croupissaient sous de pauvres tentes, parqués comme des bêtes de somme aux confins du désert syrien ! Et comble du comble, ce civil, qui ne connaissait guère l’armée que par ouï-dire, avait le culot d’exiger une discipline de fer… des contraintes inhumaines auxquelles il aurait bien été incapable de se plier lui-même !

La fiction de la naissance illustre du petit Varius Élagabal était donc la bienvenue ; elle permettrait à l’armée de se débarrasser du tyran en sauvegardant les apparences de la légalité. Et les soldats, en masse, d’abandonner les infâmes campements où les cantonnait Macrin pour venir, sous les murs d’Émèse, voir, entendre, applaudir et complimenter ce petit Élagabal, qui ressemblait tant à leur cher imperator Caracalla …

Macrin tenta bien de réagir, mais les quelques maigres troupes qu’il parvint péniblement à rassembler pour affronter son jeune rival désertèrent sur le champ de bataille. L’assassin de Caracalla, abandonné de tous, s’enfuit et fut exécuté peu après, ainsi que son fils Diaduménien, qu’il avait déjà présomptueusement désigné pour lui succéder.

Au mois de juin 218, le jeune Varius, qui avait repris le nom de Marc Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus) déjà abusivement porté [par] son père supposé Caracalla, se retrouvait le seul maître de tout l’Empire romain. Il avait quatorze ans.

Bien sûr, l’historien grec Hérodien (V, 6 : 1) indique bien qu’au début de son règne, Élagabal « envoya à la mort un très grand nombre de personnages célèbres et riches, accusés auprès de lui, d’avoir désapprouvé et raillé son comportement ». Mais il y a tout lieu de croire qu’il ne s’agissait là que de la très classique « épuration politique » qui marquait toujours la réussite du coup d’état d’un prétendant à l’Empire romain [cf. épuration à la Libération, France 1945 😉 ndle]. Car, si l’on examine soigneusement les récits, souvent ébouriffants, rapportés par les historiens antiques, on en arrivera à la conclusion qu’Élagabal fut, en réalité, plus dispendieux que cruel et plus extravagant que vraiment méchant.

Ses biographes, partiaux, ont en effet fortement exagéré les vices de celui qui n’était, finalement, qu’un « sale gamin », ivre de son pouvoir soi-disant absolu.

Citons, en guise d’exemple : « Il proposait à ses invités une sorte de sujet de concours consistant à trouver de nouvelles recettes pour relever le goût des mets et celui dont il appréciait le plus la trouvaille se voyait offrir une récompense magnifique (…). En revanche, si l’un d’entre eux avait inventé un condiment qui lui déplaisait, il l’obligeait à continuer d’en manger jusqu’à ce qu’il en ait trouvé un meilleur. »

Il n’y a pas là de quoi fouetter un chat, mais ses biographes antiques ont monté en épingle ce genre d’anecdote pour faire de ce gamin un tyran sanguinaire, alors qu’en fait, ce soi-disant despote sanguinaire tremblait comme une feuille devant l’armée, si menaçante, et devant sa propre famille, véritable nid de vipères intrigantes.

Ces écrivains antiques, en racontant la vie Élagabal, se montrèrent en l’occurrence plus moralistes qu’historiens. Par des descriptions violemment contrastées, ils opposèrent un empereur qu’ils voulaient totalement pervers à son cousin et successeur, Alexandre Sévère, qu’ils présentaient (avec tout autant d’exagération) comme le parangon de toutes les vertus.

Soaemias

Dans la réalité des faits, Élagabal, fastueuse marionnette, laissa les rênes du gouvernement à sa grand-mère, Julia Moesa et à sa mère, Julia Soaemias.
Ce furent cette emprise féminine, la superstition de l’empereur, ses caprices enfantins, ses dépenses inconsidérées, ses mariages homosexuels, et non son tempérament cruel ou sanguinaire, qui horripilèrent les « vieux Romains » et précipitèrent sa chute.

Cependant, après cinq années de règne, Élagabal bénéficiait toujours du soutien de l’armée. Il le perdit par maladresse.

La grand-mère d’Élagabal, Julia Moesa, pressentant que les vices de son petit-fils finiraient par le perdre, lui et sa famille, le convainquit d’adopter son cousin, Sévère Alexandre et de l’associer au pouvoir au titre de « César ». Ce jeune homme était la parfaite antithèse d’Élagabal : sévère, Alexandre l’était plutôt deux fois qu’une ! Avisé, vertueux, patient et sage, il parvint à se rendre populaire auprès de la seule force qui comptât réellement dans l’Empire : l’armée.

Aussi, quand les soldats apprirent qu’Élagabal cherchait à se débarrasser de son cousin et associé, ils commencèrent à murmurer contre leur bougre d’empereur. C’était sans doute une rumeur non fondée car, à ce moment, il semble bien qu’Élagabal avait accepté de bon cœur le partage du pouvoir que lui avait proposé sa grand-mère et qui prévoyait qu’il se consacrerait uniquement à ses activités religieuses tandis que son cousin assumerait les contraintes politiques et militaires du pouvoir.

Moesa

Mais quoi qu’il en soit, Élagabal, à ce moment, commit la plus incroyable des boulettes. Confronté à une armée de plus en plus hostile, au lieu de calmer le jeu, il fit courir le bruit de la mort d’Alexandre, sans doute pour mieux évaluer la popularité de son cousin. Ce fut l’émeute : peuple, Sénat et surtout l’armée se massèrent devant le palais pour demander des comptes à l’empereur (impératrice – prêtre(sse).

Heureusement, pour sauver sa tête, l’empereur put exhiber au balcon un Alexandre bien vivant. La foule se calma un peu et commença même à se disperser. Mais le rancunier Élagabal, dans un ultime caprice enfantin, voulut faire arrêter les meneurs de la manifestation et les condamner pour crime de lèse-majesté.

Alors, la foule furibarde envahit le palais, et ce fut le carnage… Les favoris et les mignons de l’empereur furent d’abord littéralement dépecés, émasculés, empalés (« afin que leur mort fût en conformité avec leur vie », dit le chroniqueur). Ce fut ensuite le tour de l’empereur qui fut massacré dans les latrines du palais. Son corps fut traîné à travers les rues de Rome, puis la populace tenta de jeter le cadavre aux égouts, mais, comme les conduits étaient trop étroits, l’impérial cadavre fut finalement balancé dans le Tibre (11 mars 222).

Les historiens, anciens modernes, considèrent qu’Élagabal fut, à l’instar de Néron, Domitien et Commode, un empereur dément, un « César fou ». Il se trouve pourtant un aspect de son règne moins incohérent que les autres : il s’agit de sa politique religieuse.

Le jeune empereur se considérait, avant tout, comme le grand-prêtre de son dieu solaire El Gabal. À ce titre, il aurait voulu que le soleil d’Émèse domine, et à terme supplante, toutes les autres divinités.[…]

Dès lors, quoiqu’on puisse ironiser sur le ridicule mariage qu’Élagabal célébra entre deux cailloux, l’un représentant son dieu solaire d’Émèse et l’autre la divinité lunaire, acheminée à grands frais de Carthage, en matière de politique religieuse, le jeune empereur eut donc le grand tort d’avoir raison trop tôt.

Malgré son souci de promouvoir le culte solaire, l’empereur Élagabal laissa les Chrétiens en paix. Le rédacteur, anonyme et tardif (Ve siècle), de l’Histoire Auguste prétend bien qu’il aurait eu l’intention de transférer dans son temple du Soleil de Rome « les religions des Juifs, des samaritains et les rites chrétiens, afin que le clergé d’Héliogabale détienne les mystères de tous les cultes ». Cette affirmation relève sans doute uniquement de l’imagination débridée de l’auteur de l’Histoire Auguste. Cependant, il n’en est pas moins fort vraisemblable qu’Élagabal avait entendu parler de la religion chrétienne : les Chrétiens étaient nombreux en Syrie et Anicet, pape de 155 à 166, était, comme lui, originaire d’Émèse.

Nous noterons aussi qu’après l’assassinat d’Élagabal, la populace, qui venait de dépecer son empereur se livra à un violent pogrom anti-chrétien où le pape Calixte perdit la vie : écharpé par la foule, on lui attacha une pierre au cou et, en visant bien, on le jeta d’une haute fenêtre dans un puits profond.

Ce massacre tendrait à prouver que les Chrétiens de Rome étaient, pour le moins, considérés comme des amis et des alliés de l’empereur-grand-prêtre Élagabal.

Par : ?
Publié le : ?
Titre original : « Élagabal. »
Source : Empereurs-Romains.net
Note : Excellent site, à visiter absolument,
notamment pour sa bibliographie extraordinaire.

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ARTICLE 2/4 – LES ÉPOUSES D’ÉLAGABAL (218-222)

Proclamé empereur à Émèse en Syrie en mai 218, Élagabal n’arriva dans la capitale qu’en septembre 219, en paradant plus en grand-prêtre oriental qu’en empereur romain, comme il se conduira d’ailleurs pendant tout son règne. Alors peu après, dans l’effort d’améliorer les relations entre l’empereur et le Sénat réticent, et dans le but d’avoir un héritier, il épousait Julia Cornelia Paula, « la femme la plus noble des Romains » (selon Hérodien V 6-1), belle et cultivée, mais âgée d’environ 10 ans de plus (d’après ses portraits) que son époux, né en 203/204. On a voulu en faire la fille du célèbre juriste Julius Paulus qui fut exilé avec son collègue Domitius
Ulpianus, sous Élagabal.

Le mariage fut célébré par des largesses, des banquets, des combats de gladiateurs et le massacre d’animaux dont un éléphant et 51 tigres (selon Dion Cassius). Elle sera Augusta et sur les monnaies elle est nommée Julia Paula (le nom de Cornelia n’apparaît pas).

Malheureusement le couple resta stérile et, au bout de même pas un an de mariage, Julia Paula était répudiée pour le motif qu’elle avait une tâche sur le corps. Elle est renvoyée à la vie privée avec perte du titre d’Augusta et des privilèges afférents.

Élagabal jeta alors son dévolu sur une jolie vestale, âgée d’environ 25 ans, Julia Aquilia Severa, peut-être la fille d’un C. Julius Severus, descendant de famille royale asiatique, qui deviendra préfet de la Ville en 224, ou d’un sénateur Q. Aquilius. A la suite de ce rapt, le mariage eut lieu à la grande consternation des prêtres et du peuple de Rome, le scandale étant qu’une vestale, consacrée à la Déesse Vesta et à l’entretien de son feu, devait rester vierge pendant 30 ans. Caracalla (211-217) avait même mis à mort des Vestales sous ce prétexte. Alors, pour se justifier, l’empereur [qui ne manquait pas d’imagination, le bougre, Ndle] écrivit au Sénat pour proclamer que, non seulement il est tombé amoureux d’elle, mais que l’union d’un grand prêtre et d’une Vestale vierge donnerait des enfants divins.

Il n’en fut rien et, à l’été suivant en 221, il divorçait pour épouser cette fois Annia Aurelia Faustina, l’arrière petite fille de Marc Aurèle, dont on avait pris soin, sous prétexte d’opposition à l’empereur, de faire exécuter, même pas deux ans auparavant, le mari Pomponius Bassus, consul en 211 et légat de Mésie Inférieure en 217, dont elle n’avait pas encore fini de pleurer la disparition brutale. On constate sur les monnaies qu’Annia Faustina ne porte pas comme les princesses syriennes et les deux précédentes épouses d’Elagabal, le nom de Julia […]

Ce mariage dépareillé, Faustine devait avoir près de 20 ans de plus que son impérial époux, permettait de rattacher le « Faux Antonin » (comme l’appelle Dion Cassius) – le nom officiel de l’empereur étant Marcus Aurelius Antoninus – à la véritable lignée de Marc Aurèle. Il est d’ailleurs probable que ce mariage, comme celui de Julia Paula, ait été arrangé par la grand-mère du jeune empereur, Julia Maesa, inquiète des répercussions du mariage avec la Vestale. Mais, dès l’automne 221, Élagabal se séparait de Faustina.

Dion Cassius nous dit alors que l’empereur se serait uni à deux autres femmes. Ces « épouses » de quelques jours n’eurent ni le titre d’Augusta, ni monnaies à leur effigie. Au bout du compte, avant la fin de l’année 221, Élagabal avait repris Julia Aquilia Severa avec laquelle il resta jusqu’à son assassinat en mars 222. On ignore si Élagabal eut de vrais sentiments envers Severa ou s’il a davantage été concerné par le symbolisme du mariage. En tout cas il apparaît évident qu’Élagabal, prenant à cœur tout ce qu’il y avait de plus scabreux dans les religions orientales, eut une vie sexuelle pour le moins perturbée qui l’empêcha d’avoir des enfants.

Aurelius Victor et « l’Histoire Auguste » affirment même qu’il aurait sacrifié sa virilité en imitation des prêtres de Cybèle. Il est probable qu’Élagabal, circoncis, y songea, mais que, dans son désir d’avoir des héritiers, il se soit plutôt fait momentanément ligaturer les parties génitales. D’autre part on apprend qu’il aimait jouer à l’homme et surtout à la femme avec Hiéroclès. On raconte aussi qu’Élagabal aurait acheté 100.000 sesterces une courtisane de renom à laquelle il ne toucha pas. Difficile dans ces conditions d’avoir une descendance.

Sur Elagabal, signalons trois ouvrages en français :
– « Héliogabale le César fou » de Roland Villeneuve – Pierre Amiot 1957
– « Héliogabale ou l’anarchiste couronné » d’Antonin Artaud – Gallimard 1979
– « Héliogabale et le sacre du soleil » de Robert Turcan – Albin Michel 1985

En Bandes Dessinées, chez Glénat, Gilles Chaillet a bien réussi à reconstituer l’atmosphère du règne d’Elagabal dans la série « La dernière prophétie » en particulier le tome II « Les Dames d’Emèse » 2003 et le tome III « Sous le signe de Ba’al » – 2004 Voir le site

Par : Gricca
Publié le : 18.12.2005
Titre original : « LES EPOUSES D’ELAGABAL (218-222). »
Source : Empereurs-Romains.net

ARTICLE 3/4

La religion du sexe avec 1800 ans d’avance

Une pierre antique vient à notre secours, et nous donne l’explication des cérémonies phalliques. C’est une cornaline gravée, qui représente la pompe phallique. Un char triomphal porte une espèce d’autel, sur lequel repose le Phallus, d’une grandeur colossale. Un génie s’élève au-dessus du simulacre et tient sur lui une couronne suspendue. Le char, ainsi que la figure du génie, sont entièrement abrités par un dais ou vaste draperie carrée, soutenue aux quatre coins par des piques, dont chacune est portée par une femme à demi nue. Ce char est traîné par des boucs et des taureaux, sur lesquels sont montés des enfants ailés. Il est précédé par un groupe de femmes sonnant de la trompette. Plus avant, et en face du char, est une forme caractéristique du sexe féminin, représentant le Sinus veneris. Cette forme, proportionnée au Phallus élevé sur le char, est maintenue par deux génies qui semblent indiquer au Phallus la place qu’il doit occuper.

Cette cérémonie terminée, les dames romaines reconduisaient dévotement le Phallus dans sa chapelle, qui devint célèbre, dans la suite, par l’édifice que fit élever dans le voisinage l’empereur Héliogabale, où il établit un sénat de femmes, chargées de décider sur des questions de galanteries et de débauches ; et ces assemblées se tenaient à l’occasion de la fête du Phallus.

Les fêtes d’automne, consacrées à Bacchus, étaient appelées Bacchanales ; elles duraient depuis le 23 jusqu’au 29 octobre. On y voyait à peu près toutes les cérémonies pratiquées par les Grecs dans leurs Dionysiaques.

Lors des premiers temps de cette institution à Rome, les femmes seules présidaient à cette solennité ; les hommes y furent admis ensuite, et les mystères nocturnes de Bacchus dégénérèrent en débauches affreuses. Outre tous les excès du libertinage, on y commettait même des assassinats, des empoisonnements. Les initiés formaient une grande portion de la population de Rome ; l’ordre public était menacé, et le sénat, l’an 564 de la fondation de cette ville, abolit les Bacchanales. Mais dans la suite, du temps des empereurs, elles reparurent avec une licence égale à celle des Dionysiaques de la Grèce.

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ARTICLE 4/4

An 219 – Héliogabale prend la route de Rome avec une procession qui transporte une pierre noire tombée du ciel [celle du Mouhammad de l’islam ? ndle] sur un char d’or tiré par des chevaux blancs, qu’il conduit à reculons jusqu’au Palatin atteint durant l’été 219. « Il fit construire et consacra à Héliogabale un temple sur le mont Palatin auprès du palais impérial ; il y fit transporter tous les objets de la vénération des Romains : la statue de Junon, le feu de Vesta, le Palladium et les boucliers sacrés. […] Il disait en outre que les religions des Juifs et des Samaritains, ainsi que le culte du Christ, seraient transportés en ce lieu, pour que les mystères de toutes les croyances fussent réunis dans le sacerdoce d’Héliogabale. » Les religions nouvelles d’Isis, de Sérapis, ou de Cybèle, de Mithra ou des Chrétiens avaient leurs adorateurs à Rome, sans menacer pour autant le vieux panthéon romain. Mais Héliogabale semble vouloir imposer son dieu comme unique, au-delà de son assimilation à Jupiter. Les Romains furent scandalisés lorsqu’il enleva la grande Vestale Aquilia Severa pour l’épouser, en désir de syncrétisme symbolique, « pour que naissent des enfants divins », dira-t-il au Sénat. Mais, peu porté sur la gent féminine, Héliogabale ne la touchera jamais et s’en séparera rapidement.

Mariages homosexuels

Ensuite, ses « mariages » homosexuels, notamment avec deux « colosses » grecs prénommés Hiéroclès et Zotikos, vont choquer les historiens romains. La fin de son règne le verra tout occupé à célébrer publiquement des orgies homosexuelles avec des prostitués mâles (exolètes) recrutés pour l’occasion, à en croire l’Histoire Auguste et Aurélius Victor.

Orgies et démagogie

Prodigue et démagogue, Héliogabal offrit des fêtes au cirque et des combats d’animaux, il jeta au peuple des objets précieux. Il recevait, au milieu des histrions et des gitons, des convives à qui il offrait des raffinements de table dignes de Cléopâtre, parfois agrémentés de surprises redoutables, quand les convives se réveillaient de l’orgie dans une cage avec des lions ou des ours (apprivoisés, donc inoffensifs).[Ah, ah, il faut bien rire 🙂 ndle.]

Après trois années de règne, Héliogabale bénéficie encore du soutien de l’armée. Il le perd par maladresse. En juillet 221, sa grand-mère, Julia Maesa, pressentant que les vices de son petit-fils finiraient de les perdre lui et sa famille, le convainc d’adopter son cousin Alexianus Bassanius, sous le nom de Sévère Alexandre, et de l’associer au pouvoir avec le titre de « césar ». Ce jeune homme est l’antithèse d’Héliogabale : sévère, avisé, vertueux, patient et sage. Il parvient à se rendre populaire auprès de la seule force qui compte réellement dans l’Empire, l’armée.

Aussi, quand les soldats apprennent qu’Héliogabale cherche à se débarrasser de son cousin et associé, ils commencent à murmurer contre lui. Héliogabale veut faire arrêter les meneurs mais une foule furieuse envahit le palais impérial et massacre l’empereur. Son corps est traîné à travers les rues de Rome, puis la populace tente de jeter le cadavre aux égouts, mais, comme les conduits sont trop étroits, le cadavre de l’empereur est finalement jeté dans le Tibre depuis le pont Æmilius (11 mars 222).

Son cousin, Sévère Alexandre, devient empereur, et la pierre noire retourne à Emèse [puis à la Mecque ? ndle].

Politique religieuse

Par son souci de promouvoir un culte unique – en l’occurrence le culte solaire – à un moment où il était nécessaire de restaurer l’unité de l’empire, la politique religieuse d’Héliogabale peut se rapprocher du « césaropapisme », qui est ensuite celle des empereurs païens puis chrétiens du Bas-Empire. D’ailleurs, cinquante ans après, l’empereur Aurélien vise à peu près le même objectif en instituant Sol Invictus [Le Soleil Invaincu, 25 décembre. Ndle] comme divinité de l’Empire.

L’empereur Héliogabale laissa les Chrétiens en paix. Il est en effet fort vraisemblable qu’il ait entendu parler de la religion chrétienne dont les disciples étaient nombreux en Syrie ; Anicet, pape de 155 à 166, était comme lui originaire d’Émèse (Homs).

On peut noter qu’à l’époque de l’assassinat d’Héliogabale, une émeute populaire antichrétienne est rapportée à Rome, au cours de laquelle l’évêque de Rome Calixte aurait perdu la vie, selon la tradition : écharpé par la foule, il aurait été défenestré, jeté dans un puits puis lapidé.

Représentations d’Héliogabal

Bien que subissant la damnatio memoriae, Élagabal dont les statues ont été renversées et les dédicaces martelées, est connu par un ensemble de représentations ou de dédicaces qui ont échappé à cette entreprise d’effacement de la mémoire :

À Lugdunum

Bien que court, son règne est marqué par la dédicace que les habitants de Lugdunum (aujourd’hui Lyon) lui accordent dans le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules. Un bloc de pierre, retrouvé lors de la destruction du pont de la Guillotière à Lyon, mesurant 57 cm x 180 cm x 55 cm, donne une inscription restituée par les archéologues Amable Audin et Pierre Wuilleumier :

«[I]mp(eratori) Caes(ari), div[i] / Antonioni Magn[i / fi]l(io), divi Sever(i) n[ep(oti), / [M(arco)] Aurel(io) Anton[i/no] / Pio Felici, Aug(usto), / [pont]if(ici) max(imo), trib(unicia) p[ot(estate) / I[II, co(n)s(uli) III; proco(n)s(uli), pa/tri patriae, / [c] ives RomaniinTri/[b]us Provinci(is)Galli(i)s / [c] onsistentes public(e) / posuerunt, curantib(us / allectis isdemq(ue) sum/[m]is curatoribus Iulio / [S]aturnino prov(inciae) Lugud(unensis) / […]ilio Sabino provinc(iae / [Belgic]ae, Aventinio Veris/ [simo pr]ovinci(iae) Aquitanic(ae)9. »

« À l’empereur César Marc Aurèle Antonin, fils d’Antonin le Grand divinisé, petit-fils du divin Sévère, pieux, heureux, auguste, grand pontife, revêtu de la 3e puissance tribunitienne, consul pour la 3e fois, proconsul, père de la patrie, les citoyens romains résidant dans les trois provinces de Gaule, ont élevé (cette statue) officiellement, par les soins des allecti et à la fois summi curatores, Julius Saturnius de la province de Lyonnaise, … ilius Sabinus, de la province de Belgique, Aventinius Verissimus, de la province d’Aquitaine. »

Un camée plutôt suggestif

Le cabinet des médailles de Paris possède un camée représentant Héliogabale nu, se présentant dans de « triomphantes dispositions intimes », sur un char tiré par quatre femmes nues et à quatre pattes. L’Histoire Auguste mentionne le fait dont les historiens pensaient qu’il était grandement exagéré. Ce camée donne foi aux rites naturistes et orgiaques qui se déroulaient au cours du culte du Dieu solaire instauré par l’Empereur où les ébats sexuels semblent avoir tenu une grande place.

Par : Wikipédia
Publié le : en cours sur le site
Titre original : « Héliogabale »
SOURCE : Wikipédia.org

Mlle de Maupin, travestie romantique

Parmi les grands classiques, s’il est une oeuvre qui fait rimer travestisme et romantisme, c’est bien le roman de Théophile Gautier, « Mademoiselle de Maupin » :

Maupin Hossein Double Genre
Robert Hossein et Catherine Spaak [mal travestie en mâle]
dans Le Chevalier de Maupin (1967) de Mauro Bolognini

Une sapho romantique : Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier

André Gide cite, dans Corydon, ce passage de Mademoiselle de Maupin :
« Ces amours étranges dont sont pleines les élégies des poètes anciens, qui nous surprenaient tant et que nous ne pouvions concevoir, sont donc vraisemblables et possibles. Dans les traductions que nous en faisions, nous mettions des noms de femmes à la place de ceux qui y étaient. Juventius se terminait en Juventia, Alexis se changeait en Ianthé. Les beaux garçons devenaient de belles filles, nous recomposions ainsi le sérail monstrueux de Catulle, de Tibulle, de Martial et du doux Virgile. C’était une fort galante occupation qui prouvait seulement combien peu nous avions compris le génie antique. » (note 1: Corydon, p. 137).

Je serais fort étonné que ceux qui, sur la foi de cette citation, ont tenté de lire le roman de Théophile Gautier, aient continué leur lecture très avant. Ils auront sans doute été rebutés par le style, extraordinairement ciselé, d’une richesse et d’un raffinement extrême. Je reconnais que l’excessive recherche du détail, compréhensible au demeurant chez l’auteur d’Emaux et Camées, qui avait gardé de ses débuts dans l’atelier d’un peintre le goût des effets de lumière et de perspective, l’amour des formes, des reliefs et des couleurs, rend fastidieux la lecture d’une œuvre où les digressions continuelles font perdre le fil du récit.

Et pourtant, il est dommage que Mademoiselle de Maupin ne présente pas au lecteur un intérêt immédiat, et exige de lui une constance et une patience que n’ont pas tous les Arcadiens [lecteur de la revue Arcadie, Ndle]. Car, au contraire de bien des œuvres, classées comme d’inspiration homophile, et qui n’offrent au curieux qu’un paragraphe, voire une phrase où il soit fait allusion à l’homophilie, le roman de Gautier baigne absolument dans l’inversion. Qu’on se donne la peine de penser qu’il a été publié en 1836, il y a cent [quatre] vingt ans, et à la lumière des citations qui vont suivre, on ne pourra qu’admirer l’audace de l’auteur.

Les dix-sept chapitres de cet ouvrage sont tantôt du genre épistolaire [5 premiers], tantôt du genre narratif simple [12 derniers]. Les cinq premiers mettent successivement en scène les trois protagonistes du roman, sous forme de lettres écrites par d’Albert à son ami d’enfance Silvio.

Chapitre 1 – D’Albert exprime d’abord, très longuement, le désir qu’il a de trouver une maîtresse selon ses goûts. Il n’a pas jusqu’alors rencontré la femme de sa vie.

Chapitre II – Néanmoins, délaissant pour un temps la poursuite de ses chimères, il devient l’amant d’une jeune dame qu’il a rencontrée dans un salon et qu’il appelle Rosette.

Chapitre III – Rosette ? « c’est un délicieux compagnon, un joli camarade avec lequel on couche, plutôt qu’une maîtresse… ». Il n’est cependant pas pleinement satisfait, bien que comblé sur le plan physique : « au lieu d’être tout à fait heureux, je ne le suis qu’à moitié ». Et le voilà qui cherche d’où cela peut venir : « J’ai commencé par avoir envie d’être un autre homme – puis faisant réflexion que je pouvais, par l’analogie, prévoir à peu près ce que je sentirais, et alors ne pas éprouver la surprise et le changement attendus, j’aurais préféré d’être femme ; cette idée m’est toujours venue, lorsque j’avais une maîtresse qui n’était pas laide ; car une femme laide est un homme pour moi, et aux instants de plaisirs j’aurais volontiers changé de rôle, car il est bien impatientant de ne pas avoir la conscience de l’effet qu’on produit et de ne juger de la jouissance des autres que par la sienne.»

Chapitre IV – Après avoir été, pendant cinq mois, « le Céladon en pied de madame Rosette » d’Albert reconnaît qu’il éprouve une certaine lassitude de sa liaison, et Rosette qui s’en est aperçue, l’a emmené à la campagne, dans un vieux château retiré, où le tête-à-tête continuel ne peut cependant que hâter le dénouement. Pour distraire son amant, elle envoie enfin des invitations à ses connaissances du voisinage.

Chapitre V – Tout au long du chapitre, d’Albert essaie d’exprimer ses contradictions intimes, son regret de l’idéal abandonné, son amour exacerbé de la beauté, toutes les rêveries creuses qui le poursuivent dans la solitude où il vit. Cependant, avec l’arrivée des invités de Rosette, ses humeurs noires l’abandonnent : « … dans tout cet essaim provincial, ce qui me charme le plus est un jeune cavalier qui est arrivé depuis deux ou trois jours ; … Le seul défaut qu’il ait, c’est d’être trop beau et d’avoir des traits trop délicats pour un homme. Il est muni d’une paire d’yeux les plus beaux et les plus noirs du monde, qui ont une expression indéfinissable… Il est vraiment parfait… Il avait derrière lui, monté sur un petit cheval, un page de quatorze à quinze ans, blond, rose, joli comme un séraphin… Tout redoutable cependant que soit (auprès de Rosette) un pareil rival (le jeune cavalier), je suis peu disposé à en être jaloux, et je me sens tellement entraîné vers lui, que je me désisterais assez volontiers de mon amour pour avoir son amitié. »

Chapitre VI – Ce jeune cavalier, c’est Théodore, que nous retrouverons au début du chapitre, où l’auteur, abandonnant pour un temps la forme épistolaire, nous raconte la scène que voici :

« Le petit page était tellement harassé, qu’il dormait sur les bras de son maître… il (Théodore) le déposa sur le canapé tout doucement… Quand le domestique se fut retiré, il se mit à genoux devant lui, et essaya de lui tirer ses bottines… Cette opération achevée, le maître prit les deux pieds de l’enfant, et les posa l’un à côté de l’autre sur le velours du sofa… Le jeune homme, toujours à genoux contemplait ces deux petits pieds avec une attention amoureusement admirative ; il se pencha, prit le gauche et le baisa, et puis le droit, et le baisa aussi ; et puis de baisers en baisers, il remonta le long de la jambe jusqu’à l’endroit où l’étoffe commençait. Le page souleva un peu sa longue paupière, et laissa tomber sur son maître un regard bienveillant et assoupi… Ma ceinture me gêne, dit-il en passant son doigt sous le ruban, et il se rendormit… C’était un tableau assurément fort gracieux… Le maître était beau comme une femme, le page beau comme une jeune fille… »
(Note 2 : Le lecteur perspicace pourrait augurer de la suite du roman d’après cette dernière phrase. Cependant, la scène malgré la transposition des sexes, n’en reste pas moins audacieuse).

Cette scène combien étonnante est interrompue par l’arrivée de Rosette, qui, nous l’apprenons alors, aime Théodore depuis longtemps, et qui malgré tous les amants qu’elle a eus successivement, lui a conservé son cœur. Un long dialogue s’engage, au cours duquel Théodore semble s’efforcer de décourager l’amour que Rosette a pour lui. Voilà décidément un jeune homme bien réservé avec les dames ! Cependant, resté seul « Théodore… rentra dans la chambre, et fut se coucher après avoir embrassé au front le page qui dormait toujours. »

Chapitre VII – [où l’on voit réunis] les trois héros, d’abord dans la chambre de Rosette, puis à la chasse où Théodore, suivi de son page Isnabel, entraîne d’Albert et Rosette. Ici se passe un incident qui semble, pour un temps, atténuer l’étrangeté de la scène précédente entre Théodore et Isnabel. [Ce dernier], au cours de la chasse, tombe de cheval et reste évanoui. Rosette qui le suivait, alors que les deux cavaliers sont déjà loin, « s’agenouilla auprès de lui et tâcha de le faire revenir… pensant que ses habits le pouvaient gêner, déboucla sa ceinture, défit les boutons de son justaucorps, et ouvrit sa chemise pour que sa poitrine pût jouer plus librement. Rosette vit alors… une gorge très blanche, encore peu formée, mais qui faisait les plus admirables promesses, et tenait déjà beaucoup ; …Une femme ! dit-elle, une femme ! ah ! Théodore ! »

Chapitre VIII – Pauvre Rosette, si elle savait tout… Mais avec l’auteur, laissons Rosette pour un temps. C’est à d’Albert que nous ramène le chapitre. Reprenant ses confidences, celui-ci fait part à son ami Silvio de la nouvelle passion qui vient bouleverser sa vie. Il y a de quoi en effet ! : « Je n’aime rien, ai-je dit, hélas ! J’ai peur maintenant d’aimer quelque chose. Il vaudrait cent mille fois mieux haïr que d’aimer comme cela !… J’ai trouvé le corps de mon fantôme ; …Ces belles paupières turques, ce regard limpide et profond, cette chaude couleur d’ambre pâle. … Tu m’as plaint de ne pas aimer, plains-moi maintenant d’aimer, et surtout d’aimer qui j’aime. Quel malheur… quelle passion insensée, coupable et odieuse s’est emparée de moi !… C’est la plus déplorable de toutes mes aberrations, je n’y conçois rien… je doute si je suis un homme ou une femme, j’ai horreur de moi-même… Enfin, à travers toutes les voiles dont elle s’enveloppait, j’ai découvert l’affreuse vérité… Silvio, j’aime… Oh ! non, je ne pourrai jamais te le dire… J’aime un homme ! »

Mettez-vous à sa place un moment. Voilà un jeune homme qui, jusqu’alors, a eu beaucoup de succès féminin, et y a pris beaucoup de plaisir. Peut-être y a-t-il au fond de son cœur un désir insatisfait, mais c’est celui de l’idéal, qui, plus ou moins, sommeille en chacun de nous. Et soudain, cet idéal lui apparaît, et c’est un homme ! Il y a de quoi être bouleversé…

Maupin Spaak Double Genre
Catherine Spaak [mal travestie] en garçon et Tomas Milian
dans Le Chevalier de Maupin (1967) de Mauro Bolognini

Chapitre IX qui enchaîne : « Cela est ainsi… j’aime un homme Silvio. J’ai cherché longtemps à me faire illusion ; j’ai donné un nom différent au sentiment que j’éprouvais, …je rougis d’y penser et de l’écrire ; mais la chose, hélas, n’est que trop certaine, j’aime ce jeune homme, non d’amitié, mais d’amour ; oui d’amour. Ce que je sens pour ce jeune homme est vraiment incroyable ; jamais aucune femme ne m’a troublé aussi singulièrement. »

Cependant d’Albert, non point pour expliquer l’apparente aberration de son amour, mais à cause de l’excessive beauté de Théodore, en arrive à supposer que celui-ci est une femme déguisée. En d’autres termes, il dit à peu près ceci : « Théodore est une femme, parce qu’il est trop beau pour être un homme » et non pas « Théodore est une femme parce que je ne peux pas aimer un homme. »

Chapitre IX – Cependant,[d’Albert] n’en est pas sûr, et il cherche encore à se justifier. C’est ici que se place la citation placée en tête de cet article, et qui fait appel aux « amours étranges dont sont pleines les élégies des poètes anciens ».

Et d’Albert poursuit : « Je suis un homme des temps homériques, le monde où je vis n’est pas le mien, et je ne comprends rien à la société qui m’entoure. Le Christ n’est pas venu pour moi ; je suis aussi païen qu’Alcibiade et Phidias… O vieux monde ! tout ce que tu as révéré est donc méprisé ; tes idoles sont donc renversées dans la poussière ; de maigres anachorètes vêtus de lambeaux troués, des martyrs… se sont juchés sur les piédestaux de tes dieux si beaux et si charmants : le Christ a enveloppé le monde dans son linceul. Beaux jeunes gens aux membres frottés d’huile qui luttez dans le lycée ou le gymnase, sous le ciel éclatant, au plein soleil de l’Attique… Virginité, mysticisme, mélancolie, trois mots inconnus, trois maladies nouvelles apportées par le Christ… Comme on ne cherche que la satisfaction de l’œil, le poli de la forme et la pureté du linéament, on les accepte partout où on les rencontre. C’est ce qui explique les singulières aberrations de l’amour antique.
(note 3: Ce n’est pas le lieu de discuter ici cette théorie qui semble être, dans la bouche, ou plutôt sous la plume de d’Albert, celle même de Théophile Gautier. Je me borne à citer).

Depuis le Christ on n’a plus fait une seule statue d’homme où la beauté adolescente fût idéalisée et rendue avec ce soin qui caractérise les anciens sculpteurs. La femme est devenue le symbole de la beauté morale et physique ; l’homme est réellement déchu du jour où le petit enfant est né à Bethléem. La femme est la reine de la création ; …Avant… on ne féminisait pas les dieux ou les héros… on faisait plus volontiers revenir à ce caractère (mâle) la beauté spéciale de la femme… Il n’y a presque pas de différence entre Pâris et Hélène. Aussi l’hermaphrodite est-il une des chimères les plus ardemment caressées de l’antiquité idolâtre.»
(note 4: Qu’on m’excuse de citer si longuement, mais les idées ici exprimées sur la prééminence de la femme dans les pays christianisés, dépassent largement l’intérêt anecdotique du roman pour atteindre à une portée philosophique beaucoup plus importante).

Mais l’hermaphrodite, décrit tout au long, ramène l’amoureux à l’objet de sa passion, car « il n’y a plus, hélas ! qu’une chose qui palpite en moi, c’est l’horrible désir qui me porte vers Théodore. »

« Ce qu’il y a de singulier, c’est que je ne pense presque plus à son sexe et que je l’aime avec une sécurité parfaite. Quelquefois je cherche à me persuader que cet amour est abominable… mais… c’est un raisonnement que je me fais et que je ne sens pas : il me semble réellement eue c’est la chose la plus simple du monde et que tout autre à ma place en ferait autant. »

Et voici enfin, amené par le long plaidoyer qui précède, l’aveu irrémissible, quelle que soit la suite des événements : « Et pourtant, si mon pressentiment me trompait, si Théodore était réellement un homme… C’est une chose à laquelle je ne veux pas penser et qui me rendrait fou ; … Si je venais à savoir avec certitude que Théodore n’est pas une femme, hélas ! Je ne sais point si je ne l’aimerais pas encore. »

Chapitre X – Le lecteur, plus favorisé que ce malheureux d’Albert, écartelé entre le doute et le désir, va apprendre, dès ce chapitre, le sexe véritable de Théodore. En effet, dans une lettre à son amie Graciosa, Madeleine de Maupin explique pourquoi, voulant étudier le comportement des hommes en dehors de la présence des femmes, elle s’est décidée à devenir Théodore de Sérannes et comment, ayant appris à tirer l’épée et le pistolet, à monter à cheval et à porter le manteau, elle parvint « à faire d’une fille qu’on trouvait assez jolie, un cavalier beaucoup plus joli, et à qui il ne manquait guère que la moustache».
(note 5: Oserai-je suggérer qu’il lui manquait autre chose, de beaucoup plus important que la moustache. La jeune fille s’en rendra d’ailleurs compte dans un chapitre ultérieur).

Au cours de son escapade, Madeleine-Théodore rencontre dans une auberge de campagne un groupe de jeunes cavaliers. Le lendemain, tous s’en vont de compagnie. Mais nous n’en savons pas plus long cette fois : « je te dirai une autre fois le reste de mes aventures, en attendant aime-moi comme je t’aime, Graciosa la bien nommée… »

Chapitre XI – Et c’est à nouveau d’Albert qui inflige à Silvio d’interminables considérations sur le théâtre, avant de raconter qu’il a imaginé, de faire jouer aux invités de Rosette, la pièce « Comme il vous plaira ». Rosette, qui « devait jouer Rosalinde… n’a pas voulu se travestir en homme… mais Théodore… s’est offert pour la remplacer, attendu que Rosalinde est presque toujours en cavalier, excepté au premier acte où elle est en femme, et qu’avec du fard, un corset et une robe, il pourra faire suffisamment illusion, n’ayant point encore de barbe, et étant fort mince de taille.»

Cela ne peut que combler les vœux de d’Albert, qui verra ainsi Théodore sous les habits qu’il soupçonne devoir être les siens. La répétition de la pièce est un triomphe pour Théodore qui, travesti, éclipse toutes les femmes présentes. Rosette pâlit, « comme si une révélation soudaine lui traversait le cerveau : elle fit en sens inverse le même mouvement que moi. Je l’ai toujours soupçonnée d’aimer Théodore ». Quant à lui : « Je sentis s’évanouir l’horreur que j’avais de moi-même et je fus délivré de l’ennui de me regarder comme un monstre.»

Les scènes successives, grâce au travestissement factice de Théodore en Rosalinde, suivi du travestissement réel de celle-ci en Ganymède, ne manquent pas de créer un imbroglio, une suite d’équivoques à demi-teintées de complicité entre Orlando (d’Albert) et Rosalinde, qu’accentue encore le dialogue entre eux : « …c’était en quelque sorte une autre pièce dans la pièce, un drame invisible et inconnu aux autres spectateurs que nous jouions pour nous seuls, et qui, sous des paroles symboliques, résumait notre vie complète et exprimait nos plus cachés désirs. »

« Cependant, (continue d’Albert) je n’ai qu’une certitude morale, les preuves me manquent, et je ne puis rester plus longtemps dans cet état d’incertitude ; il faut absolument que je parle à Théodore… »

Et, ne pouvant se décider à lui parler, il lui écrit, et dépose sa lettre dans la chambre du jeune homme.

Chapitre XII – Théophile Gautier donne à nouveau la parole à Mademoiselle de Maupin, continuant le récit de ses aventures à son amie Graciosa.

Après leur départ de l’auberge, Madeleine et ses compagnons se séparent bientôt. Elle-même, toujours sous les habits de Théodore, est invitée par l’un des jeunes cavaliers, à venir voir avec lui une de ses sœurs, sur la fin de son veuvage. Cette sœur est Rosette qui très rapidement tombe amoureuse du beau Théodore. En vérité, celui-ci, pour avoir parfaitement l’air d’un homme, s’est risqué à faire la cour à la belle. Il en résultera pour lui des complications sans nombre :

« Elle remarquait dans ma conduite des contradictions qu’elle ne pouvait concilier c’était ma chaleur de paroles et ma froideur d’action. »

« Tu le sais mieux que personne, ma chère Graciosa, mon amitié a tous les caractères d’une passion ; elle est subite, ardente, vive, exclusive, elle a de l’amour jusqu’à la jalousie, et j’avais pour Rosette une amitié presque pareille à celle que j’ai pour toi… Comme je n’ai encore aimé aucun homme, l’excès de ma tendresse s’est en quelque sorte épanché dans mes amitiés avec les jeunes filles et les jeunes femmes… »

« Quelquefois, oubliant la portée qu’avaient de telles démonstrations… je lui passais le bras autour du corps… ou bien c’était quelque autre de ces mignardises que tu sais m’être habituelles avec mes chères amies. »

Cependant, ces « mignardises » ne satisfont pas la jolie Rosette, et elle s’arrange pour provoquer des tête-à-tête solitaires avec le jeune homme, espérant toujours qu’il va s’enhardir… C’est ainsi que les deux personnages se retrouvent dans une cabane rustique, perdue au fond du parc, mais aménagée en boudoir confortable. Tout est prévu, même les flacons de liqueur, les assiettes de confiture et de gâteaux. Après la collation, Rosette égayée par un verre de vin des Canaries, assise près de Théodore sur une dormeuse assez étroite, se laisse aller en arrière et se renverse sur son bras très amoureusement.

« Je la contemplai quelque temps, avec une émotion et un plaisir indéfinissables, et cette réflexion me vint, que les hommes étaient plus favorisés que nous dans leurs amours, que nous leur donnions à posséder les plus charmants trésors, et qu’ils n’avaient rien de pareil à nous offrir. Quel plaisir ce doit être de parcourir de ses lèvres cette peau si fine et si polie, et ces contours si bien arrondis, qui semblent aller au devant du baiser et le provoquer ! ces chairs satinées, ces lignes ondoyantes et qui s’enveloppent les unes dans les autres… ; quels motifs inépuisables de délicates voluptés que nous n’avons pas avec les hommes ! Nos caresses, à nous, ne peuvent guère être que passives, et cependant il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir … Son corps, facile et souple, se modelait sur le mien… La douce chaleur de son corps me pénétrait à travers ses habits et les miens… Ma situation devenait fort embarrassante, et passablement ridicule… Les façons entreprenantes m’étaient interdites, et c’étaient les seules qui eussent été convenables… Cette scène, tout équivoque que le caractère en fût pour moi, ne manquait pas d’un certain charme qui me retenait plus qu’il n’eût fallu ; cet ardent désir m’échauffait de sa flamme, et j’étais réellement fâchée de ne le pouvoir satisfaire : je souhaitai même d’être un homme, comme effectivement je le paraissais, afin de couronner cet amour… Ma respiration se précipitait, je sentais des rougeurs me monter à la figure, et je n’étais guère moins troublée que ma pauvre amoureuse. L’idée de la similitude de sexe s’effaçait peu à peu pour ne laisser subsister qu’une vague idée de plaisir… A la fin, n’y tenant plus, elle se leva brusquement… elle pensa qu’une timidité enragée me retenait seule, …elle vint à moi, s’assit sur mes genoux… me passa les bras autour du cou, croisa ses mains derrière ma tête, et sa bouche se prit à la mienne avec une étreinte furieuse ; …Un frisson me courut tout le long du corps, et les pointes de mes seins se dressèrent. Rosette ne quittait pas ma bouche ; …nos souffles se mêlaient. Je me reculai un instant, et je tournai deux ou trois fois la tête pour éviter ce baiser, mais un attrait invincible me fit revenir en avant, et je le lui rendis presque aussi ardent qu’elle me l’avait donné. Je ne sais pas trop ce que tout cela fut devenu, si… »

Si la porte ne s’était brusquement ouverte, et si un beau lévrier n’était entré, précédant de peu le frère de Rosette.

Chapitre XIII – Nous passerons sur ce chapitre qui est la lettre, écrite par d’Albert à Théodore, où il lui déclare son amour et le supplie de se dévoiler enfin.

Chapitre XIV – Une nouvelle lettre de Madeleine de Maupin à Graciosa. Une nuit, Rosette, déçue que sa précédente tentative auprès de Théodore n’ait pas mieux réussi, vient frapper à la porte de celui-ci. La scène de la cabane va se répéter, avec cette différence que cette fois, la jeune Rosette est en chemise de nuit, revêtue d’une « mante de nuit en batiste extrêmement fine », et que la situation est ainsi beaucoup plus périlleuse pour le faux Théodore.

Après des reproches et des larmes, Rosette « poussa un long soupir et fit un mouvement comme pour se lever, mais elle retomba affaissée sous son émotion ; puis elle m’entoura de ses bras… j’étais émue, et je fis à Rosette quelques caresses plus tendres qu’à l’ordinaire ; de ses cheveux ma main était descendue à son cou velouté, et de là à son épaule ronde et polie que je flattais doucement, et dont je suivais la ligne frémissante. L’enfant vibrait sous mon toucher comme un clavier sous les doigts d’un musicien ; sa chair tressaillait et sautait brusquement, et d’amoureux frissons couraient le long de son corps. Moi-même j’éprouvais une espèce de désir vague et confus.., et je sentais une grande volupté à parcourir ces formes pures et délicates. Je quittai son épaule, et, profitant de l’hiatus d’un pli, j’enfermai subitement dans ma main sa petite gorge effarée… de l’extrême contour de sa joue, que j’effleurais d’un baiser à peine sensible, j’arrivai à sa bouche mi-ouverte ; le vin capiteux de la volupté m’avait tellement enivrée …que tout ce que j’avais de raison s’en était allé… Des idées singulières me passaient par la tête… et peut-être aurais-je fait quelque vaine et folle tentative pour donner un semblant de réalité à cette ombre de plaisir que nia belle amoureuse embrassait avec tant d’ardeur… Ces vives attaques, ces caresses réitérées, le contact de ce beau corps… me troublaient au dernier point, quoiqu’ils fussent d’une femme. »

La scène se termine, une fois encore, par l’arrivée du frère de Rosette, qui provoque Théodore en duel pour venger l’honneur de sa sœur, à moins que Théodore n’accepte de l’épouser. Théodore préfère se battre, blesse Alcibiade, monte à cheval et s’enfuit.

Chapitre XV – C’est la suite du récit de Madeleine de Maupin, après son départ du château de Rosette. Elle fait sur son aventure, quelques réflexions intéressantes : « En vérité, …l’homme ne me tente pas beaucoup, car il n’a pas la beauté comme la femme… Si j’avais été un jeune homme, comme j’eusse aimé Rosette ! Quelle adoration c’eût été !.., son genre de beauté me plaisait. Il est dommage que notre amour fût totalement condamné à un platonisme indispensable ! »

Et elle enchaîne, curieusement, ainsi : « Il m’est arrivé dernièrement une aventure. »

Or, cette aventure, c’est la rencontre d’une petite fille de quinze ans, qu’avec l’accord de sa mère, elle va emmener avec elle, pour la soustraire aux assiduités d’un homme débauché. Cette petite fille croit naturellement que Théodore est un homme, et comme elle est encore innocente, elle s’imagine pour de bon être sa maîtresse, à cause de quelques baisers échangés.

Et les réflexions de Madeleine de Maupin sur cette aventure sont assez significatives pour nous éclairer sur ses tendances profondes :

« Je m’attachai singulièrement à la petite belle. Je ne t’avais plus avec moi, ma chère Graciosa, et j’éprouvais un besoin immense d’aimer quelqu’un… elle couchait dans mon lit, et passait pour dormir ses petits bras autour de mon corps ; elle se croyait très sérieusement ma maîtresse… Les baisers que je lui donnais complétaient parfaitement son illusion, car… ses désirs ne parlaient pas assez haut pour lui faire soupçonner autre chose. Au reste, elle ne se trompait qu’à demi. Et, réellement, il y avait entre elle et moi la même différence qu’il y a entre moi et les hommes… Je mettais une joie maligne à dérober ainsi ce trésor à la rapacité des hommes… Une femme seule pouvait l’aimer assez délicatement et assez tendrement. Un côté de mon caractère, qui n’eût pu se développer dans une autre liaison et qui se mit tout à fait au jour dans celle-ci, c’est le besoin et l’envie de protéger, ce qui est habituellement l’affaire des hommes. …Je perdais insensiblement l’idée de mon sexe… O Graciosa ! je ne pourrai jamais aimer complètement personne ni homme, ni femme ;…si j’ai une amie, l’idée de la volupté corporelle m’empêche de goûter entièrement la pure volupté de l’âme… Ma chimère serait d’avoir tout à tour les deux sexes pour satisfaire à cette double nature… Ma nature se produirait ainsi tout entière au jour, et je serais parfaitement heureuse, car le vrai bonheur est de se pouvoir développer librement en tous sens et d’être tout ce qu’on peut être.»
(note 6: Ce n’est pas l’auteur qui souligne).

Puis, nous apprenons comment, Rosette ayant découvert où se trouvait Théodore, supplie celui-ci de revenir. C’est ainsi que Théodore, accompagné de la petite Ninon, costumée en page (c’est le page Isnabel) arrive au château de Rosette. Ce sont les événements déjà racontés par d’Albert au chapitre V, mais que Madeleine de Maupin décrit selon son point de vue, en particulier sa rencontre avec d’Albert. Elle avoue que sans aimer celui-ci, elle a du goût et du penchant pour lui, et comme elle est décidée à « savoir ce que c’est qu’un homme, et le plaisir qu’il donne » elle attend de lui cette révélation. Cependant, après s’être donnée à d’Albert, dans le costume de Rosalinde, elle se propose « d’aller rendre à Rosette une visite dans le même costume, et de lui faire voir que, si je n’ai pas répondu à son amour, ce n’était ni par froideur, ni par dégoût. Quelle mine fera-t-elle à cette révélation ?… »

Chapitre XVI – Le lecteur verra donc, après tant de traverses, Rosalinde [Théodore] venir poser sa main sur l’épaule de d’Albert et lui dévoiler enfin sa véritable identité. Je n’insisterai pas sur cette nuit d’amour, où le jeune homme, aidé de la curiosité de Rosalinde [Théodore], fit des prouesses jusqu’au matin.

Puis, comme le sommeil le gagnait enfin, elle le laissa, se rhabilla, et entra chez Rosette, comme elle se l’était promis.

« Ce qu’elle y dit, ce qu’elle y fit, je n’ai jamais pu le savoir… » C’est l’auteur qui parle, et qui esquive, par une pirouette, une scène apparemment trop audacieuse pour être écrite :

« Une femme de chambre de Rosette m’apprit cette circonstance singulière : bien que sa maîtresse n’eût pas couché cette nuit-là avec son amant, le lit était rompu et défait, et portait l’empreinte de deux corps. De plus, elle me montra deux perles, parfaitement semblables à celles que Théodore portait dans ses cheveux en jouant le rôle de Rosalinde. Elle les avait trouvées dans le lit en le faisant. Je livre cette remarque à la sagacité du lecteur, et je le laisse libre d’en tirer toutes les inductions qu’il voudra ; quant à moi, j’ai fait là-dessus mille conjectures, toutes plus déraisonnables les unes que les autres, et si saugrenues, que je n’ose véritablement en écrire, même dans le style le plus honnêtement périphrasé. Il était bien midi lorsque Théodore [Rosalinde] sortit de la chambre de Rosette. Il ne parut pas au dîner ni au souper. D’Albert et Rosette n’en semblèrent point surpris. Il [Théodore/Rosalinde]se coucha de fort bonne heure, et le lendemain matin, dès qu’il fit jour, sans prévenir personne, il sella son cheval et celui de son page, et sortit du château… »

Chapitre XVII – Quelques jours après, d’Albert reçoit une lettre qui est la conclusion du roman. Mademoiselle de Maupin, après avoir donné quelque excuse à son départ, termine par cette phrase :

« Consolez au mieux que vous pourrez la pauvre Rosette, qui doit être au moins aussi fâchée que vous de mon départ. Aimez-vous bien tous deux en souvenir de moi, que vous avez aimée l’un et l’autre, et dites-vous quelquefois mon nom dans un baiser. »

Ainsi disparaît Madeleine de Maupin, avec son mystère… et son page. Mystère transparent au reste, pour qui sait lire entre les lignes. Le roman de Théophile Gautier est certainement un des premiers romans lesbiens du XIXe siècle. Il l’est avec prudence et discrétion, mais il faut remarquer que, par sa date, il continue la littérature galante du XVIIIe siècle, plutôt qu’il ne préfigure la littérature contemporaine, qui a commencé à braver la censure du puritanisme dans les toutes dernières années du XIX siècle, et au début du XXe.

Mais cette œuvre est intéressante à un autre titre. Avec beaucoup de timidité, certes, c’est l’ébauche du roman homophile masculin.

L’audace est minime, puisque l’intrigue est telle que les deux personnages mis en présence ne sont pas réellement deux hommes.

Mais les réflexions que fait d’Albert sur son amour apparemment monstrueux sont importantes. Il se condamne, mais il aime quand même. Si Théodore avait été réellement un homme, le roman mutatis mutandis, restait aussi valable.

Notons également que le sort différent réservé par [Théophile] Gautier à l’homosexualité masculine et au lesbianisme est caractéristique de la différence que fait l’opinion publique entre ces deux particularités de l’instinct. Le lesbianisme a toujours été considéré d’un œil plus favorable que l’homosexualité masculine. C’est ce qui a permis de porter le premier au théâtre (par exemple avec La Prisonnière, de Bourdet) bien avant qu’on ose y montrer une intrigue homophile masculine.

Mademoiselle de Maupin peut donc être considérée comme le prototype de la femme virile, de l’amazone, dont George Sand sera la personnification, tour à tour maîtresse de Musset, de Chopin, ou amante de Marie d’Orval.

Pour avoir créé un type, Théophile Gautier méritait bien sans doute que [la revue] Arcadie lui consacre quelques pages.

Par : Jean-Yves Alt (texte et notes)
Catégories : #REVUE ARCADIE n° 38 Fév.1957
Publié le : 02.12.2013
Titre Original : « Une sapho romantique, mademoiselle de Maupin. »
Commentaires : Lio de France / [D.G.]
SOURCE : culture-et-debats.over-blog.com

Le transgenre : une histoire de tous les temps ?

Depuis la nuit des temps, la transidentité questionne les Êtres. Le livre de l’universitaire Pierre-Olivier Chaumet, « Le transgenre, une histoire de toujours ? », nous donne un aperçu historique sur les personnages célèbres de la gente transgenre et tente d’apporter quelques explications par le biais de la sociologie.

Transgenre Double Genre

ARTICLE 1/4 – Chapitres du livre

Le transgenre, de l’Antiquité au Moyen Âge

  • Le transgenre sous l’Antiquité: du mythe à la réalité
  • L’apport théorique de la mythologie grecque
  • Le rejet dans la pratique de l’être ambigu
  • Héliogabale ou la vie dissolue d’un empereur romain
  • Église et transgenre au Moyen Âge: entre fascination et rejet
  • La « papesse Jeanne » ou l’utilité d’un mensonge historique
  • « Wilgeforte », une sainte barbue.
  • Jeanne d’Arc, sainte patronne du transgenre ?

Le transgenre, de la Renaissance à l’Ancien Régime

  • Le transgenre : un interdit pesant sur le menu peuple
  • Des témoignages au-dessus de tout soupçon.
  • « Mademoiselle Rosette », l’homme qui se pensait femme.
  • Catalina de Erauso, une nonne devenue soldat.
  • Marguerite le Paistour, une « femme-bourreau » dans le royaume de France
  • Le transgenre: une pratique tolérée dans la haute société
  • Christine de Suède, « un je-ne-sais-quoi moitié homme, moitié femme »
  • « La Maupin » : cantatrice et duelliste.
  • Philippe d’Orléans : « Dieu m’a voulu différent des autres hommes.
  • L’Abbé de Choisy, homme de robe et d’esprit.
  • Le chevalier d’Éon, être « épicène » sous l’Ancien Régime

Le transgenre au XIXe siècle

  • L’entrée du transgenre dans le cercle des mondanités
  • La vie rêvée d’un ange: l’histoire de Mlle Savalette de Lange
  • Rosa Bonheur, une artiste « anti-conformiste »
  • Mathilde de Morny, « le scandaleux marquis »
  • Le transgenre, nouveau champ d’investigation du domaine médical
  • L’avènement des premières descriptions médicales
  • Aux origines de la « transidentité » : les théories de la fin du XIXe siècle.

SOURCE : SearchWorks.Stanford.edu

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ARTICLE 2/4 – Transidentité au XXI° siècle

Le transgenre : une histoire de tous les temps ?

Au XXIe siècle, la notion de « transgenre » englobe au sens large du terme un groupe d’individus dans lequel peuvent à la fois se retrouver des travestis, des transsexuels ou des individus psychologiquement androgynes.

Le mot semble donc concerner plusieurs types d’expression identitaire. D’une manière générale, ces individus considèrent que leur identité sexuelle, attribuée à la naissance, ne correspond en rien à leur « être intérieur ».

Selon cette définition, une personne dite « transgenre » (opérée ou non) s’avère dans son quotidien en opposition totale avec les normes attendues de son sexe biologique. Dans son comportement, ses moeurs ou ses tenues vestimentaires, elle ne répond en rien aux attentes ou repères déterminés par la société.

Or, de Pline l’Ancien à l’abbé de Choisy, du chevalier d’Éon au psychiatre français Jean Esquirol, témoignages et preuves affluent dans l’Histoire concernant cette question de l’ambiguïté de genre. Depuis près de deux millénaires, force est de constater que des hommes ou des femmes se sont retrouvés dans cette situation particulièrement perturbante : celle de ne pas réussir à se conformer réellement à leur identité sexuelle.

Auteur : Pierre-Olivier Chaumet
Collection : Essentiel (ISSN 1631-9702)
Parution : 15.07.2015 (10.11.2015 en version française)
ISBN : 978-2-84874-612-8
Format : 115×180 mm / 164 pages / 20 €
SOURCE : Leh.fr

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ARTICLE 3/4 – L’Auteur

Maître de conférences en droit et historien des minorités, Pierre-Olivier Chaumet est enseignant-chercheur à l’Université Paris 8. Dans un monde universitaire aux idées parfois sclérosées, ses centres d’intérêt sont loin de s’avérer classiques : l’histoire de la franc-maçonnerie, des Roms, ou de l’Islam en France sont notamment les derniers thèmes abordés dans ses travaux de recherche. Avec ce nouvel essai historique, « Le transgenre : une histoire de tous les temps ? », l’auteur réitère sa volonté d’aborder des sujets encore trop peu étudiés historiquement.

SOURCE : DOWZR.fr

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ARTICLE 4/4 – Commentaire Double Genre

On ne peut qu’être d’accord sur les définitions données en préface du livre de Pierre-Olivier Chaumet. Par contre la dernière phrase est hautement contestable :

« Depuis près de deux millénaires, force est de constater que des hommes ou des femmes se sont retrouvés dans cette situation particulièrement perturbante : celle de ne pas réussir à se conformer réellement à leur identité sexuelle. »

Si la situation, d’être considéré comme « transgenre », peut à juste raison être qualifiée de perturbante, ce n’est pas tant que les transgenres « ne réussissent pas à se conformer à leur identité sexuelle », mais que d’une part les gens dits « normaux » soient les premiers perturbés par le phénomène transgenre et que deuxièmement, les transgenres soient obligés de se conformer à une identité … quelconque !

C’est une déformation d’entomologiste que de vouloir classer les êtres vivants dans des familles, des catégories, des branches et des sous-branches. Tant que cette manie ne sort pas des laboratoires d’étude et que ce verbiage ne s’adresse qu’à des étudiants avides de savoir scientifique, on ne saurait s’offusquer.

Mais dans la vie courante, il ne devrait y avoir qu’une seule catégorie : les Êtres (humains ou pas). Et le seul rapport valable entre les Êtres doit être fondé sur le respect. Si un homme n’est pas plus respectable qu’une femme ou qu’un enfant, en tous les cas, il ne l’est pas moins.

Aussi ne faut-il pas renvoyer la faute de la discrimination sur les transgenres qui pour la plus part n’ont rien demandé, mais plutôt sur les gens dits « normaux » qui font des crises de phobie, chaque fois qu’ils rencontrent celui qui n’est pas comme eux. Que la différence porte sur le sexe, l’âge, la couleur, la taille, les proportions, la nationalité, la religion, le niveau d’étude, la position sociale, … l’importance du compte en banque.

L’humanité sera parvenue à un stade adulte, le jour où elle ne fera plus de différence entre ses membres : les êtres vivants. Et le combat des transgenres apparaît comme qu’une toute petite, mais importante partie de cette lutte contre les discriminations.

Par : Lio de France / DG.
Publié le : 28.03.2016
SOURCE : Célèbres Transgenres et Travestis« 

Être accepté, sans formalité !

La France est certainement le pays le plus bureaucratique du monde, elle dont l’administration royale, puis impériale et enfin républicaine a inspiré les implacables bureaucraties allemande et soviétique. Pour toute activité humaine, il y a un formulaire correspondant, c’est à dire une somme d’argent à verset à l’état et à ceux qui en vivent.

Pour le genre, c’est pareil. A peine né, on est enregistré selon notre genre, homme ou femme, pour savoir dans quelle case du plan local, national, voire mondial « on » va bien pouvoir vous ranger et ainsi planifier votre avenir. Au début, ce sera : combien de maternité ? et à la fin : combien de cimetières ou de fosses publiques ? La formule magique de ceux qui nous contrôlent : [-] de services, [+] d’impôts = [+] de gâteau …. à partager entre les membres minoritaires qui profitent du système.

En ce qui concerne les formalités administratives, médicales et psychiatriques [gling, gling, on est des fous!], c’est plutôt le parcours du combattant admirablement bien narré par Phlune dans son article : Au nom du Peuple Français et de mon c*l. Mais aujourd’hui, sur le tableau plutôt noir de la société, une bonne nouvelle est cependant à inscrire :

Bent Hole Norvege Double Genre
Bent Høie – Photo : Bjørn Stuedal

ARTICLE 1

Norvège: le ministre de la Santé veut faciliter le changement d’état civil pour les trans et les intersexes.

Le ministre de la Santé norvégien ouvertement gay Bent Høie présente une nouvelle proposition de loi permettant aux personnes trans de changer légalement de genre par simple déclaration.

Le gouvernement norvégien, en la personne de son ministre de la Santé […] Bent Høie, a annoncé vendredi 18 mars qu’une proposition de loi allait être introduite pour permettre aux personnes trans de changer d’état civil sans passer par un traitement médical.

Par : Christophe Martet
Publié le : 20.03.2016 | 10:30
Titre original : « Norvège: le ministre de la Santé veut faciliter le changement d’état civil pour les trans et les intersexes. »
Commentaires par : Lio de France / DG
SOURCE : YAGG.com

ARTICLE 2

Norvège : avancée pour les droits des personnes Trans

Le gouvernement norvégien a déposé le 24 juin 2015 un projet de loi facilitant le changement d’état civil pour les personnes trans, qui sera possible sans pré-requis médicaux. Lors d’une conférence de presse organisée vendredi 10 avril, le groupe d’experts nommé par le ministère norvégien de la Santé et des Soins avait présenté son rapport intitulé « Right to right gender – health to all genders » au ministre de la Santé et des Soins Bent Høie, du Parti Conservateur. Le groupe d’experts a clairement affirmé que la procédure de reconnaissance juridique du genre actuellement en vigueur constitue une violation des droits fondamentaux et a insisté sur la nécessité de la modifier.

Le groupe a recommandé de mettre en place une procédure simple et transparente de reconnaissance juridique du genre fondée sur la perception de l’identité de genre de la personne, démarche qui ne doit pas être conditionnée à une période de réflexion. Ces recommandations vont dans le sens des conclusions d’Amnesty International.

Patricia Kaatee, conseillère politique d’Amnesty International Norvège, qui a suivi la conférence rapport que « le groupe d’experts préconise une procédure décente concernant la reconnaissance légale du genre. Le gouvernement doit la mettre en place sans délai, afin d’éviter que les personnes concernées n’attendent encore longtemps pour obtenir leurs papiers d’identité et autres documents officiels ».

LES PROMESSES CLÉS DE LA NORVÈGE

Le ministre de la Santé et des Soins Bent Høie a souligné que la Norvège était décidée à donner l’exemple en matière de respect des droits humains. Il a admis que ce n’était pas encore le cas s’agissant des droits des personnes transgenres. Il faut que cela change, a-t-il fait valoir lors de la conférence de presse.

Bent Høie a également saisi cette occasion pour rendre hommage aux organisations et aux personnes qui se mobilisent en première ligne en faveur des droits des personnes transgenres en Norvège.

UNE CAMPAGNE DE MOBILISATION RÉUSSIE

John Jeannette Solstad Remø n’a pas obtenu la reconnaissance juridique de son identité de genre, au motif qu’elle refuse de se conformer aux exigences en vigueur, nombreuses et fortement discriminatoires. En 2014, les militants d’Amnesty International dans le monde se sont mobilisés en faveur de John Jeanette et de son droit à la reconnaissance juridique de son genre et son cas a été mis en avant lors de notre grande opération « 10 jours pour signer » autour du 10 décembre dernier.

C’est tout ce que j’avais rêvé et espéré. Le combat en valait la peine. Il fut long, mais lorsque nous avons enfin récolté les fruits de notre travail, ce fut une grande joie. Sans Amnesty, nous n’y serions pas parvenus. Le ministre de la Santé et des Soins Bent Høie lui-même a reconnu que son soutien avait fait une grande différence au niveau du processus au sein du gouvernement ».

John Jeanette Solstad Remø en sortant de la conférence de presse

Elle est très heureuse de toute l’attention positive qui lui a été manifestée.

Le soutien émanant de citoyens du monde entier a été fantastique. Je ne m’y attendais pas et je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui nous ont soutenus dans ce combat. »

UNE VIVE CRITIQUE DE LA NORVÈGE

En février 2014, dans notre rapport sur la non-reconnaissance des droits des transgenres en Europe, la Norvège était critiquée pour ses pratiques administratives qui exigent la stérilisation irréversible afin d’obtenir la reconnaissance juridique du genre.

Depuis, nous avons fait campagne en faveur d’une procédure simple et rapide fondée sur la perception de l’identité de genre. Lors de la rencontre bisannuelle, en octobre 2014, avec le ministre de l’Europe Vidar Helgesen, ce dernier a promis que le changement était pour bientôt.

Si nous assistons à cette évolution, c’est parce qu’Amnesty a inscrit cette question à l’ordre du jour », a déclaré Vidar Helgesen.

ASSOCIATION NATIONALE NORVÉGIENNE :
LE GOUVERNEMENT PEUT ÉCRIRE L’HISTOIRE

Depuis son congrès en 2008, l’Association nationale norvégienne (LLH) pour les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles et transgenres (LGBT), a travaillé spécifiquement sur les droits des transgenres, notamment sur le retrait de l’obligation de stérilisation irréversible pour obtenir la reconnaissance juridique du genre.

Il est temps que les transgenres puissent bénéficier de leurs droits et accéder à des services de santé qui répondent à leurs besoins. En s’engageant à prendre en compte les droits de ses minorités vulnérables avec toute la gravité nécessaire et qu’elles méritent, ce gouvernement peut écrire l’histoire. Nous espérons que les autorités norvégiennes vont donner suite sans délai aux recommandations du groupe d’experts ».

Par : Bård Nylund, responsable de la LLH.
Publié le : 15.04.2015
Titre original : « Norvège : avancée pour les droits des personnes Trans. »
SOURCE : AMNESTY.fr

ARTICLE 3

Emilie Wood Double Genre

Va t’on devoir « regarder sous les jupes des filles »

à titre personnel, j’en ai assez de devoir renseigner les cases genrées des questionnaires informatiques ou papier. S.v.p. veuillez cocher : homme / femme. Qu’est ce que ça peut bien leur foutre ? Non mais franchement ?

En quoi d’être un homme ou une femme, nous vaudra t-il d’être mieux traités ? De toute façon tout le monde n’a qu’un mot à la bouche : égalité ! Eh bien si on est tous égaux, on l’est aussi sur le genre et on a donc pas à en faire mention !

Ptite Culotte Double Genre

Lors de certaines démarches administratives, à l’aéroport ou au tribunal, on doit passer sous un portique et par la même on peut être amenés à ôter nos montres, bijoux, ceintures ainsi que tous nos accessoires métalliques ; alors pourquoi ne pas carrément baisser notre slip pour faire constater notre réalité sexuée ?

Toucher plutôt que voir

Bonjour madame la postière ! ne vous contentez pas de vérifier mon sexe, d’un simple regard, mais tâtez-le donc ! et soyez sûre de mon identité. Ainsi, en toute certitude sur l’identité de ma personne, remettez-moi : ma lettre recommandée, mon chéquier, mes documents de crédit, mon assurance-vie.

Tiens les assureurs-vie ? eh oui, avec les « tables de mortalité » de leurs actuaires, en voilà bien des gestionnaires qui vous ségrèguent selon votre sexe ! selon leurs statistiques, être femme permettrait de vivre un poil (de c*l) plus longtemps… et qu’en est-il de la longévité des trans ?

Permettez moi, ici, de justifier le titre du blog Double Genre « Les Travestis et Transgenres ont leurs Lettres de Noblesse » en citant rien de moins que les Evangiles, où il est relaté qu’après la résurrection du Christ, l’apôtre Thomas, devenu par la suite le saint patron des incrédules, n’a cru Jésus bien vivant, que parce qu’il en a … touché la plaie de sa main ! et non simplement vue, comme le colportent 99% des gens à qui vous pouvez poser la question (Saint Thomas ne croit qu’en ce qu’il … touche). En effet, le pragmatique Thomas savait très bien que la vue est le sens humain le plus facilement corruptible. Les femmes et les trans qui se maquillent le savent bien 😉 Alors que le toucher est, des cinq sens, celui qui est le plus difficile à leurrer.

Par : Lio de France / DG

Post Scriptum : Et vous, chère lectrice, cher lecteur, qu’avez-vous à nous dire au sujet des formalités administratives ?

Takéo veut séduire Senkichi, un trans

肉体の学校

L’école de la chair, de Yukio Mishima

Japon, dans les années 1960. Taeko est créatrice de haute couture, divorcée, trentenaire, riche. Elle est dans son univers parmi la bourgeoisie, l’aristocratie et le monde de la mode (surtout française : on pourra noter Christian Dior ). En mal de distraction, elle s’ennuie et cherche un homme pour la satisfaire et la divertir, lassée des étudiants de bonne famille et des hommes de son âge, elle se tourne vers les bars de travestis et les endroits sordides.

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Pour un homme comme pour une femme, « être aimé » est tout à fait différent d’« aimer ». Taéko commençait à en prendre conscience depuis sa liaison avec Senkichi. Ces deux sentiments faisaient partie de deux univers totalement étrangers l’un à l’autre.

Taeko avec ses amies,appelées “Beautés Toshima”, ce club de femmes trentenaire se partagent leurs aventures, leurs états d’âme. Au cours d’un de ces dîners dans un bar homosexuel, Taeko décide de séduire Senkichi, le beau barman du “Hyacinthe”, une boîte homosexuelle tenue par des travestis. Comme Taéko est attirée sexuellement mais aussi par esprit de possession, elle veut plus qu’une nuit de passage. Son désir devient rapidement plus qu’une simple envie de coït, elle souhaite façonner Sen. Elle plonge dans une relation d’une manière dramatique, souhaitant contrôler son jeune amant Sen. Par des cadeaux, des promesses, des règles qu’elle institue. Tel un jouet, elle souhaite le transformer, le faire progresser pour l’entraîner auprès d’elle dans la société des gens riches et célèbres et surtout loin du bar gay le “Hyacinthe”.

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La volonté passionnée que Taéko avait d’éduquer Senkichi comportait une perpétuelle contradiction. Derrière l’envie de lui faire retrouver la fierté d’un étudiant vertueux, se dissimulait un autre désir : celui d’écraser, de réduire à néant son indomptable orgueil, apanage unique du monde de la chair et de l’ombre, en l’attirant brutalement en plein soleil, dans le monde ordinaire. Elle voulait lui apprendre que, dans le monde normal, un simple étudiant, fût-il beau comme un dieu, n’avait aucun pouvoir

Un incompréhensions intrinsèques lie ce couple mal assorti, le désir de la femme d’âge mure pour un garçon terriblement beau mais terriblement égoïste qui a décidé de monter dans l’échelle sociale en promouvant son corps. Bisexuel il a des rapports avec les clients des deux sexes via son travail de barman dans un bar gay. La rencontre avec Taéko n’est pour lui qu’un tremplin pour une vie meilleur.

On retrouve la fascination pour la beauté, le stress émotionnel (rancoeur, inquiétude) de Taéko éperdu d’amour devant un dieu de beauté. L’envie de détruire (vision de mort) cet objet si elle ne peut le posséder. Des thématiques courantes chez Mishima.

Ce roman n’a pas été traduit en anglais, mais un film a été tourné avec Isabelle Huppert dans le rôle de Taeko.

Un roman écrit en 1964 dont je vous recommande la lecture.

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Extraits :

Pour un homme comme pour une femme, “être aimé” est tout à fait différent d’ “aimer”. Taeko commençait à en prendre conscience depuis sa liaison avec Senkichi. Ces deux sentiments faisaient partie de deux univers totalement étrangers l’un à l’autre. Taeko était mise pour la première fois devant cette vérité effrayante de la vie humaine.

La joie furieuse que l’être aimé éprouve à se profaner peut atteindre des profondeurs insondables. Et l’être qui aime est condamné à suivre, entraîné dans une perpétuelle descente aux enfers.

« Quoi ! Cette vieille folle ! Dès qu’on gratte un peu le vernis, ce n’est qu’une nymphomane, et pourtant, attention, quelle fierté ! Et allez-y que je te flatte, que je te ménage, mais en réalité, elle n’a pas d’autre idée en tête que de faire de moi un instrument sexuel ! Et, tenez donc, avec ses faux airs modestes, eh bien, son visage déjà plein de petites rides est tout bouffi de vanité ! Non mais, regardez-la ! Il ne va pas falloir beaucoup de temps avant qu’elle jette aux orties son orgueil, et tout le reste, et qu’elle se retrouve agrippée à mes jambes velues, tout en larmes… »

Mais le cœur humain est si complexe que, plus ils se faisaient de mal, plus, c’était certain, leurs cœurs se rapprochaient. Chacun de ces échanges, qui frôlaient le pire, inspirait à Taéko un peu de peur, de colère, de dégoût. Mais elle pouvait sentir aussi, au fond de leurs paroles, couler un flot de tendresse que rien ni personne n’aurait su contrarier.

Elle prenait sans cesse les devants, et cette manie empêchait l’autre de parler, lui rendait plus difficile encore les mots gentils. Bref, elle ne savait pas attendre.

Références du livre :

Edition originale : 1964
Titre original : MIKUTAI NO GAKKÔ, 肉体の学校,
The School of Flesh, 1964
Editeur : Gallimard, 1993
Traduit du japonais par : Yves-Marie et Brigitte Allioux

Références de l’article :

Par : BookManiac.fr / nounours36.wordpress.com
Publié le : 23.01.2016
Titre original de l’Article : l’école de la chair de Yukio Mishima
Note : *****
SOURCE : WordPress.com

L’abbé de Choisy, comtesse de Barres

AbbedeChoisy

 » Une dame qui a tout l’esprit du monde a dit que j’avais vécu trois ou quatre vies différentes, homme, femme, toujours dans les extrémités ; abîmé ou dans l’étude ou dans les bagatelles ; estimable par un courage qui mène au bout du monde, méprisable par une coquetterie de petite fille ; et, dans tout ces états différents, toujours gouverné par le plaisir. » – CHOISY, Mémoires (1966), P.25.

« Je regardais avec étonnement un homme dont la vie avait été remplie de si étranges disparates. » – Marquis d’ARGENSON, Mémoires (1857), 1, 74.

François-Timoléon de Choisy est né le 16 août 1644 à Paris, où il meurt le 2 octobre 1724; Il est donc un parfait contemporain de Louis XIV et fut un abbé et un homme de lettres français. Selon Pierre Larousse, dans son article du Grand Larousse du XIX° siècle, « Il reçut une éducation tout à fait efféminée qui devait nécessairement le rendre impropre aux grandes choses et développer en lui ces idées de galanterie et d’élégant libertinage qui nous ont valu tant de madrigaux et de fleurette. Choisy fut donc un abbé de Cour, et même autre chose, une coquette qui avait mille fois plus de goût pour les mouches et les rubans, mille fois plus de désir de plaire que les coquettes de profession… »

On le décrit souvent comme un « travesti, dévoré par la passion du jeu, croqueur d’héritages, voyageur au long cours, prêtre dévot, académicien tout à la fois [Cf. source 1] ». En fait d’habillement, il se vêtit en femme à la demande de sa mère, puis par goût et lorsque ses débordements l’incitèrent à fuir le scandale, il voyagea et délors se réfugia, en homme, dans le jeu. En matière de train de vie, il hérita de sa mère, puis de l’un de ses frères, mort prématurément. Il touchait aussi de confortables pensions royales, tant françaises que polonaises. Il fut certes impécunieux, car il dilapida sa fortune en toilettes, bijoux et réceptions mondaines qu’il aimait à donner pour s’attirer les faveurs et la reconnaissance de son entourage : rien que de banal pour un noble de l’époque du roi Soleil.

« La famille [de Choisy] est de récente noblesse de robe. Il est dernier fils de Jean de Choisy, conseiller d’État, intendant du Languedoc, chancelier de Gaston d’Orléans et de Jeanne-Olympe Hurault de L’Hospital (qui  est une petite-fille de Michel de L’Hospital et surtout une intime de Marie de Gonzague, reine de Pologne).

Le petit Timoléon, très vite orphelin de père, reçoit une éducation singulière. Sa mère joua son rôle chez les « précieuses » du XVIIème [siècle]. Elle est mondaine, élégante, spirituelle, légère et frivole, elle l’habille en fille, le poudre, le farde, le tapisse de « mouches » et de diamants… et ce jusqu’à l’âge de dix-huit ans, pour faire [en sorte qu’il puisse faire] sa cour à la reine Anne d’Autriche et l’introduire dans l’entourage [de « Monsieur », le] jeune frère de Louis XIV. »

En fait, ses frères ainés lui ayant ravi la première et la seconde place en matière de naissance, il ne pouvait donc prétendre aux avantages du droit d’ainesse ou à la condition militaire qui gratifiaient automatiquement et respectivement l’ainé et le cadet de toute famille de bonne noblesse de cette époque. C’est donc de façon très avisée que sa mère, voyant fermées les « portes » royales d’une carrière florissante dans la société aristocratique, trouva la « fenêtre » du subterfuge féminin qui était, en ces temps là, parfaitement admis. On peut admirer, encore aujourd’hui, de nombreux portraits de jeunes mâles nobles, et des plus fameux, vêtus comme leurs soeurs ou leur cousines.

« Le ciel l’a pourvu d’une jolie figure, il joue le jeu. Il s’initie aux joies troubles du travesti[ssement. Ndle]  que partage « Monsieur ». Il étudie avec plus ou moins de passion la théologie en Sorbonne de 18 à 22 ans, étude, au terme desquels il obtient le titre d’abbé et les revenus temporels liés à l’abbaye de Saint-Seine en Bourgogne. Sa mère lui disait : « Écoutez, mon fils ; ne soyez point glorieux, et songez que vous n’êtes qu’un bourgeois. Je sais bien que vos pères, que vos grands-pères ont été maîtres des requêtes, conseillers d’État; mais apprenez de moi qu’en France on ne reconnaît de noblesse que celle d’épée. La nation, toute guerrière, a mis la gloire dans les armes: or, mon fils, pour n’être point glorieux, ne voyez jamais que des gens de qualité ».

Abbé de cour, abbé mondain, il se pare de splendides robes, de diamants et de mouches pour séduire des jeunes personnes [qu’il délure et fait souvent habiller en garçons]. Se faisant appeler « Comtesse de Barre », il est protégé du scandale et des poursuites par son amitié avec le frère du roi. Jusqu’à quel point ? Il ne craint pas de dire « j’avais des amants à qui j’accordais de petites faveurs, fort réservé sur les grandes ». Libre à chacun d’interpréter à sa façon ! Il est fort probable en tous cas que d‘une liaison avec une actrice, il ait eu une progéniture. [Chaque fois que ses « amours » tournent mal, il est re]pris par le démon du jeu. »

De fait, « Monsieur » frère du roi, aimait beaucoup s’habiller en femme, se mirer dans ses miroirs et glaces, paré de beaux bijoux et de robes affriolantes ; il était désespéré de ne pouvoir le faire aussi souvent et aussi ouvertement, à cause des contraintes importantes liées à sa position sociale élevée à la cour du roi Louis XIV. Aussi usait-il d’un subterfuge plutôt courant, à savoir organiser des bals masqués où il pouvait aisément donner libre cours à sa passion et la couvrir des voiles légers de l’amusement ordinaire.

« Dès la mort de sa mère, en 1669, le jeune abbé (il n’a pas encore reçu les ordres) aggrave ses habitudes et transforme sa soutane en toilette de femme à la mode. Il règle rapidement la question d’héritage avec ses trois frères, en se contentant de ses bijoux. Si Louis XIV ne fait pas encore profession d’une dévotion rigide, il lui fait tout de même savoir son mécontentement. Il part alors en Italie où il continue ses turpitudes de plus belle, ce qui ne l’empêche pas, à Rome, d’être le conclaviste du Cardinal de Bouillon quand le Pape Innocent IX est élu ! il se ruine au jeu à Venise et en 1683, trouve son chemin de Damas : à l’approche de la quarantaine, il tombe soudain malade et frôle la mort. Guéri, il est décidé à changer de vie et se retire, un an durant, au séminaire des Missions étrangères, rue du Bac, sur les instances de l’abbé de Dangeau. Il publie alors en 1684 en collaboration avec celui-ci son premier ouvrage : Quatre dialogues sur l’immortalité de l’âme, l’existence de Dieu, la providence, la religion. »

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L’ abbé de Choisy au Siam

La publication de ces pieux ouvrages ne lui suffit pas ! Il veut se montrer ardent propagateur du catholicisme. Il demande alors au Roi de faire partie de l’ambassade de Siam, l’ambassade est pourvue et l’on crée donc pour lui le titre de coadjuteur. Fuyait-il ses créanciers de jeu ? Possible. Possible aussi que dans l’hypothèse de la conversion du Roi Naraï, Louis XIV ait voulu adjoindre à Chaumont une personne ayant quelques connaissances théologiques ?  »

[Hypothèse invalidée par le fait qu’à bord de « L’Oiseau », navire qui le transporta au Siam se trouvait des Jésuites, théologiens de bien plus haut niveau que celui de Choisy, lequel reconnait aisément ses faibles compétences. Non, de Choisy bénéficie seulement des « largesses » du Roi qui le préfère, en fait, à mille milles de la cour, lui épargnant ainsi toutes sortes de scandales. NDLE] […]

« Parti pour d’autres aventures au sein de la fastueuse ambassade du très Chrétien Louis XIV, il est ébloui par l’exotisme de ce lointain royaume, et toujours pris de ferveur religieuse, s’y fait ordonner prêtre par Louis Laneau, évêque de Métellopolis, le 10 décembre 1685.

De tous les mémoires des participants à cette expédition, seul le pétillant texte de Choisy sera un succès de librairie : de 1686 à 1690, de nombreuses éditions à Paris et Amsterdam et une après sa mort en 1741, et toujours encore aujourd’hui. On admire dans son texte l’ironie et le naturel, jamais il ne prend la position d’un membre de l’ambassade où son rôle fut modeste, mais où il a su se créer la fonction de coadjuteur qui n’a jamais existé que pour lui.

Le succès lui ouvre une nouvelle carrière, littéraire celle-là. Dans son cabinet, toujours habillé en femme, il découvre alors le bonheur d’écrire : livres d’histoire, ouvrages édifiants. »

Après « une période voluptueuse, une parenthèse missionnaire, le voilà homme de lettre. »

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« toujours habillé en femme jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, il rédige un certain nombre de travaux historiques et religieux, nous lui devons ainsi :
une Interprétation des Psaumes avec la Vie de David, en 1687,
un Recueil de plusieurs pièces d’éloquence et de poësie présentées à l’Académie française…
une volumineuse Histoire de France …

Sans compter une gigantesque histoire de l’Église en 11 volumes …
la somme en la matière reste l’ « Histoire ecclésiastique » de Fleury.

Comparant les deux ouvrages, une langue de vipère en a dit « l’histoire de Choisy est fleurie, celle de Fleury est choisie. »
Lui même n’est pas dupe, il sait l’art des bons mots  et  écrit à propos de ce pavé :
« Grâce à Dieu,  j’ai terminé mon histoire de l’église, je vais maintenant pouvoir l’étudier ! »
Une autre langue de vipère en a dit :
« le dernier tome se ressent de l’âge avancé dans lequel il l’a écrit ! ».

Il a un [bon] sens de l’humour au second degré  : débiteur à l’égard d’une marquise d’une somme de 50 louis d’or, perdue au pharaon ou au tric trac, il lui envoie les 11 volumes de son histoire « pour la faire patienter ».

Il est élu à l’académie française en 1687. Son discours de réception ne mérite pas d’être rapporté, il n’est qu’un panégyrique de la politique de Louis XIV à l’égard des protestants et un monument de flagornerie. Pas mieux au demeurant que son éloge prononcé par son successeur, un austère magistrat du nom d’Antoine Portail qui n’a laissé aucune trace dans la littérature.

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De Choisy meurt octogénaire, doyen de l’Académie française, en 1724. Au soir de sa vie, il gardait sa bonne humeur et, bravant les tabous, aurait confié à sa plume alerte : Les Aventures de l’abbé de Choisy habillé en femme ; voir ci-dessous de téléchargement [2]. Cet ouvrage posthume lui est attribué à tort ou à raison:

Dans cet ouvrage, l’Abbé de Choisy s’attribue le beau rôle, mais trop beau précisément … pour être véridique. De plus les descriptions de ses toilettes et de ses manies amoureuses ont un côté trop répétitifs pour qu’au final on puisse croire à ses sornettes.

En conclusion on pourra dire que ce personnage extravagant, né aux marches du trône, aimé et estimé de tous, aurait pu parvenir, à une brillante fortune s’il avait eu meilleure conduite. Lui même le précise :

« Dieu ne me l’a pas permis, je me serais perdu dans les grandes élévations et d’ailleurs à la mort, j’aurais eu à en rendre un plus grand compte. Je n’aurai qu’à répondre de moi».

Publié 1° fois / DG, le : 21.01.2016
Rewriting : Lio de France / DG
Source [1] : Alain Bernard en Thailande
Fac similé [2] : « Mémoire de l’Abbé de Choisy habillé en femme » :
L’Abbé de Choisy [3] : Androgyne et mandarin par Dick van der Cruysse

 

Monsieur, frère gay de Louis XIV ?

Philippe de France, duc d’Orléans aussi appelé Philippe d’Orléans, est né le 21 septembre 1640 à Saint Germain en Laye  et mort le 9 juin 1701 au château de Saint Cloud. Prince de France, fils de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, il est frère cadet de Louis XIV. Il est connu sous son titre de « duc d’Orléans » ou comme « Monsieur ». Marié à la Comtesse Palatine, il eut une nombreuse descendance qui forme la branche cadette des Orléans.

Extraits de l’article :

A Versailles, le frère très gay de Louis XIV

par Bernard Hasquenoph
©Louvre pour tous (6/01/2009)

La figure haute en couleur de Monsieur, frère du Roi, ancêtre de tous les princes actuels européens, vient contredire l’image compassée que certains voudraient donner du Versailles louis-quatorzien.

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Monsieur, école Pierre Mignard © DR

Saint-Simon, dans ses Mémoires, dresse de lui un portrait resté célèbre :

« C’était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même. On l’accusait de mettre imperceptiblement du rouge… ».

Philippe d’Orléans dit Monsieur, frère cadet de Louis-Dieudonné dit Louis XIV, avait alors la cinquantaine.

Le jeune homme qu’il fut avait été des plus minces, fort beau et en tout gracieux. Surtout quand il s’habillait en fille, comme il l’affectionnait dès la plus tendre enfance, pratique encouragée dit-on par Mazarin pour l’éloigner des tentations du pouvoir. [Au vu des portraits des enfants des familles princières, c’était une habitude très conforme aux moeurs de l’époque. Ndle]

Son compagnon de jeu d’alors, le futur abbé de Choisy, travesti Grand Siècle et amateur de jolies filles, tout en étant prêtre et auteur d’une Histoire de l’Église en onze volumes, témoigne :

 » On m’habillait en fille toutes les fois que le petit Monsieur venait au logis, et il y venait au moins deux ou trois fois la semaine. J’avais les oreilles percées, des diamants, des mouches et toutes les autres petites affèteries auxquelles on s’accoutume fort aisément et dont on se défait fort difficilement. Monsieur, qui aimait tout cela, me faisait toujours cents amitiés. Dès qu’il arrivait, suivi des nièces du cardinal Mazarin, et de quelques filles de la Reine, on le mettait à la toilette, on le coiffait (…). On lui ôtait son justaucorps, pour lui mettre des manteaux de femme et des jupes…« .

Jeune homme, le prince conserva l’habitude de se travestir, profitant des bals masqués et autres carnavals pour assouvir son goût en public, ce qui ne troublait pas même sa mère :

« Quand j’arrivai au Louvre, Monsieur était habillé en fille avec les cheveux blonds. La reine me disait qu’il me ressemblait »,

note la Grande Mademoiselle, sa cousine. Il avait dix-huit ans. Sans doute eût-il aimé vivre ainsi le plus souvent mais, selon l’abbé de Choisy,

« il n’osait à cause de sa dignité : les princes sont emprisonnés dans leur grandeur. Mais il mettait le soir des pendants d’oreille et des mouches, et se contemplait dans ses miroirs, encensé par ses amants ».

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La famille de Louis XIV (Monsieur à gauche) par Jean Nocret | Versailles © DR

AU POIL ET À LA PLUME

Bien que ces catégories n’aient eu aucun sens à l’époque, homosexuels, hétérosexuels ou « au poil et à la plume » selon l’expression consacrée, toutes et tous avaient en commun de différencier nettement l’assouvissement de leurs plaisirs particuliers d’avec leur fonction ou leur devoir de procréation dans le cadre strict de mariages toujours arrangés.

Ainsi, Monsieur vécut toute sa vie ouvertement ses amours masculines, « avec le plus grand scandale » selon le prude Saint-Simon, tout en assumant – gardien intransigeant de l’Etiquette – son rang, ses devoirs religieux comme conjugaux. De la même façon, son frère, hétérosexuel de nature, parallèlement à un mariage officiel, enchaîna les maîtresses de plus en plus jeunes, essaimant quelques « bâtards », jusqu’à Madame de Maintenon avec qui il se maria secrètement et qui le convertit sur le tard à la bigoterie.

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La Princesse Palatine par François de Troy (détail) © DR

Monsieur, qui eut six enfants de deux mariages, formait avec sa seconde épouse, Charlotte-Élisabeth de Bavière dite la princesse Palatine, un couple des plus pittoresques et disparates. Elle était presque autant masculine que lui était efféminé. Elle adorait la chasse quand Monsieur ne supportait pas l’idée de tuer un animal, sa forêt de Saint-Cloud étant pour les créatures du Bon Dieu un havre de paix. Madame n’avait aucun goût pour la toilette, le maquillage et les bijoux quand lui en rafollait au point qu’il l’obligeait à se parer pour les grandes occasions. Elle fut contrainte de faire intervenir son confesseur pour qu’il cesse de la « farder de rouge contre [sa] volonté ».

La princesse a laissé suffisamment de lettres – on dit qu’elle en a écrit 60 000 ! – pour qu’on ait une idée de leur intimité. Une fois passée la surprise d’un époux couvert de pierreries et noyé de parfum – lui, en la découvrant, aurait murmuré à ses mignons « Oh ! comment pourrais-je coucher avec elle ? » -, elle accepta ses goûts avec placidité : « Pour ce qui est de Monsieur, j’ai beau faire de mon mieux pour le persuader que je ne veux pas le troubler dans ses divertissements et son amour des hommes, il croit toujours que je veux l’empêcher de donner tout son bien à ses galants… » écrit-elle par exemple à sa tante en 1693. Comment pourrait-elle être choquée de ses moeurs, elle qui y voit un signe de grandeur : « Tous les héros étaient ainsi : Hercule, Thésée, Alexandre, César, tous étaient ainsi et avaient leurs favoris… » Grâce à sa fine analyse, on comprend mieux comment ces messieurs s’arrangeaient de la condamnation de l’Eglise :

« Ceux qui, tout en croyant aux Saintes Écritures n’en sont pas moins entachés de ce vice-là, s’imaginent que ce n’était un péché que tant que le monde n’était pas peuplé. Ils s’en cachent tant qu’ils peuvent pour ne pas blesser le vulgaire, mais entre gens de qualité on en parle ouvertement. Ils estiment que c’est une gentillesse et ne font pas faute de dire que depuis Sodome et Gomorrhe notre Seigneur Dieu n’a plus puni personne pour ce motif… ».

Trente ans de fréquentation de la Cour l’ont rendu experte de la question homosexuelle : « Sur ce chapitre, je suis devenue tellement savante ici en France, que je pourrais écrire des livres là-dessus. » reconnaît-elle en 1701.

CORVÉE CONJUGALE

Sous la plume truculente de La Palatine, Liselotte pour les intimes, les anecdotes savoureuses ne manquent pas. Dans une lettre écrite une fois Monsieur décédé, on apprend ainsi l’usage très particulier qu’il faisait de son chapelet pour l’assister dans le lit conjugal :

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Monsieur, père de famille, près du portrait de sa fille par Mignard (détail) © DR

– [Princesse Palatine] : « Feu Monsieur m’a fait rire une fois de bon coeur. Il apportait toujours au lit un chapelet d’où pendait une quantité de médailles, et qui lui servait à faire ses prières avant de s’endormir. Quand cela était fini, j’entendis un grand cliquetis de médailles, comme s’il les promenait sous la couverture. Je dis : « Dieu me le pardonne, mais je soupçonne que vous faites promener vos reliques et vos images de la Vierge dans un pays qui lui est inconnu ».
– Monsieur répondit : « Taisez-vous, dormez. Vous ne savez ce que vous dites ».
– [PP] : Une nuit je me levai en douceur et je dirigeai la lueur du bougeoir dans le lit comme il promenait ses médailles sous la couverture. Je le saisis par le bras et lui dis en riant : «Pour le coup, vous ne sauriez plus me le nier » .
– Monsieur rit aussi et dit : « Vous qui avez été huguenote, vous ne savez pas le pouvoir des reliques et des images de la Sainte Vierge. Elles garantissent de tout mal les parties qu’on en frotte » .
-[PP] Je répo
ndis : « Je vous demande pardon, Monsieur, mais vous ne me persuaderez point que c’est honorer la Vierge que de promener son image sur les parties destinées à ôter la virginité ».
– Monsieur ne put s’empêcher de rire et dit :  « Je vous prie, ne le dîtes à personne »
.
Raté, trois siècles après, on en rit encore.

Une fois leur descendance assurée, à partir de 1676, Monsieur abandonna son épouse à sa chambre, pour le plus grand bonheur de celle-ci qui connut là la fin de son calvaire :

« Peu après la naissance de ma fille (…), Monsieur a fait lit à part, et le commerce ne me plaisait pas assez pour prier feu Monsieur de revenir dans mon lit. Quand Sa Dilection dormait dans mon lit, je devais me tenir sur le bord, si bien que je suis tombée souvent en dormant du lit, car S.D. ne pouvait souffrir qu’on le touchât, et quand cela m’arrivait en m’endormant d’étendre un pied et de le toucher, il me réveilla et me grondait pendant une demi-heure ».

A compter de ce jour, les époux n’eurent plus aucun rapport sexuel mais conservèrent une estime mutuelle et tendre. En guise de souvenir, Monsieur laissa à Madame une maladie intime, Monsieur savait se montrer généreux. […]

Mais celui qui, à la Cour « y jetait les amusements, l’âme, les plaisirs, et quand il la quittait tout y semblait sans vie et sans action » selon Saint-Simon ne peut se résumer à ce personnage frivole passé à la postérité. De plus, il fut et reste victime de la gêne des historiens devant une homosexualité flamboyante à contretemps d’une morale toujours pesante malgré l’évolution des moeurs.

HÉROS MILITAIRE

En réalité, c’est son propre frère le roi qui le condamna à n’être que ce prince de l’oisiveté. Pour le comprendre, il faut remonter à la guerre de Hollande menée par Louis XIV vers les années 1675. Comme un coup de tonnerre, Monsieur révéla son génie militaire lors de la bataille de Cassel le 11 avril 1677, entouré de ses lieutenants généraux dont le chevalier de Lorraine. A la tête d’une armée de vingt mille hommes, faisant preuve d’un courage indéniable et d’un sens stratégique incroyable, il remporta une victoire éclatante contre Guillaume d’Orange, l’ennemi juré de la France. C’était bien là l’échec de la stratégie d’efféminisation d’un Mazarin puisque, toute folasse qu’il était comme on dirait aujourd’hui dans le Marais, Monsieur se révéla être un grand chef militaire. Puis, se démarquant une fois de plus de l’usage, il interdit ensuite tout pillage et envoya aussitôt médecins et vivres aux blessés des deux armées.

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Louis XIV au siège de tournai en 1668 © DR

Cet événement considérable qui modifia la scène politique européenne fit de lui du jour au lendemain le héros du peuple français. La princesse Palatine écrivit : « Le Roi n’était pas aussi brave que Monsieur ». Plus populaire que son frère à qui jamais une telle victoire n’avait été permise, la gloire éphémère de Monsieur marqua la fin de ses prétentions à servir son pays. Dès lors, humilié, Louis XIV l’écarta du champ politique, lui interdisant tout commandement militaire et pour l’éloigner définitivement des tentations du pouvoir le couvrit d’or afin qu’il s’adonne uniquement à ses passions dans lesquels, sans autre choix, il s’enferma.

Devenu l’être ventripotent un peu ridicule décrit par Saint-Simon, il avait soixante et un ans quand il mourut d’une crise d’apoplexie. […] Avec la disparition de Monsieur, la Cour de Versailles avait perdu si ce n’est son soleil au moins tout son éclat.

Les chansonniers toujours si cruellement proches de la vérité
s’en donnèrent à coeur joie en lui rendant ce dernier hommage :

« Philippe est mort la bouteille à la main ;
Le proverbe est fort incertain
Qui dit que l’homme meurt comme il vit d’ordinaire ;
Il nous montre bien le contraire,
Car s’il fût mort comme il avait vécu
Il serait mort le vit au c*l. »

L’ironie de l’Histoire veut que ce prince hors-norme peut être considéré aujourd’hui, au regard de sa nombreuse descendance, comme le véritable grand-père de l’Europe monarchique, sa postérité s’installant partout, sur les trônes d’Espagne, d’Allemagne ou d’Italie… […]

Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 6/01/2009
© Louvre pour tous / Interdiction de reproduction sans l’autorisation de son auteur, à l’exception des textes officiels ou sauf mention expresse

BIBLIOGRAPHIE

- Monsieur, frère de Louis XIV par Philippe Erlanger, éd. Perrin, 1981
- Le goût de Monsieur – L’homosexualité masculine au XVIIe siècle par Didier Godard, éd. H&O, 2002
- Madame Palatine par Dirk Van der Cruysse, éd. Fayard, 1988
- Les bûchers de Sodome par Maurice Lever, éd. Fayard, 1985

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Publication initiale sur Double Genre : 20.01.2016

Jeanne d’Arc en habits d’homme

Jeanned'Arc

Jeanne d’Arc qui signe Johanne, est dite « la Pucelle* d’Orléans ».
* « Pucelle » ne signifiait pas « vierge », mais « jeune fille ».

1412 – Jeanne d’Arc nait à Domrémy, en Lorraine, dans les Vosges.
1425 – Elle reçoit la mission de délivrer la France des Anglais.
1429 – En homme, rencontre Charles VII, conduit ses troupes à la victoire.
1429 – Elle lève le siège d’Orléans et fait sacrer le roi à Reims.
1430 – Compiègne, les Bourguignons la capture ; est vendue aux Anglais.
1431 – Après un procès* en hérésie, elle est condamnée au bûcher.
1455 – Le pape Calixte III ordonne la révision de son procès.
1456 – Un second procès l’innocente et la réhabilite entièrement.
1909 – 18 avril. Elle est béatifiée par l’Église catholique.
1920 – 16 mai. Sainte Jeanne d’Arc est canonisée.
1920 – 30 mai. L’anniversaire de sa mort est institué fête nationale.
1922 – Le Pape Pie XI la proclame ste patronne secondaire de la France.

Jeanne d’Arc, le Film 1/2

LE PROCÈS

1431 -février. A Jeanne qui déclare « qu’elle croit avoir environ 19 ans », par défaut, le tribunal lui reproche de porter des habits d’homme. Bientôt, soixante-dix chefs d’accusation seront finalement trouvés, le principal étant : Imagination mensongères de révélations et d’apparitions (divinest Revelationum et apparitionum divinorum mendosa confictrix).

24 mai – Les juges tentent d’effrayer Jeanne et la pressent de reconnaître ses fautes. Sous la promesse du tribunal de l’incarcérer dans une prison ecclésiastique, Jeanne signe d’une croix (alors qu’elle savait écrire son nom) l’abjuration de ses erreurs, reconnaissant avoir menti à propos des voix et se soumet à l’autorité de l’Église. Elle est alors renvoyée dans sa prison, aux mains des Anglais. S’estimant trompée, elle se rétracte deux jours plus tard et endosse à nouveau des habits d’homme.

30 mai – Après que le tribunal l’ait déclarée « relapse  » c’est à.dire retombée dans ses erreurs passées, elle est brûlée vive en place de Rouen.

JEANNE n’a pas été brûlée pour sorcellerie, mais parce qu’elle portait des habits d’homme

Au cours du procès, les juges essayent de démontrer que Jeanne s’adonnait à la sorcellerie, mais n’y parviennent pas. Elle va finalement être condamnée essentiellement pour deux choses : le fait d’affirmer entendre des voix et le fait de porter des habits d’hommes.

Au moment de son arrestation, le procès-verbal de son jugement dit : « cette femme, au mépris de la pudeur et de toute vergogne et respect de son sexe, portait, avec une impudence inouïe et monstrueuse, des habits difformes convenant au sexe masculin ». De quels habits difformes s’agit-il  ? robe courte, chaperon, pourpoint, chausses et même « habits du dessous ».

 A un moment, pendant son procès, Jeanne d’Arc consent à abjurer ses erreurs et accepte de reprendre ses habits de femme. Elle pense ainsi sauver sa peau en échange d’une promesse – purement orale – de condamnation à la prison à vie.

Mais, quelques jours plus tard, volte-face, elle revient sur son abjuration et reprend ses habits d’homme, une manifestation d’insoumission intolérable aux yeux de l’Église.

Jeanne aurait décidé, au dire d’un témoin, de reprendre ses vêtements d’homme parce qu’elle aurait été maltraitée dans sa prison et victime d’une tentative de viol par un lord anglais.

Mais elle donne une autre réponse à l’évêque Pierre Cauchon et à ceux qui l’interrogent en ce 28 mai. Elle déclare qu’elle a pris cet habit parce qu’elle se trouve parmi des hommes. Elle l’a fait « de sa volonté, sans nulle contrainte » et précise même : « j’aime mieux l’habit d’homme que celui de femme

Pour condamner Jeanne, les juges vont se fonder sur la Bible qui interdit, sauf en cas de nécessité, de porter des habits d’homme :

« Une femme ne portera point un habillement d’homme, et un homme ne mettra point des vêtements de femme ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel, ton Dieu. » (Deutéronome 22-5).

https://www.youtube.com/watch?v=EJ_OG0NKnzY
Jeanne d’Arc, le Film partie 2/2

PERSONNALITÉ

1431 – Les minutes de ses deux procès ont été conservées et révèlent une jeune femme courageuse, dont le franc-parler et l’esprit de répartie se tempèrent d’une grande sensibilité face à la souffrance et aux horreurs de la guerre, comme devant les mystères de la religion.

1456 – Le 14 février, Aubert d’Ourches, ancien compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, qui comparait à Toul comme témoin, atteste « La Pucelle me parut être imbue des meilleures mœurs. Je voudrais bien avoir une fille aussi bonne… Elle parlait moult bien ».

Jeanne d’Arc (1412-1431) par Henri Guillemin 2/7 (il y a 7 vidéos au total)

RELATIONS AVEC LES HOMMES

1428 – Une plaque (apposée en 1930) sur le parvis de la cathédrale de Toul, précise : « En l’an de grâce 1428 Jeanne d’Arc, diocésaine de Toul, comparut ici […] dans un procès matrimonial que lui fit un jeune homme de Domremy. Ses juges l’ayant déclarée libre de tout lien, Jeanne d’Arc put entreprendre sa merveilleuse chevauchée et sauver la France ». Elle avait dit elle même : « Je ne l’ai pas fait citer ; ce fut lui qui me fit citer ».

RELATIONS AVEC LES FEMMES

Selon le duc d’Alençon, à Saint Denis, près de Paris, elle aurait brisé l’épée que le roi lui avait offerte, sur le dos d’une prostituée qui trainait parmi ses troupes.

L’historien Olivier Bouzy précise encore : « Il semble qu’elle ait pris l’habitude de frapper avec cette épée sur le dos des filles de joie qu’elle rencontrait, de tels incidents étant précédemment mentionnées à Auxerre par le chroniqueur Jean Chartier et par son page Louis de Coutes pour l’étape de Château-Thierry ».

JEANNE, VRAIE FEMME HABILLÉE EN HOMME

1429 – 23 février. Pour tenter de rencontrer le dauphin Charles (VII), Jeanne se rend incognito à Chinon, portant des habits masculins et arborant la coupe « en écuelle » ou en «sébille» à la mode masculine de l’époque, autrement dit la chevelure taillée en rond au-dessus des oreilles, avec la nuque et les tempes rasées, ce qu’elle fera jusqu’à sa mort, excepté pour sa dernière fête de Pâques.

Sur la tapisserie, trouvée par le marquis d’Azeglio à Lausanne, « Jeanne d’Arc qui fait son entrée à Chinon, est montée sur un cheval blond clair, et armée de toutes pièces. Elle porte une huque [casaque non ajustée portée comme manteau ou sur l’armure] vermeille [d‘un rouge éclatant, légèrement plus foncé que l’incarnat et tirant sur le rouge cerise], frangée de jaune, et un chaperon [coiffure à bourrelet terminée par une queue] de même couleur avec aigrette [ornement constitué de plumes d’aigrette ou s’en inspirant], par-dessus lequel est posé une chapeline [chapeau (avec ou) sans bords] de fer. Ses cheveux sont entièrement enveloppés et cachés, tandis qu’à la main droite elle tient son étendard… »

1429 – en mars, à Poitiers lors de son interrogatoire par les autorités ecclésiastiques, des matrones supervisées par la duchesse douairière d’Anjou, belle-mère du Dauphin, constatent sa virginité et attestent qu’elle n’est pas un homme, réfutant ainsi ses ennemis qui la qualifient de « putain des Armagnac ».

1431 – 13 janvier. Rouen, l’évêque Pierre Cauchon ordonne un deuxième examen de virginité pour trouver, mais en vain, un chef d’accusation contre elle.

INFLUENCE DE JEANNE D’ARC

De nos jours et dans le monde entier, elle est une personnalité mythique qui a inspiré tous les domaines de l’art : architecture, bande dessinée, chansons, cinéma, radio et télévision, jeux vidéo, littérature (poésie, roman, théâtre), musique (notamment opéras et oratorios), peinture, sculpture, tapisserie, vitrail, philatélie, etc.

Elle a aussi donné son nom :
– à l‘astéroïde (127) Johanna,
– à une rose La rose Jeanne d’Arc,
– à La Jeanne d’Arc, navire porte hélicoptère de la Marine Française qui sillonne les mers du monde pour la promotion des valeurs de la France.

Récupérée par tous et toutes, Jeanne d’Arc fut surtout la preuve vivante qu’une femme peut être un homme comme les autres.


Liens annexes :
Vêtements de Jeanne (page très bien documentée)
Neuf choses que vous ne savez sans doute pas sur Jeanne d’Arc
Par : Lio de France
Publié 1° fois le : 24.01.2016
SOURCE : Double Genre
VIDEO : YOUTUBE.com

Secret du roi, le chevalier d’Éon

EondeBeaumont

En attendant de lire l’article circonstancié, par Quinte Septime, compagnie d’escrime de spectacle, nous vous recommandons cette vidéo :

Vidéo de : Madame de Beaumont d’Éon


Cette vidéo (de 01h05) produite dans le cadre de l’émission de FR3 « L’Ombre d’Un Doute » est suivie par un débat avec des journalistes qui présentent plusieurs livres au sujet du chevalier d’Éon :
Le Chevalier d’Éon, par Michel de Decker, chez France Loisirs.
Le Chevalier d’Éon, par Maurice et Évelyne Lever, chez Pluriel.
La confusion des sexes, par Sylvie Steinberg, chez Fayard
Le Secret Du Roi, la Passion Polonaise, par Gilles Perrault, chez J’ai Lu.

EonDeBeaumont

2° ARTICLE

Qui était le Chevalier d’Eon ?

Né sous le règne de Louis XV, mort sous celui de Napoléon 1er, ayant fréquenté de très près les Cours de France, de Russie et d’Angleterre, qui était vraiment ce personnage que l’on rencontre alternativement sous l’apparence d’une femme ou d’un homme ?

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Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Eon de Beaumont naît à Tonnerre (dans l’actuel Département de l’Yonne) le 5 Octobre 1728.

Première bizzarerie : Pourquoi Geneviève ?…
Ce serait, tout simplement, le prénom de sa marraine !

Deplus il était coutume d’habiller les enfants en fillette comme les gravures d’époque le prouvent. Les garçons étaient habillé en homme que vers 7 ou 8 ans.

Charles-Geneviève voit son éducation confiée au rigoureux abbé de Marcenay qui, punitions physiques à l’appui, va faire de son élève un fin lettré. Il va avoir 15 ans quand son père l’envoie à Paris poursuivre ses études au Collège des Quatre-Nations (actuel Institut de France) fondé par Mazarin. Là, non seulement il approfondit ses connaissances, mais il pratique comme tout jeune Noble la danse, l’équitation et l’escrime.

5 ans plus tard il quitte le Collège, s’inscrit en Faculté de Droit et obtient en 1749, à 21 ans, ses diplômes de Droit.

Il sera d’abord avocat, puis écrivain… avant de devenir diplomate, militaire [et agent secret ] !

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En 1755 le Chevalier d’Eon est introduit « dans le monde » et fréquente des personnages bien en Cour, dont le Prince de Conti, familier du Roi , membre du « Cabinet secret »de Louis XV, diplomatie parallèle établie par ce dernier qui n’avait pas confiance en certains de ses ministres et ambassadeurs.

La fragilité des traîtés et des alliances fait de l’Europe un conflit perpétuel sous-jacent dans lequel la Prusse, l’Angleterre et la Russie pratiquent souvent un double-jeu. Un réseau d’espions est tissé auprès de toutes les Cours mais celle de la tsarine Elisabeth de Russie est difficilement pénétrable en raison du caractère de l’Impératrice qui n’hésite pas à exiler les ambassadeurs et à emprisonner les envoyés soupçonnés d’espionnage.

Conti va donc proposer à Louis XV d’envoyer à la Cour de Russie une femme, ou plutôt un homme déguisé en femme. Pour celà il propose au Roi le Chevalier d’Eon dont la jeunesse, la tournure déliée, les traits fins et le visage imberbe font le candidat idéal pour ce rôle.
Charles d’Eon accepte la mission et devient Mlle. Lia de Beaumont !

Juillet 1755, Mlle.de Beaumont part pour Saint-Pétersbourg où elle arrivera… en Octobre.
Elle est chargée de remettre à l’Impératrice une lettre de Louis XV, contenue dans la reliure de « l’Esprit des Lois » de Montesquieu. S’étant fait un ami, on ne sait comment, du vice-chancelier elle serait parvenue à rencontrer la Tsarine à qui elle aurait remis le message auquel il aurait été répondu par le même moyen.

A la fin de l’année Lia de Beaumont est de retour à Versailles à la satisfaction royale.
Première mission réussie !

De retour en France, l’alliance entre la France, l’Autriche et la Russie étant établie, Lia de Beaumont cède la place au Chevalier d’Eon de Beaumont… qui, pour des raisons de commodité diplomatique,devient le « frère » de Lia !

L’année suivante, suite à des maladresses de l’Ambassadeur de France, le Chevalier, maintenant officier dans l’armée du Roi, doit retourner en Russie pour rétablir l’alliance qui semblait compromise. Il y réussit à la grande satisfaction de Louis XV.

Les relations entre la France et la Russie se refroidissant à nouveau, Charles-Geneviève est à nouveau chargé de les réchauffer. Se sachant mal vu du Chancelier il manoeuvre de telle façon que la Tsarine se fâche contre celui-ci et renoue heureusement avec la France ; à tel point que d’Eon restera en Russie près de 3 ans. En 1761 il est de retour [dans sa patrie.]

En 1763 Elisabeth meurt. Son successeur éphémère Pierre III est un ami de la Prusse ainsi que son épouse qui le fait assassiner et devient Catherine II

La guerre dure depuis 7 ans, les belligérants sont au bord de l’épuisement et leurs pays de la ruine.

Louis XV aimerait bien traiter avec l’Angleterre et y envoie en Ambassadeur le Duc de Nivernais et son ami, le Chevalier d’Eon,émissaire du « Cabinet secret ».

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Déjà introduit à la Cour d’Angleterre car connaissant bien, depuis l’Allemagne, la Reine Sophie-Charlotte épouse du Roi George III, d’Eon Capitaine des dragons tout récemment promu Chevalier de l’Ordre de Saint-Louis, va tout faire pour favoriser la paix agissant.

le Duc de Nivernais rentre en France recommandant au Roi de laisser en sa place d’Eon avec le rang de Ministre plénipotentiaire.

D’Eon va mener grand train en Angleterre, à tel point que cela va choquer ses ennemis versaillais. finalement Louis XV le fait rappeler et remplacer par le Comte de Guerchy.

Le nouvel Ambassadeur, le Comte de Guerchy, va bientôt entrer en conflit avec l’ancien pour essayer de récupérer ses « papiers diplomatiques », celui-ci refusant de les donner car beaucoup révéleraient l’existence du « Cabinet secret » ce qui évidemment embarasserait le Roi qui hésite à agir.

Après les menaces de toutes sortes qui n’ont aucun effet sur le Chevalier Guerchy va user de la calomnie.
Il fait lancer des pamphlets accusant de folie du Chevalier, folie provoquée par le fait qu’il ne serait… ni tout à fait un homme ni tout à fait une femme !

Il faut dire qu’à 40 ans le Chevalier est toujours aussi imberbe et qu’on ne lui connait aucune liaison de quelque sorte. De plus, au cours de ses missions il semble qu’il se soit encore plusieurs fois travesti. En France le scandale est tel que le Roi va lui ôter son brevet de Capitaine et sa pension. A Londres partisans et adversaires de Guerchy et du Chevalier s’affrontent. Un procès est entamé mais d’Eon se défend et contre-attaque pour tentative d’assassinat.

En 1765 l’Ambassadeur de France est reconnu coupable de tentative d’assassinat !

C’est subrepticement qu’il devra rentrer en France où il mourra quelque temps après.

Un nouvel Ambassadeur est nommé, ami du Chevalier, et ce dernier ayant rendu un des « papiers secrets » signé de la main de Louis XV semble à nouveau rentré en grâce ; on lui reverse une pension mais désormais on se méfie de lui

A partir de 1766 par la correspondance qui lui est adressée sous divers pseudonymes,
tous féminins, le Chevalier semble vivre le plus souvent en habits de femme.

1773 : Louis XV va envoyer un autre « agent secret » à Londres, un certain Chevalier de Ronac qui n’est autre que Caron de Beaumarchais afin de négocier le retour des papiers ainsi que certaines libelles écrites par un pamphétaire contre la favorite, Madame du Barry.

L’année suivante le Roi est mort. Louis XVI qui lui succède n’aime guère les aventuriers mais il veut récupérer les documents du « cabinet secret » de son grand-père.

Beaumarchais s’entremet à nouveau et, contre une forme somme d’argent et la promesse de pouvoir rentrer en France s’il reconnait être une femme et n’en plus quitter l’habit, d’Eon va rendre les papiers.

En 1777 le voilà donc de retour en France mais en uniforme de Capitaine des Dragons !
Il lui est alors enjoint d’obtempérer et de changer de costume s’il ne veut pas séjourner à la Bastille.
Il obéit et est même présenté à la Cour mais Charles-Geneviève a vieilli, s’est épaissi sans doute car les Chroniques de l’époque se gaussent de son allure « hommasse » sous ses habits féminins.

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L’année suivante il veut s’engager dans l’armée qui doit venir renforcer les Insurgents d’Amérique contre les Anglais, ce qui lui est évidemment refusé. Furieux il veut alors regagner l’Angleterre. Nouveau refus, la France étant en conflit larvé contre ce pays.

La paix ayant été signé avec l’Angleterre, en 1783, rien ne s’oppose plus à ce que d’Eon y retourne pour y récupérer ses livres et ses papiers.

En 1785 il  est à Londres où il se réinstalle ! Il va « améliorer son ordinaire » en s’exhibant dans des tournois d’escrime en habits féminins.

C’est en 1787 que va avoir lieu son fameux duel contre le Chevalier de Saint-Georges, célèbre bretteur mulâtre, qu’il va toucher à plusieurs reprises

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1789 : D’Eon est toujours à Londres d’où il écrit énormément : une oeuvre très éclectique allant facilement de la philosophie…

Lorsque la Révolution éclate en France il s’enthousiasme pour ses idées tout en restant, comme la majorité des citoyens, fidèle au Roi. C’est là qu’après avoir paraphé ses courriers de « Le Chevalier, puis La Chevalière d’Eon », il va maintenant signer « La Citoyenne Geneviève Déon » abandonnant à la fois son prénom masculin et sa particule.

L’exécution de Louis XVI, en 1793, lui fait changer d’opinion sur les idéaux révolutionnaires.

De plus en plus impécunieux il vend ses derniers bijoux et participe à des exhibitions au fleuret pour quelques subsides.

En 1796, une lame casse et s’enfonce dans sa poitrine. Sérieusement blessé ce sera la fin de sa carrière de « maître d’armes ». Il a 69 ans.

Ruiné il va trouver refuge chez la veuve d’un de ses anciens amis.
En 1804, ne pouvant plus payer ses dettes il est même emprisonné plusieurs mois.

Admirant Napoléon Bonaparte il souhaiterait rentrer en France, mais la maladie l’en empêchera.

Le 21 Mai 1810 il s’endort…de son dernier sommeil. Trois chirurgiens vont autopsier le corps, en présence de plusieurs témoins, et le Docteur Coperland va pouvoir écrire :

 » Je certifie par la présente que j’ai inspecté et disséqué le corps du Chevalier d’Eon de Beaumont et que j’ai trouvé les organes mâles à tout point de vue parfaitement conformés. »

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La Chevalière d’Eon était bien un Chevalier !

Par : Quinte Septime, compagnie d’escrime de spectacle
Publié le : 25.09.2012

SOURCE : Vivre au Grand Siècle

Vidéo : FR3

La Transidentité, un tabou français ?

Pour faire suite à notre article de présentation de Karine Espineira, 1ère transsexuelle Docteur d’Université Française, nous vous présentons un extrait d’un article de son blog que nous vous recommandons vivement d’aller liker 😉

Crédit Photo FranceTvInfo.fr
Le cortège de l’Existrans, une marche annuelle pour les droits des personnes trans et intersexe, à Paris, le 20 octobre 2012. (FRANÇOIS GUILLOT / AFP)

Ce papier est le complément à l’article de Louis Boy [LIEN], intitulé : « Transsexualité, transidentité : un tabou français ? », publié le 17/05/2015 | 07:09

Je remercie Louis Boy pour son travail.

Suite à cette interview, j’ai demandé/proposé quelques modifications de mes réponses, car  quelques changements dans un propos, qui demande des nuances, me semblaient nécessaires. Le journaliste a pu intégrer certaines de mes demandes au texte initial et je l’en remercie à nouveau. Mais je tenais à partager celles qui n’avaient pu être intégrées alors j’ai opté pour cette version sur mon blog que je partage avec vous :

La question trans est-elle le dernier vrai tabou concernant les questions de genre en France ? Pourquoi ce sujet est-il si peu familier du grand public ?

Dans les sociétés occidentales, on fonctionne depuis très longtemps sur le modèle traditionnel d’une différence du genre binaire : il y a les hommes, les femmes, et rien d’autre. Et d’un coup, en une ou deux générations, le grand public voit arriver des personnes trans, qui leur disent deux choses : Premièrement, il n’y a pas que des hommes et des femmes. Deuxièmement, la définition de ces termes ne repose pas sur la seule biologie mais sur des critères socio-historiques, juridiques, symboliques, etc. C’est une révolution qui doit se faire dans les esprits. On voit, dans les récents débats autour du genre, que cette question reste très polémique, et fait peur aux gens. Les personnes trans fascinent autant qu’elles effraient, parce que, quelque part, elles démontrent par leur existence quelque chose que beaucoup de gens pensaient indémontrable.

La question est rendue d’autant plus complexe par la diversité des personnes trans et de leurs parcours. Depuis les années 1950, on a expliqué aux gens qu’il y avait les personnes transsexuelles, qui prenaient des hormones, qui se faisaient opérer, qui changeaient leur état civil. Mais, alors que le grand public pensait avoir intégré ce qu’était un parcours de vie trans, est arrivé en France depuis une quinzaine d’années un mouvement transgenre, qui explique que l’on peut vivre son genre d’une autre façon, sans forcément faire appel à la médecine. C’est encore plus déstabilisant car cela complexifie les choses pour l’individu lambda.


Quelle est la part des personnes trans dans la population ? Sont-elles plus nombreuses que ne le soupçonnent la plupart des gens ?

Il est très difficile de chiffrer le nombre de personnes trans. Chacun a plus ou moins ses sources. Les derniers chiffres sont ceux d’un rapport de la Haute autorité de santé, datant de 2009, qui situe leur part dans la population entre une personne sur 10 000 et une personne sur 50 000.

En France, il y a des personnes trans absolument partout dans la société. Il m’arrive de plaisanter face à un auditoire : « On est parmi vous » [rire]. Je connais des personnes dans l’éducation nationale, dans l’armée, des secrétaires, des sex-workers, etc. Les profils sont très divers. Cela n’empêche pas qu’une partie de la population trans soit sans emploi, sans logement et dans une situation de précarité. Mais ce n’est plus 100% des cas.

Parfois, des détails font qu’on détecte malgré tout certaines personnes comme étant trans tandis que d’autres restent incognito. Avant, cet anonymat était le courant dominant. Aujourd’hui, davantage de gens jouent la carte de la visibilité, ce qui est aussi permis par le changement des mentalités, aussi minime soit-il.


Comment expliquer que les gens ne s’imaginent pas qu’une personne trans puisse avoir la même vie qu’eux ? Cette visibilité accrue peut-elle aider ?

C’est lié à leur imaginaire, à des décennies d’héritage culturel et à la pathologisation sous forme de psychiatrisation. Il est très difficile de se défaire de la caricature. Si vous prenez des gens dans la rue et que vous leur demandez : « Qu’est-ce qu’une personne trans ? », ils vont majoritairement vous répondre : « Un travesti ». [ou pire, un travelo ! Ndle]

Mais une image en chasse une autre. La prolifération de représentations qui ne correspondent pas à ces clichés va forcément changer la donne. Dans un certain nombre de pays, ce qui a fait la différence, c’est aussi la visibilité, et le fait que des personnes trans se retrouvent dans des positions de réussites : d’emploi, de vie de famille, de vie affective, de reconnaissances diverses.


Aux États-Unis, l’éclosion de stars trans comme l’actrice de la série Orange is the New Black, Laverne Cox, a initié un plus grand public à ces questions. Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas de personnalités trans aussi visibles en France ?

C’est lié à une différence de traitement médiatique. Aux États-Unis, depuis les années 1990, sont mises en avant dans les médias des personnalités trans qui sont des activistes, des intellectuels, des artistes. On fait appel à une forme d’expertise de leur part, sur le reste de la société et pas seulement sur leur propre existence. Quand on invite Laverne Cox, on lui demande à quoi ressemblera la nouvelle saison de sa série et on lui laisse une tribune pour parler de la condition trans des personnes trans racisées et non-racisées, ainsi que de la place des minorités dans la société américaine.

En France, dans la plupart des dispositifs médiatiques, une personne trans c’est encore une personne qui vient forcément raconter sa transition : on lui demandera quel était son prénom d’avant et si elle a des photos, pas ce qu’elle pense du chômage ou de François Hollande. Ce dispositif d’un autre temps est un handicap, car dans une lutte pour l’égalité des droits, être toujours renvoyé à son histoire personnelle est très disqualifiant.


De l’extérieur, on a l’impression que les personnes trans sont en retrait au sein du mouvement LGBT. Est-ce une réalité ? Si oui, comment l’expliquer ?

Le soutien des trans aux luttes LGBT remonte à bien avant la mobilisation pour le mariage pour tous mais leurs revendications ont été largement gommées. Du coup, beaucoup de groupes trans se sentent un peu désabusés, parce que dès qu’on parle de leurs combats, il y a beaucoup moins de monde. L’argument qui revient toujours, c’est que le combat des LGBT concerne uniquement l’orientation sexuelle, et « qu’avec les trans, c’est compliqué ». Et puis je crois que, même dans les milieux LGBT, où nous avons beaucoup d’alliés, l’incompréhension et la crainte que suscitent les personnes trans existent aussi.


Les combats des personnes homosexuelles et trans semblent aller de pair, elles sont réunies dans le sigle LGBT, mais est-ce vraiment le cas si leurs relations sont si compliquées ?

Il suffit de repenser au mouvement de libération homosexuelle dans les années 1960 aux États-Unis pour se rappeler que l’alliance existait. Les gays, les lesbiennes et les trans défilaient ensemble. Dans une société très binaire et hétéronormée, les personnes LGBT se retrouvent sur le fait que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ne correspond pas aux normes majoritaires, qui finissent par être imposées de façon parfois très oppressive aux individus.

J’ai des amies lesbiennes d’un certain âge qui ont connu les internements forcés par leur famille, et qui ont subi des électrochocs. La nouvelle génération gagnerait à se rappeler ce qu’ont vécu les personnes homosexuelles à une époque. Elles verraient pourquoi lutter ensemble n’est pas si hors de propos.


En France, les personnes désirant changer le sexe et le nom mentionnés sur leur état civil doivent, entre autres, justifier de leur identité de genre devant la justice, et avoir subi une opération stérilisante. Un parcours jugé humiliant et stigmatisant par les associations. La possibilité de changer plus facilement de genre auprès de l’état civil, et donc sur ses papiers, changerait-elle la vie des personnes trans ?

Une loi véritablement progressiste serait un texte sur le changement d’état civil démédicalisé et déjudiciarisé. Une telle loi serait vraiment la clé qui pourrait déverrouiller beaucoup de choses : l’accès au logement, à l’emploi ou encore à la santé [car beaucoup y renoncent de peur de subir des refus violents et humiliants, des propos ou des actes transphobes], la fin d’un certain nombre de discriminations administratives, que ce soit à la sécurité sociale ou au bureau de poste. Dans l’enquête sur la transphobie que j’ai menée avec Arnaud Alessandrin en 2014, on voit que ces embûches au quotidien sont extrêmement violentes pour l’estime de soi. Cela finit peu à peu par détruire les gens de l’intérieur.


Journaliste : Trois députés PS ont publié en octobre dernier une ébauche de projet de loi sur le sujet, qui a été très fraîchement accueillie par les associations. Les responsables politiques sont-ils trop éloignés des préoccupations de la population trans ?

Je pense que ces gens sont bien intentionnés à l’égard des personnes trans. Le problème, c’est qu’ils ne travaillent pas directement avec les associations, au sein desquelles il y a, aujourd’hui, des gens qui ont une grande expertise du débat. Les politiques se pensent tellement au-dessus de la question, quelque part, qu’ils ne font pas appel aux principaux concernés.

De plus, je trouve qu’en France, il y a un déficit de confiance dans le citoyen. A chaque fois qu’on parle d’égalité des droits, la question que l’on se pose, c’est : « Qu’est-ce que les gens vont faire des droits qu’on va leur donner ? », en sous-entendant toujours que certains vont en abuser. Pourtant, un certain nombre de pays ont légiféré de façon très progressiste sur la question, et ça marche. L’Argentine n’est pas devenue un pays sans foi ni loi où les gens changent de genre n’importe comment et pour n’importe quelle raison. C’est au contraire, un pays, à l’égal de Maltes très récemment, qui a eu le courage de légiférer pour dévulnérabiliser des personnes et rendre leur vie vivable.


Journaliste : Dans le climat politique actuel, marqué par les débats virulents autour du genre et du mariage pour tous, peut-on imaginer une loi dans les années à venir ?

Ce qui est sûr, c’est que les débats sur le mariage pour tous ont fait beaucoup de mal. Aujourd’hui, les politiques qui voudraient présenter des projets ont peur du qu’en-dira-t-on. Ils anticipent les réactions et choisissent l’autocensure, en se disant que, sinon, ils auront la Manif pour tous ou Civitas sur le dos.

A mon avis, s’il n’y a pas eu de proposition aboutie depuis le début du mandat de François Hollande, c’est que le gouvernement actuel a peur de mobiliser à nouveau, et encore plus fortement, ces mouvements. Si Hollande est réélu, osera-t-il se prononcer une nouvelle fois en faveur d’une simplification du changement d’état civil ? Ses adversaires pourraient-ils l’envisager ? Quel que soit le côté qui l’emporte, pour l’instant, ça me semble mal parti. Très sincèrement, je souhaite que les événements me donnent tort.

Par : Karine Espineira
Publié le : 17 mai 2015
Titre original : « Transidentité : un tabou français ? – interviewée’s cut ;-). »
SOURCE : KarineEspineira.Wordpress.com
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Karine Espineira 1° trans docteur universitaire française

Quand nous écrivons que Double Genre souhaitait présenter au public les Lettres de Noblesse des Travestis et des Transgenres, nous ne connaissions pas encore les travaux de Karine Epineira qui est, comme le titre de cet article le rappelle, la première transsexuelle à avoir reçu le titre de Docteur d’une Université Française.

Karine Espineira

Karine Espineira

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Enseignane – Chercheuse
UMR LEGS, CNRS/Paris 8 Vincennes Saint-Denis

Chercheuse en Science politique et en Sciences de l’information et de la communication.

Renseignements
Titre(s), Diplôme(s) :
Doctorat en Sciences de l’information et de la communicationFonctions actuelles : Enseignante – Chercheuse, Formatrice Multimédia

Pays d’origine : Chili

Bibliographie

CORPS TRANS / CORPS QUEER
Cahiers de la transidentité N° 3
Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas
TRANSFÉMINISMES
Cahiers de la transidentité N° 5
Sous la direction de Maud-Yeuse Thomas, Noomi B. Grüsig, Karine Espineira

TRANSIDENTITÉS : ORDRE & PANIQUE DE GENRE
Le réel et ses interprétations
Karine Espineira – Préface de Marie-Joseph Bertini

LA TRANSIDENTITÉ
De l’espace médiatique à l’espace public
Karine Espineira

MÉDIACULTURES : LA TRANSIDENTITÉ EN TÉLÉVISION
Une recherche menée sur un corpus de l’INA (1946-2010)
Karine Espineira – Préface de Maud-Yeuse Thomas

TRANSIDENTITÉS
Histoire d’une dépathologisation
Cahiers de la transidentité N° 1
Sous la direction de Maud-Yeuse Thomas, Karine Espineira, Arnaud Alessandrin

TABLEAU NOIR : LES TRANSIDENTITÉS ET L’ÉCOLE
Cahiers de la transidentité N° 4
Sous la direction de Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, Arnaud Alessandrin

QUAND LA MÉDIATISATION FAIT GENRE
Médias, transgressions et négociations de genre
Cahiers de la transidentité Hors-série
Arnaud Alessandrin, Laetitia Biscarrat, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas – Hors-série – Sous la direction de L. Biscarrat, K. Espineira, M-Y. Thomas, A. Alessandrin

« La Transyclopédie : tout savoir sur les transidentités ».
Collectif dirigé avec M.-Y. Thomas et A. Alessandrin.
Paris : éditions « Des Ailes sur un tracteur », 2012, 350 pages.
———–
Articles dans des ouvrages collectifs :

– « Naissance médiatique du Bois de Boulogne » in « Géographie des homophobies », dirigé par Y. Raibaud et A. Alessandrin, Paris : Armand Colin, avril 2013 (à paraître).

– « Introduction à la géographie du Pacs et des nouvelles configurations familiales » in « Géographie des homophobies », dirigé par Y. Raibaud et A. Alessandrin, Paris : Armand Colin, avril 2013 (à paraître).

– « Deux lesbotrans se posent des Q », in « Q comme Queer », dirigé par Marie-Hélène Bourcier, Lille : éditions GKC, 1998, 125 pages.

– « La construction médiatique des transidentités : Une modélisation sociale et médiaculturelle », rubrique « Recherche Actualités » de la revue « Le Temps des médias », n°20, printemps 2013 (à paraître).

– « Le bouclier thérapeutique, discours et limites d’un appareil de légitimation », in Le sujet dans la Cité, « Habiter en étranger : lieux mouvements frontières », n° 2, Delory-Momberger C., Schaller J.-J. (dir.), Revue internationale de recherche biographique, Téraèdre, p. 189-201, 2011.

– « Transidentité : de la théorie à la politique. Une métamorphose culturelle entre pragmatisme et transcendance », in L’Information Psychiatrique, Volume 87, n° 4, p. 279-282.

Communiqué
KARINE ESPINEIRA EST LA PREMIÈRE TRANS À OBTENIR LE GRADE DE DOCTEURE DE L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE

 http://www.desailessuruntracteur.com/Karine-Espineira-est-la-premiere-Trans-a-obtenir-le-grade-de-Docteure-de-l-universite-francaise_a57.html, janvier 2013
Emission TV
MES QUESTIONS SUR… LES TRANS
France 5
http://www.france5.fr/et-vous/France-5-et-vous/Les-programmes/LE-MAG-N-20-2011/articles/p-12649-Mes-questions-sur-les-trans.htm, mai 2011

Par : éditions l’Harmattan.
Publié le : mise à jour régulière.
Titre Original : « Karine Espineira, fiche d’auteur[e]. »
SOURCE : éditions-Harmattan.fr
Site Perso : karineespineira.wordpress.com/

Cypris : Mémoires d’une transsexuelle

1 – Vous ne savez pas quoi lire en cette rentrée ? […]
[lisez] les mémoires d’une trans’ transphobe,

Memoires dune transsexuelleMÉMOIRES D’UNE TRANS’ TRANSPHOBE

Le livre de Marie Édith Cypris a sa place aux Presses Universitaires de France, dans une collection d’ordre scientifique :

elle est une parfaite illustration d’un syndrome trans’ classique :
la haine de soi intégrée, la haine de soi qui débouche sur la haine de ce qui lui ressemble.

Ce syndrome a été isolé par les afro-américains dans les années 50. James Baldwyn et Richard Wright ont décrit longuement ces noirs qui haïssent les autres noirs, tant la discrimination leur a appris à se haïr eux-même. L’image que crée Marie Édith Cypris d’elle est celle de cette séquence de Shock Corridor, le film de de Sam Fuller où dans un asile un noir interné veut lyncher les autres noirs.

Mémoires d’une transsexuelle – La belle au moi dormant est un fourre-tout. La biographie d’un enfant mal aimé, d’un adulte précaire en questionnement passant d’un petit boulot à l’autre, puis d’une transition sur le tard, après être passée par toutes sortes d’avanies (dont un épisode délirant) avant d’arriver à la réussite finale: son opération de ré-assignement sexuel, son travail (aide soignante), son hobby (DJ), son mari etc.

Marie Édith n’écrit pas si mal, et s’adonne à la citation: Balthazar Gracian, Joubert, Jankélévitch, Vauvenargues, La Rochefoucauld, Lacordaire etc. Bravo! Reste que ses influences majeures semblent plutôt Fréderic Dard, et son commissaire San Antonio. Particulièrement pour parler des autres trans’. Un croquis pris au hasard dans la description d’une réunion de l’ASB:

«Les mollets de footballeur qui surgissent de courtes robes stretch, aux traces de pilosité hors de leurs limites, les fonds de teints les plus éprouvés par la scène transformiste; des torses de championnes olympiques de l’ex-RDA, scintillants de strass, aux voix de ténors qui crépitent avec courage vers le timbre de Michel Serrault, la scène est totale.»

Elle se conduit avec les autres avec la même muflerie que la journaliste du JDD qui l’a interviewée et qui glose sur ses «grandes mains».

Quiconque a fréquenté l’ASB (association du Syndrome de Benjamin) peut témoigner que le tableau qu’en fait Mme Cypris est pour le moins une méchante caricature. L’ASB mélangeait un peu tout le monde, des femmes et des hommes trans’, des débuts de parcours, d’autres plus entamés; on ne peut résumer cette association aux débutantes malhabiles dont Marie Édith a été elle aussi.  N’est-elle  pas passée par le «bique et bouc» elle aussi, a -t-elle été sublime tout de suite?

Dans notre milieu on a isolé un autre syndrome, fréquent chez les trans’. C’est «moi je suis une femme les autres sont des guignols». L’exemple typique c’est l’autobiographie de l’amusante April Ashley, quand elle décrit le Carrousel :
«J’étais la seule qui pouvait sortir dans la rue sans être embêtée». Et d’en rajouter sur telle qui a un «big zeezee» et telle autre (une bonne amie) qui perdait ses cheveux… Marie Édith n’a qu’une seule fois un mot gentil dans son livre pour des trans’, deux Brésiliennes qu’elle ramène dans sa chambre.

Autrement Marie Édith (nous n’useront pas de ses initiales, s’est-elle rendue compte que ça fait «MEC»?) s’est inventée un dybbouk, un double malfaisant, le «transgenre des associations». Déjà elle brode sacrément en faisant de l’ASB (qui s’était baptisée ainsi en hommage au docteur Harry Benjamin, pionnier américain du traitement des trans’) une association farouchement anti-psy, de là elle s’est monté un repoussoir avec les «transgenres». Sait-elle seulement qu’aujourd’hui dans les associations le mot fait débat? Qu’il peut vouloir dire «trans’ pas opérée» ou «variant de genre» avec la plus grande étendue de possibilités ? Se rend-elle compte que ses délires sur les transgenres «constructions hybrides» ressemblent à des raisonnements à la Vanneste sur la fin de l’humanité, si on octroie des droits aux homosexuels ? Ce qu’elle craint surtout c’est que d’autres trans’, non opérées, aient accès à des papiers féminins sans être passées par le scalpel comme en Espagne et d’autres pays.

Ce mauvais livre vient soutenir les abus des psys et la négation des droits des trans’ à un moment crucial, au moment où nous attendons des lois et des meilleures pratiques des mandarins que Mme Cypris adule. Il y a de quoi se mettre en colère. Mais à la lecture on remarque qu’elle se déteste à un tel point qu’elle ne cite aucune amie trans’. Alors on la plaint.

Mémoires d’une transsexuelle – La belle au moi dormant,
de Marie Édith Cypris, PUF, coll. Souffrance et théorie, 336 p. 26 €.

Par : Hélène Hazéra
Publié le : 15.09.2012 – 09 h 16 | par
Titre original : Livres : «Mémoires d’une transsexuelle»
SOURCE : Yagg.com

2 – Extrait de la préface de Christophe Dejours

Ce texte dessine deux lignes parallèles autour du changement de sexe : d’une part celle du récit autobiographique, d’autre part celle des questions que se pose l’auteur.

Une réflexion théorique qui interroge sa souffrance et qu’elle tente de mettre en perspective avec un discours universitaire riche en controverses. Cela ne dure pas, car l’auteur prend davantage le parti de l’humour pour nous confier son histoire que celui de la conférence ; même si elle opère fréquemment des allers-retours entre les styles.

Elle conclut par une synthèse qui dévoile les problématiques en cascade qui surviendraient si certaines politiques vers l’abolition des genres devaient aboutir.

SOURCE : Amazon.fr qui propose gracieusement une fonction « feuilleter » (flèche bleu, au-dessus de la photo du livre.)

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Lecteurs de ce blog > Vos commentaires seront appréciés 🙂

C’est un ou une testicule? orbite?

Top 17 des mots français dont on ne connaît pas trop le genre grammatical, « mais, c’est un ou une ? »

UnTesticule

La langue française essayera toujours de nous jouer des mauvais tours, avec ses règles qui n’en sont pas, ses exceptions…

Alors on s’est dit que dans cette quête de perfection, on devait vous venir en aide. Grâce à Topito, vous serez un as et Jean d’Ormesson n’aura qu’à bien se tenir !

Ayons une pensée pour nos amis anglophones qui ne connaissent pas le genre dans leur langue et qui doivent apprendre le français. Ce top est aussi pour eux.

    1. Tentacule
      On dit « un ». Le grand classique que vos professeurs adorent vous sortir pour vous piéger ! Eh oui, tentacule est masculin même si ce n’est pas très beau à dire. Mais tentacule, c’est pas jo-jo de base de toute façon.
    2. Haltère
      On dit « un ». Difficile à retenir, mais c’est le mot que vous risquez d’entendre massacré dans les salles de sport par les profs de fitness et autres.
    3. Oasis
      On dit « une ». Une oasis c’est UNE zone de végétation isolée dans un désert. Maintenant que vous savez, vous vous ne vous tromperez plus. Pendant au moins UNE minute. Voilà vous avez déjà oublié. (A noter que wiktionary nous informe que le mot est aussi « attesté au masculin »)
    4. Testicule
      On dit « un ». Même si ce mot à une consonance féminine, c’est bien masculin. En même temps c’est assez logique. Dites « couille » pour ne plus vous tromper.
    5. Echappatoire
      On dit « une ». Peu de gens font 100% sur ce top, ne soyez pas trop dur avec vous même. Vous valez mieux que ça. Si, si.

+

  1. Entracte
    On dit « un ». Comme ça, en plus de vous la raconter en disant que vous êtes allé à l’opéra, vous pourrez en plus apporter une petite touche grammaticale.
  2. Orbite
    On dit « une ». A priori, pas difficile de s’en souvenir, il y a même un moyen mnémotechnique avec un mot de même sonorité et de même genre pour s’en souvenir, mais on ne vous le citera pas, on est des gens bien.
  3. Solde
    On dit « un ». Même si au final on dit toujours « des ». Parce que quand on part pour acheter un truc, on revient toujours avec plusieurs. CQFD. (A noter que la solde existe aussi au féminin, mais il s’agit de « la paie octroyée par l’armée à un de ses membres militaires ».)
  4. Après-midi
    On dit « un ». Et aussi « une ». Donc ça va, mais on hésite. Et il y aura toujours quelqu’un pour vous reprendre de toute façon, que vous choisissiez l’un ou l’autre.
  5. Alvéole
    On dit « une » tous les jours. Mais le dictionnaire de l’académie dit encore « un », même si personne ne l’utilise. En même temps, c’est pas comme si on l’utilisait tous les jours non plus. Au pire, vous avez le droit de dire « l’alvéole » pour ne pas être emmerdé, ça marche bien aussi.
  6. Chips
    On dit « un », ou « une ». L’usage hésite. Enfin comme les Soldes, on dit surtout « des ». Parce qu’on ne connaît pas un seul être humain capable de manger seulement UNE chips. C’est tout ce que ça te fait quand je te dis qu’on va manger des CHIPS ?
  7. Pétale
    On dit « un ». Assez peu de gens ont du mal avec ce mot, mais il existe des partisans du « une pétale » qui seraient prêt à envahir l’Académie Française pour prouver la féminité de ce mot.
  8. Anagramme
    On dit « une ». Si, on dit « une », c’est la loi et pis c’est tout.
  9. Ovule
    On dit « un ». Alors faites attention au genre quand vous utilisez ce mot. Globalement faites attention tout court, c’est rarement dans une phrase anodine.
  10. Bretzel
    On dit « un ». Mais on dit « une » en Alsace et en Allemagne, là où on s’y connait en matière de bretzel. Alors ok on dit les deux. Mais si vous voulez passer pour un expert, un bretzelos, dites « une ».
  11. Eclair
    On dit « un ». Même s’il est au chocolat ou au café.
  12. Clope
    On dit « une ». Mais à l’origine, c’était plutôt masculin, et ça désignait un mégot. Avant d’être utilisé au féminin, pour désigner la cigarette.

On a aussi des doutes sur « écumoire », « cerne », « top »… Alors combien de bon ?

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Par :  Un topiteur
Montage photo : Topito

Publié le : 27.01.2016
SOURCE : TOPITO.com

Sur le même thème, celui qui se qualifie lui-même de « roi des fous », voici Roland Magdane qui dit dans son célèbre sketch « Masculin vs Féminin » : « la langue française a été inventée par un travelo » – ça ne s’invente pas ! 😉

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BlasonLaGrandCombe
Pour vos journées, séminaires et weekends de rencontres et d’échanges,
avec d’autres travestis et trans. Ambiance chaleureuse, discrétion et confort.
Rendez-vous et renseignez-vous toute l’année au MAS DE LA REGORDANE
Être femme dans un lieu authentique http://www.masdelaregordane.fr

Les hommes dans les métiers féminins

Pour nous aider à comprendre les problématiques du genre liés aux personnes transgenres et/ou travesties , nous vous proposons d’étudier ensemble le cas des danseurs professionnels qui exercent un métier réputé très féminin au point que l’on soupçonne systématiquement les danseurs d’efféminisation et/ou d’homosexualité.

Pour illustrer le propos, nous vous proposons en premier lieu :

  • un extrait d’une étude universitaire qui aborde aussi les cas des fleuristes, coiffeurs, enseignants, agents d’entretien, employés administratifs de la fonction publique, aides à domicile et aides ménagères, aides-soignants, secrétaires, infirmiers, hommes pratiquants le métier de sages-femme, assistants maternelles, employés administratifs d’entreprise, vendeurs de magasins d’articles féminin …etc.

  • un reportage vidéo de danseurs peu communs… (dont la photo à la une de Stephan M. Photography© est extrait).

Extrait de l’étude :

…Les “masculinités” à l’épreuve des métiers “féminins”

Marie Buscatto et Bernard Fusulier
For our readers of English language : Presentation. “Masculinities” Challenged in Light of “Feminine” Occupations. Go to chapter IV n° [29]

Discutons le cas plus précis des danseurs italiens étudiés par Chiara Bassetti dans ce numéro [de Revue.org]. Dans le choix de cette pratique, les danseurs sont sans cesse confrontés à la double stigmatisation d’efféminisation et d’ho­mosexualité traversant la pratique de la danse pour les hommes dans les sociétés contemporaines depuis la fin du XIXème siècle.

Ce double soupçon est si lourd à porter socialement qu’il affecte la possibilité même de danser pour les garçons aux plus jeunes âges (confer le film de Stephen Daldry, “Billy Elliot”) : la plupart des danseurs professionnels rencontrés ont commencé à la fin de l’adolescence et le font le plus souvent de manière “involontaire”, en lien avec une autre pratique (théâtrale par exem­ple) ou une incitation extérieure (des “potes” dansant du hip hop). Les rares danseurs précoces évoquent d’ailleurs des moqueries incessantes et un dénigrement constant…

Ces danseurs n’en vont pas moins accepter de s’impliquer dans la danse et de devenir des professionnels en s’appuyant notamment sur des “antidotes” afin d’assumer, individuellement et collectivement, une pratique fort transgressive.

Une première stratégie, collectivement construite, consiste à valoriser le caractère “masculin” de la pratique. D’une part, la danse au masculin tend à être définie comme une pratique artistique, fondée sur la créativité, la virtuosité et l’excellence des danseurs, qualités qui permettraient de dépasser ainsi les stéréotypes féminins stigmatisants.

[Une seconde stratégie]. D’autre part, la danse tend aussi à être définie par certains sur le registre de la pratique sportive, les danseurs valorisant alors le caractère athlétique des gestes et le nécessaire auto-contrôle que son exercice suppose. La danse est ainsi “masculinisée” dans ses traits principaux afin d’éliminer au mieux les stigmates “féminins” faisant de celle-ci une pratique gracieuse et élégante.

Une troisième stratégie, plus individuelle, consiste pour le danseur à pratiquer dans des styles plus “masculins” – hip hop par exemple –, ou plus mixtes – danse contemporaine par exemple –, ou de “choisir” des tenues de scène, ou de mettre en place des gestes chorégraphiés “masculins” afin de se dissocier au mieux du caractère “féminin” de la danse incarnée par la ballerine classique en tutu rose.

Par : Marie Buscatto et Bernard Fusulier
Marie Buscatto, Professeure des Universités en sociologie ; I.D.H.E., Université Paris 1 Panthéon Sorbonne – Cnrs.
Droits d’auteur © Recherches sociologiques et anthropologiques
SOURCE : Revue.org

Double Genre : Si ce type d’article vous intéresse, faits le nous savoir en laissant un message en commentaire (en bas de page).
Pour illustrer cet article, nous avons trouvé cet article très original sur le net :

L’homme qui dansait parfaitement avec des talons !

Yanis Marshall est un danseur, chorégraphe et reconnu comme le meilleur professeur de danse en talons. Il a intégré plusieurs troupes de comédie musicale, dont le « Roi soleil » (à l’âge de 16 ans) et « Les Dix Commandements ». Mais il est surtout reconnu pour développer le Street Jazz à l’américaine en France suite à sa rencontre avec son homologue américaine Sheryl Murakami au Broadway Dance Center à New York City.
Il a participé à l’émission télévisée Britain’s Got Talent accompagné de Arnaud Boursain et Mehdi Mamine où il finira à la 11ème place.

Leur excellente danse en talons aiguilles sur un medley de Beyoncé.

en répétition :


ou ici

Yanis Marshall danse

Leur passage à Britain’s Got Talent :

beyonce Yanis Marshall

Le medley Spice Girls dans les rues de Paris

 

Publié le 20 juin 2014 à 13:14
Par : Max //
SOURCE : Tuxboard.com

La femme et le travesti, de Chantal Aubry

FemmeEtTravestiAubry

[Selon l’auteure ] : « L’acteur travesti vient du fond des âges. Il apparait très tôt, dans toutes les cultures. Parce que l’homme a interdit l’espace public à la femme, il a été amené historiquement, en Occident comme en Orient, à prendre sa place. »

Chantal Aubry puise à des exemples particulièrement représentatifs au fil des siècles et des continents pour interroger les mécanismes de cette éviction et de cette sublimation jusqu’à son renversement par une revendication transgenre généralisée dont le monde du spectacle vivant est avec celui de la mode, l’une des pointes avancées.

Le livre s’articule en trois parties :

l’univers de l’acteur travesti à travers le Japon des onnagatas, l’opéra chinois, la danse chakri du Rajasthan, le théâtre élisabéthain, l’Italie des castrats mais aussi les mondes de Pirandello ou de Jean Genêt ;

le travestissement des femmes comme stratégie d’émancipation : Jeanne d’Arc, Louise Labbé, Jeanne Baré (femme marin), Calamity Jane, Isabelle Eberhardt, Colette, Claude Cahun, etc ;

le travesti comme subversion : le butô japonais des années 1960, le théâtre argentin du Paris des années 1970, les metteurs en scène et chorégraphes d’aujourd’hui, sans oublier la mode, la pop, etc.

Editions Rouergue
Ouvrage relié, 191 pages, textes en Français

Source : DessinOriginal.com

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2° ARTICLE

La femme et le travesti, Chantal Aubry questionne l’identité sexuelle dans la représentation théâtrale

Pile ou face, homme ou femme, artifice du déguisement ou mise à nu identitaire, l’acteur travesti transgresse et trouble de tout son corps opportunément érotique et ambigu. Il choque, aimante en jouant d’une confusion sexuelle propre à susciter fantasme et interrogations.

Depuis ses origines, le théâtre, lieu de la métamorphose trompeuse par excellence, permet à l’acteur d’emprunter nombre d’identités factices qui le conduisent parfois à changer de sexe, par nécessité ou par délice du jeu, et ce, depuis le fond des âges.

Dans « La Femme et le travesti », un livre passionnant et érudit, un rien provocateur et féministe, la journaliste et écrivain Chantal Aubry s’attache à traverser l’histoire humaine et artistique pour délivrer les différents sens que peut prendre l’acte du travestissement au carrefour des genres artistiques (théâtre, danse, opéra, performance…) et des territoires géographies, de l’Occident à l’Orient.

Longtemps, l’acteur mâle occupe seul le plateau d’où la femme est évincée. Il est Clytemnestre ou Médée puis Juliette et Ophélie. Mais avant l’antiquité gréco-romaine et le théâtre élisabéthain, il est aussi le danseur- vedette des cérémonies religieuses ritualisées en Chine ou en Inde.

C’est au XVIIe siècle que les femmes prennent la parole sur les planches et se travestissent elles-aussi, ce qui redouble les possibilités de jouer sur le genre et pimenter les intrigues de Marivaux ou même de Racine au théâtre tandis que les cantatrices s’emparent des rôles de Chérubin à l’opéra.

Puis, le XIXe siècle voit Sarah Bernhardt prendre la culotte d’Hamlet et de Lorenzaccio, tandis qu’au XXe, la naissance des cabarets à Berlin, capitale centrale pour la visibilité homosexuelle avant la montée du nazisme, l’explosion subversive des artistes dada new-yorkais et de la pop culture underground volontiers libératrice et pourquoi pas revendicatrice des années 60, et enfin, l’exubérance baroque, trash et mélancolique des hommes de théâtres contemporains comme des chorégraphes et performeurs, diversifient et émancipent le travestissement comme un acte artistique fort, autant contestataire, militant que proprement poétique et sublime.

Progressivement affranchie de la morale et de la bien-pensance religieuse qui, soupçonneuses de quelconque dérèglement des mœurs, condamnent à tout va, la représentation théâtrale créée par bonheur le désordre et la confusion, casse les codes, bouscule les acquis, ouvre de nouvelles voies d’interprétation. Les nombreuses gravures et photographies de productions scéniques de tous les temps sont parfaitement éloquentes encore que le point faible du livre soit l’absence d’analyse et de commentaires sur les spectacles.

En revanche, Chantal Aubry porte un regard aigu, politique et sociétal sur l’évolution du travestissement au théâtre et insiste sur la répercussion du clivage maladif et tenace entre le masculin et le féminin dans les sociétés régies par les hommes provoquant une valorisation de la force et un culte de la virilité qui débouchent sur une inégalité des sexes.

Militant, le livre parle de la condition féminine et explique comment grâce au travestissement, la femme existe davantage. Car en revêtant les habits de l’homme, elle gagne en indépendance, en autorité. A l’inverse, l’homme déguisé en femme suscite une réception partagée. Attaqué, réprimé, car jugé inconvenant, flirtant avec le tabou, l’interdit, le dévergondage et la licence, le travesti est également voué au culte et fait fantasmer le public, car il sublime l’objet qu’il mime. Le castrat, ange à la voix cristalline de soprano fait tomber en pâmoison le public féminin amateur d’art lyrique et de beauté juvénile.

D’une nécessité scénique qui apparaît comme pure convention théâtrale, le travestissement progresse comme un art jubilatoire de la transgression qui sous-entend de manière paradoxale la mise à nu de l’artiste, car sous le fard, il donne à voir une profonde vérité de l’être.

ParChristophe Candoni
Publié le :
25 janvier 2013
Liens: La Femme et le travesti aux Editions Le Rouergue
SOURCE : TouteLaCulture.com
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Épicène, le Double Genre grammatical

StyloMontBlanc
É
picène

Définitions Web
  1. Un nom épicène, du latin epicoenus, dérivé du grec ancien ἐπίκοινος « possédé en commun », est un nom non marqué du point de vue du genre grammatical. Est épicène un nom bisexué pouvant être employé indifféremment au masculin ou au féminin. …

CegepEpicene

Qu’est-ce que la rédaction épicène ?

«Épicène se dit d’un nom qui, appartenant à la catégorie des animés, a la propriété d’avoir un double genre grammatical correspondant à chacun des termes de l’opposition de sexe. Les noms « enfant » et « journaliste » sont épicènes. La forme du mot épicène ne varie pas selon le genre.» Marie-Éva De Villers, Multi-dictionnaire de la langue française.

Dans les années 1970, Luce Irigaray fait paraître un essai, intitulé : « Ce sexe qui n’en est pas un », où elle parle notamment de «l’écriture féminine».
Féministe de la première heure, Irigaray rejette alors la société patriarcale dans laquelle elle a grandi tout en démontrant que la langue des hommes prédétermine le destin des femmes. À l’époque, il faut le souligner, le masculin l’emportait sur tout et le mouvement féministe en était à ses moments forts…Riche de cette réflexion et de celles qui suivirent et accompagnèrent le travail d’Irigaray et de ses consœurs, est née une volonté de faire une place juste et équitable aux deux genres ; d’écrire sans toujours avantager le masculin et masquer le féminin.

Si les femmes prônent l’égalité dans la vie de tous les jours, elles la prônent également dans l’usage de la langue. Au départ, une place sera donc faite aux femmes grâce à la féminisation des titres, procédé qui consiste à toujours nommer le masculin et le féminin dans une phrase. C’est ainsi qu’on entendra les politiciens du Québec commencer leurs discours par les mots suivants : «Québécois et Québécoises».

Dans ce même ordre d’idées, viendra la rédaction épicène. Se voulant plus neutre, celle-ci tente de corriger la règle du masculin l’emporte, sans pour autant alourdir le texte. En effet, «épicène» se dit «d’un nom commun qui désigne à la fois le mâle et la femelle de l’espèce».
Si on utilise le mot «cinéaste», par exemple, à moins de le préciser à l’aide d’un déterminant, il est impossible de savoir si on parle de Léa Pool ou de Xavier Dolan. Le «mot» est neutre. Et c’est la même chose pour des noms comme «critique», «juge» et «mécène».
Pour rédiger épicène, il faut d’une certaine façon changer ses habitudes et sa manière d’écrire. Dans « Avoir bon genre à l’écrit », Pierrette Vachon-L’Heureux et Louise Guénette proposent une nouvelle pratique de l’écriture épicène. Pour ce faire, elles soulignent les principes généraux de Luce Irigaray, « Ce sexe qui n’en est pas un » […]
la rédaction épicène qui consistent à «abandonner la mise au masculin habituelle du texte ; penser épicène; préserver la lisibilité et l’intelligibilité du texte (ne pas nuire à la lecture et à la compréhension) ; veiller à une juste répartition des formes féminines ; évaluer la pertinence du recours aux marques de genre et utiliser toute la gamme
des procédés disponibles et adapter la rédaction épicène à chaque type de texte»
Depuis les années 1990, plusieurs organismes et établissements d’enseignement, dont le Cégep Édouard-Montpetit, se sont engagés à assurer «une visibilité égale aux hommes et aux femmes». Certains, comme l’Université de Sherbrooke, proposent même des guides pour s’assurer que tous les membres du personnel ainsi que la population étudiante sauront sensibles à rédiger épicène.
Reconnaître l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est aussi une affaire de langue. Comme quoi il n’y a pas que la société qui évolue.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire les ouvrages suivants (voir l’article complet à la Source ci-dessous).

Par : Jean-Sébastien Ménard

Première publication, le : ?
Source : CegepMonPetit.ca

Définition web : Wikipedia.org

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Commentaire Double Genre :

Les travestis et transgenres, se considérant comme de l’autre sexe – et étant souvent obligés d’aller et venir d’un genre à l’autre pour des raisons d’ordres divers (familial, administratif…etc.) – auront compris tout l’intérêt de parler et d’écrire épicène.

Par exemple, au lieu d’écrire au féminin, car je ne peux pas dire que je suis une (vraie) femme, puisque c’est génétiquement faux. Alors au lieu d’écrire : « je suis un homme qui aime les belles choses. » je rédige ainsi ma phrase : « je suis une personne qui … » et le tour est joué, mon correspondant ne peut pas savoir, si je suis un homme ou une femme, et je ne lui ai rien révélé sur mon identité sexuelle.

Lio (diminutif de Lionel et de Lionelle) 😉

Célèbres transgenres et travestis

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Personnages historiques ou légendaires

    • Aristodème Malakos, « le Mou », -475, tyran de Cumes, vainc les Étrusques
    • Jeanne d’Arc, 1412-1431, « la Pucelle d’Orléans » habillée en homme
    • Charles de Beaumont, 1720-1810,« le Chevalier d’Éon » espion du roi
    • Bonnie Prince Charlie, 1746, petit-fils du roi Jacques II d’Angleterre, se fit passer, sous le nom de Betty Burke, pour la servante de Flora MacDonald
    • Anne Bonny, Mary Read, 1680 ?, pirates capturées mais pas immédiatement exécutées parce que Read était enceinte et que Bonny affirmait l’être aussi.
    • François-T. abbé de Choisy, 1644-1724, Madame de Sancy, Comtesse de Barres
    • Catalina de Erauso, 1592-1650, »la nonne lieutenant », alias Francisco de Loyola
    • Philippe de France, 1640-1701, duc d’Orléans, frère gay de Louis XIV
    • Edward Kynaston, 1640-1706, comédien anglais travesti
    • Hua Mulan, 花木兰 , 1368 ?, jeune héroïne légendaire de la chine à l’époque des Mongols, se déguise en homme pour remplacer son père trop vieux pour combattre les Huns.
    • Long Yang Jun, -276-243, favori du roi Wei Anxi,
      icône de l’association gay asiatique Long Yang Club.
    • Papesse Jeanne, 855 à 858 ?, élue pape, révoquée car : [non] duos habet et bene pendentes
    • Sainte Marine de Bythinie la Déguisée, 710 ?, entra au monastère avec son père et y vécut sous le nom de Marin, fut accusée à tort d’avoir mis enceinte une femme,
    • Okuni, 1603, prêtresse japonaise du sanctuaire d’Izumo, à Kyoto, donne naissance au Kabuki, théâtre d’hommes travestis
    • George Sand, 1804-1876, Amantinein, baronne Dudevant, femme de Lettres
    • Jenny Savalette de Lange, 1786-1858, intrigante se faisant passer pour la fille du marquis éponyme, afin d’obtenir rentes royales et promesses de mariage
    • Léonardo da Vinci, 1452-1519, La Joconde, son autoportrait travesti ?
    • Zheng He, 1371-1433, eunuque de l’empereur, Yongle, amiral, explorateurgoldgirl1
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Personnalités du XX et XXIe siècle

  • A

  • Haruna Ai, MtF née en 1972, personnalité japonaise, actrice, chanteuse pop et imitatrice, 1° japonaise à remporter en 2009, le titre de Miss Trans internationale.
  • Bibi Andersen, née en 1954, actrice et présentatrice de télévision espagnole.
  • Aurore Boréale, Russel Bouchard (Russel)

    B

  • Bambi, née Pruvot (Jean-Pierre) danseuse, meneuse de revue au Lido, Carouselle, Madame Arthur, Aldo, Topless et à la Grande Eugène.
  • Jenny Bailey, HVF, maire de Cambridge (Grande-Bretagne) depuis mai 2007
  • Thomas Beatie, transexuel américain qui a été le premier « homme enceint », ayant conservé son appareil reproducteur féminin pour permettre à lui et sa femme stérile de pouvoir fonder une famille
  • Jenny Bel’Air, créature transgenre, star du Paris branché des années 80
  • Georgina Beyer, ex députée néo-zélandaise du Labor (parti travailliste)
  • Michelle Blanc, née Michel Leblanc, est une femme d’affaires, conférencière et blogueuse québécoise spécialisée sur les question des stratégies et du marketing web ainsi que des réseaux sociaux
  • Brigitte Boréale, journaliste militante, présentatrice, chroniqueuse sportive sur la chaîne française Pink TV. Fondatrice de l’association artistique Transgenre BC3G
  • Kate Bornstein, écrivain et militante américaine
  • Denis Bortek, compositeur, guitariste, chanteur du groupe français de glam rock, Jad Wio
  • Russel Bouchard (Aurore boréale) né en 1948, historien et écrivain canadien s’affichant publiquement transgenre depuis avril 2007

    C

  • Patrick Califia, écrivain américain.
  • Camille Cabral, médecin dermatologue, née au Brésil, naturalisée française, créatrice du PASTT, première élue transsexuelle de la république française (sous la liste des Verts à la mairie du 17° de Paris).
  • Caphi, journaliste et comédien(ne) française transgenre née en 1958, créatrice du blog la webdromadaire de Caphi sur la transidentité, modèle du peintre Philippe Pasqua.
  • Wendy Carlos , née en 1939, célèbre MtF, compositrice de musique américaine et pionnière de musique électronique, première cliente de Robert Moog, on lui doit notamment la musique de Shining, d’Orange mécanique et de Tron.
  • Camilla de Castro, née Alessandro Caetano Kothenborger 1979-2005,
    modèle et actrice brésilienne
  • Candis Cayne, né Brendan McDaniel, 29 août 1971 à Maui (Hawaï), actrice américaine, Meth Head
  • Lady Chablis Deveau, née en 1957 Benjamin Edward Knox, artiste Drag queen de Midnight in Savannah et actrice (Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood) connue sous le surnom de The Lady Chablis.
  • Olivia Chaumont, architecte et urbaniste française, première femme membre du Grand Orient de France, vénérable de la loge L’Université maçonnique et auteure de D’un corps à l’autre paru aux Éditions Robert Laffont.
  • Chi Chi LaRue, voir Paciotti (Larry)
  • Coccinelle, voir Dufresnoy (Jacques)
  • Andréa Colliaux, écrivain FvH, auteure de l’autobiographie : « Carnet de bord d’un stewart devenu hôtesse de l’air »
  • Lynn Conway , née en 1938, ingénieure et professeur d’université américaine, a révolutionné notre vie quotidienne à deux reprises. La première fois ce fut avant sa transition (elle est une des dernières patientes du Dr Harry Benjamin). Après sa transition, après avoir rompu tout lien avec son passé et recommencé sa carrière, elle a inventé des outils qui ont permis de créer la très grande majorité des gadgets électroniques devenus indispensables à notre vie quotidienne. Rattrapée par les historiens, elle a alors créé un des sites les plus importants au monde à ce sujet
  • Caroline Cossey, née en 1954, célèbre modèle anglaise
  • Jayne County, chanteuse punk du groupe Wayne County and the Electric Chairs de la scène britannique
  • Roberta Cowell, née en 1919, première MtF anglaise, réassignée en 1951

    D

  • Dana International, née en 1972, chanteuse et danseuse israélienne, lauréate du grand prix de l’Eurovision 1998
  • Jaye Davidson, née en 1968, acteur afro-américain, NBR Award pour son rôle dans le film The Crying Game de Neil Jordan en 1992.
  • Divine, voir Milstead, 1945-1988, comédien et chanteur travesti américain, connu pour ses rôles dans les films de John Waters, où il interprète des rôles de femme
  • Michelle Dumaresq, canadienne championne de Descente (cyclisme) et VTT
  • Jacques Duresnoy, (Coccinelle) 1931-2006, célèbre meneuse de revue, première transsexuelle française opérée
  • Vanessa van Durme, HVF, comédienne et scénariste belge

    E

  • Lili Elbe, voir Wegener (Einar)
  • Richard Engfors, né en 1976, Drag queen suédois, célèbre depuis son apparition en 2003 dans le titre Pass this on du groupe The Knife.
  • EnigmaTess ou « The Black Widow » (La Veuve Noire), personnalité « pangender » française née à Tourcoing en 1976.
  • Erica TV, transsexuelle issue du transformisme sur scène, performeuse et actrice, chef de cabine dans une grande compagnie aérienne française
  • Erwan, candidat dans l’émission de télévision Secret Story
  • Karine Espineira, essayiste, docteure en Science de l’information et de la communication, maître de conférences (Université Nice Sophia Antipolis)F

    G

  • Kouka Garcia, médiatrice de Santé Publique, née en Argentine, présidente fondatrice du PARIT (Plate-forme d’Action et Reconnaissance Identitaire pour les Transgenres)
  • Brigitte Goldberg, présidente de l’association Trans’Europe, présidente du parti politique Avenir 2012 et candidate à la présidence Française de 2012
  • Paul Grappe, alias Suzanne Landgard, déserteur de la 1ère guerre mondiale devenu travesti pour échapper à la police, amnistié en 1925, il meurt tué par sa femme
  • Jamison Green, un des transsexuels FVH les plus célèbres dans les pays anglophones, très actif dans la défense des droits de la communauté
  • Rochelle (Joëlle) Grégorie, comédienne, chanteuse et militante transgenre

    H

  • Madame H., présidente de l’association Homosexualité et Bourgeoise, française, humoriste
  • Harisu, MtF née en 1975, chanteuse, actrice, mannequin coréenne
    célèbre sur le continent est-asiatique pour sa grande beauté
  • Hélène Hazera, journaliste à Libération, Têtu et France Culture
  • Gloria Hemingway, née Gregory Hemingway, 1931-2001, fils d’E.Hemingway
  • Edward Hyde, 1700, 3° Comte de Clarendon, gouverneur de New York et du New Jersey, aurait aimé se promener dans les rues habillé des vêtements de sa femme

    I

  • Ikenna Benéys Amaechi, né à Berlin, d’origine germanico-nigériane, certainement le double le plus réussi de la mythique Whitney Houston qu’il a vue en tournée en 1984
  • Eddie Izzard , comédien britannique affirme avoir pratiqué le travestissement toute sa vie. En scène et dans sa vie quotidienne, il s’habille parfois de façon masculine, parfois de façon féminine, mais jamais sans essayer de « passer » pour une femme. Il affirme que les hommes devraient avoir les mêmes « clothing rights » (droits de d’habiller) que les femmes.

    J

  • Caitlyn Jenner, née William Bruce Jenner en 1949, animatrice américaine de TV, médaille d’or du décathlon homme aux J.O. 1976, change de sexe en 2015.
  • Christine Jorgensen, née George William Jorgensen, 1926-1989,
    première transsexuelle américaine opérée (en 1953).

    K

  • Aya Kamikawa, conseillère municipale de Setagaya-ku à Tokyo au Japon (2003)
  • Isis King, mannequin et participante au cycle 11 de la télé-réalité America’s Next Top Model

    L

  • Michèle  Lambert clavièriste du groupe rock québécois Noir Silence
  • Cox Lavergne, trans américaine, star de la série Netflix Orange is the new black
  • Dorothy Lawrence, 1914/18, reporter de guerre anglaise, se déguisa en homme afin de pouvoir être enrôlée comme soldat durant la première guerre mondiale
  • Amanda Lear, chanteuse, actrice, animatrice TV, artiste peintre, née en 1939, 1941, 1946 ou 1950 à Saïgon, Hong-Kong ou Hanoï et fut l’une des égéries de Salvador Dalí
  • Monica Leon, argentine réfugiée en France, militante pour l’égalité des trans. Son mariage hétérosexuel avec une trans opérée, Camille Barré, fonctionnaire dans la même mairie, fut rejeté par décision administrative arbitraire
  • Amanda Lepore, née en 1967, chanteuse, égérie du photographe David LaChapelle
  • Lio de France, née en 1952, médiatrice patrimoniale, écrivaine, blogueuse
  • Vladimir Luxuria, née en 1965, politicien transgenre du Parti de la Refondation Communiste (PRC) en Italie, ancienne députée au parlement italien.

    M

  • Charlotte von Mahlsdorf, née Lothar Berfelde, 1928-2002, berlinoise travestie depuis l’âge de 16 ans, a résisté au nazisme et au régime communiste (RDA), a soutenu les homosexuels en Allemagne et a été décorée en 1992 de la Croix fédérale du Mérite
  • Chelsea Manning, née Bradley Manning en 1987, lanceur d’alerte à WikiLeaks
  • Maud Marin, née en 1945, avocate française radiée du barreau à cause de son changement de sexe, figure emblématique de la lutte pour les droits des transsexuelles et des prostituées, écrivain. Elle est l’auteur des œuvres autobiographiques Le saut de l’Ange, Tristes plaisirs, Le quartier des maudites
  • Geisha de Milano, compositeur, auteur et chanteur français gangsta
  • Robert Millar (Philippa York), né en 1958, champion cycliste écossais, puis chroniqueur sportif, changement de sexe à l’âge de 49 ans, en 2007
  • Glen Milstead, alias Divine, actrice, 1945-1988, égérie des films de John Waters
  • Akihiro Miwa, née en 1935, parolière, chanteuse, comédienne et écrivain japonaise, héroïne du film Le Lézard Noir de Kinji Fukasaku (1968), amante de l’écrivain Yukio Mishima et collaboratrice récurrente du réalisateur Hayao Miyazaki
  • Pierre Molinier, 1900-1976, peintre, photographe français, fétichiste,
    son œuvre subversive s’est constituée autour d’autoportraits travestis.
  • Daniela de Montmartre, née en 1970, parolière, écrivain, philosophe, historienne, actrice, peintre, photographe, dessinatrice, réalisatrice militante transgenre maltaise d’expression française
  • Micheline Montreuil, née Pierre Montreuil en 1952, avocate, professeur et animatrice transgenre québécoise, connue pour ses batailles devant les tribunaux pour la reconnaissance des droits des transgenres et son implication en politique fédérale à titre de candidate dans le comté de Québec pour le Nouveau Parti Démocratique ou NPD, épouse en 2008, l’avocate et auteur québécoise Michèle Morgan (Avocate)
  • Jan Morris, HVF, née en 1926, connue sous le nom de James Morris jusqu’en 1972, journaliste anglais, historienne et écrivain de voyage.

    N

  • Youcef Nabi, alias Sue, 47 ans, ex présidente de Lancôme du groupe l’Oréal
  • Nad, de son prénom Nadya, administratrice et modératrice du forum i-trans d’informations et d’aide à la communauté transsexuelle, présidente de l’association trans’act.
  • Nath-Sakura, née en 1973, photographe, modèle, actrice et journaliste française.
  • Stéphanie Nicot essayiste, anthologiste, formatrice, directrice artistique d’un important festival culturel. Cofondatrice et porte-parole de l’association Trans Aide. Membre du CA de la Fédération LGBT
  • Maîtresse Nikita, travailleuse du sexe dominatrice, auteur, présidente de l’association Les Putes
  • Nong Thoom, née Parinya Kiatbusaba ou Parinya Charoenphol en 1981, célèbre kathoey thaïlandaise, championne de Muay-thaï, inspiratrice du film Fighting Beauty de Ekachai Uekrongtham (2003)

    O

  • Michelle Obama, né en 1964 Michael LaVaughn Robinson, quarter back des State Beavers Oregon, épouse de Barack Obama, président des Etats Unis d’Amérique.
  • Pascale Ourbih, comédienne et militante transgenre française, actrice principale du film Thelma de Pierre-Alain Meier sorti au cinéma en 2001

    P

  • Larry Paciotti (Chi Chi LaRue), né en 1959, célèbre queer productrice américaine de film pornographique, DJ, militante, chanteuse, danseuse et chorégraphe
  • Madeleine Pelletier (1874-1939), trav FtH, militante féministe, socialiste libertaire française, 1ère femme médecin diplômée en psychiatrie, auteur de : La femme vierge
  • Kim Petras jeune chanteuse Allemande une des plus jeunes transsexuelle car mineure lors de sa transition
  • Virginie Perle, actrice française, esthète, pianiste, personnage du film Crossdresser réalisé par Chantal Poupaud, sortie 2010
  • Grayson Perry / Claire, artiste plasticien et céramiste britannique,
    lauréat du prix Turner en 2003.
  • Michel-Marie Poulain, 1906-1991, peintre français.
  • Jean-Pierre Pruvot, Bambi, né en 1935, meneuse de revue dans les années 50 et 60, professeur de lettres (Palmes Académiques), auteur de 2 ouvrages autobiographiques sous les noms de Marie-Pier Ysser et Marie-Pierre Pruvot.
  • Rosa von Praunheim, née en 1942.

    R

  • Tom Reucher, psychologue et militant français
  • Renée Richards, née Richard Raskind en 1934, ophtalmologue, joueuse de tennis professionnelle américaine dans les années 70
  • Eva Robin’s, née en 1958, actrice et militante transgenre italienne.

    S

  • Jaiyah Saelua, née Johnny Saelua (19.07.1988) Fa’afafine joueuse de football, défenseur central dans l’équipe masculine des Samoa américaines
  • Ali Saleem, alias madame Nawazish Ali, travesti pakistanais, présentatrice du show TV politique Begum Nawazish Ali’s TV talk show sur Aaj TV
  • Mokgadi Caster Semenya (née en 1991 à Pietersburg, athlète sud-africaine intersexuée, spécialiste du 800 mètres.
  • Erika Schinegger, née en 1948, championne du monde de ski alpin en 1966, détectée comme étant de sexe masculin lors d’un test urinaire.
  • Rrose Sélavy, vers 1920, l’alter-ego féminin de Marcel Duchamp, émergea dans des portraits effectués par Man Ray à New York dans les années 20
  • Verka Serduchka, né en 1973, comédien, chanteur et danseur ukrainien.
  • Stratostar (Bon Chic 3e Genre) et du concept télévisuel LeLab.TV

    T

  • Mya Taylor, première actrice trangenre à gagner un prix en 2015 pour performance d’acteur dans Tangerine/ Mandarine, film de Sean Baker, tourné sur Iphone/Apple.
  • Billy Tipton, née Dorothy Lucille Tipton, 1914-1989, célèbre musicien et compositeur de jazz, identifié de sexe féminin à son décès
  • Ludwig Trovato, FvH, écrivain et cinéaste.

    U

    V

  • Isabelle Volet, née en 1946, administratrice de sociétés à Sion, Suisse.

    W

  • Lana Wachowski, née Laurence « Larry » Wachowski en 1965, co-scénariste, co-réalisatrice et co-productrice notamment de Bound, Assassins, de la trilogie Matrix et de V pour Vendetta
  • Einar Wegener (alias Lili Elbe) cf. film Danish girl.
  • Holly Woodlawn, actrice américaine née en 1946 à Juana Díaz (Porto Rico), égérie de Andy Warhol et muse de Lou Reed pour qui il écrivit son fameux Walk on the wild side produit par David Bowie en 1972

    X

  • Jin  Xing, né H. en 1967, danseuse étoile et chorégraphe chinoise, ex colonel de l’Armée Populaire de Libération, Reportage Vidéo.
  • Y
  • Philippa York, né Robert Millar en 1958, champion cycliste écossais, puis chroniqueur sportif, changement de sexe en  2007 à l’âge de 49 ans.

    Z

    §

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Dictionnaire du Genre

Fuckedlikeagirl
Did you ever wonder what it felt like to get fucked like a girl ?
Vous êtes-vous jamais demandé ce que l’on ressent d’être baisé comme une fille ?

A

Agender : qui s’identifie comme étant sans genre ou non génré(e) Voir Neutrois

Androgyne, Androgynous : qui revendique une identité de genre entre le masculin et le féminin ou comme étant ni homme ni femme.

Antiféminisme (exemple : Simone de Beauvoir, vue par Michel Onfray)

B

Bigender : personne qui revendique deux identités genres ou plus (trigender).

C

Cis/Cisgender : personnes qui vivent une identité de genre alignée avec le sexe assigné à la naissance. Coïncide en grande partie avec les identités de genres hétéro-normatives. Source de privilèges par rapport aux autres identités de genres minoritaires ou perçues comme anormales. Opposé à Transsexuel pour Cis et à Transgenre pour Cisgenre.

Cis Male/ Cis Man/Cisgender Male/ Cisgender Man : homme avec une identité de genre masculine.

Cis Female/Cis Woman/Cisgender Female/Cisgender Woman : femme avec une identité de genre féminine.

D

E

Epicène

F

Female to Male : personne trans dans le sens fille vers garçon, femme vers homme mais qui marque une progression sur un continuum entre féminin et masculin et non nécessairement la bascule dans «l’autre» genre ou le genre «opposé».

Féminin

FTM : abréviation pour Female to Male qui présente l’avantage de ne pas repréciser les deux genres «masculin» et «féminin».

G

Gay

Gender

Genderfluid : avoir une identité de genre fluide ou plurielle et qui transgresse la frontière entre masculin et féminin.

Gender Nonconforming : personnes qui refusent de se conformer au genre assigné à la naissance et au système sexe/genre normatifs imposé par l’environnement social et culturel.

Gender Questioning : s’identifier comme en phase d’interrogation ou d’indécidabilité par rapport à son genre et aux genres.

Gender Variant : désigne des variations d’expressions de genre qui peuvent être synonymes de synonyme de «Gender Non Conforming» mais non nécessairement.

Genderqueer : identités de genre qui se situent en dehors du/et en réaction au « binarisme » homme/femme hétérosexuel et aux stéréotypes de genre ou personnes qui cumulent plusieurs identités de genres. Terme qui regroupe toutes les identités de genre volontairement dissidentes en relation ou non avec une volatilité en matière d’orientation sexuelle. Les « genderqueer » peuvent s’identifier comme transgenres.

Genre :

H

Homosexuel :

I

Intersex : personnes dont le sexe ne peut être assigné en fonction des critères de détermination homme/femme médicaux (chromosomes, apparence du tissu génital, appareil génital et reproducteur). Identité choisie et/ou militante pour les personnes qui refusent les assignations de sexe précoces (hormonothérapie et chirurgie) sur les enfants intersexes.

Intersexué :

J

K

L

M

Male to Female : personne trans dans le sens garçon vers fille, homme vers femme.

Masculin

MTF : abréviation pour Male to Female qui présente l’avantage de ne pas préciser les deux genres.

N

Neither : personne qui ne s’identifie ni comme homme ni comme femme.

Neutrois : personne qui s’identifie comme étant sans genre ou non génré.é. Voir Agender.

Non-binary : personne qui refuse les identifications de genre qui se conforment au schéma binaire où sexe et genre doivent être alignés: homme/femme («sexe») // masculin/féminin (genres).

O

Other : personne dont la ou les identités de genre se situent en dehors du système sexe/genre binaire ou en tant que 3e ou tout autre genre.

O : (ou peut-êre zéro) case alternative à H/F sur les documents administratifs.

P

Pangender : personnes qui refusent le « binarisme » [aspect bininaire] des genres (homme/femme hétéronormatif et correspondant à la différence sexuelle) parce qu’ils s’identifient à ou pratiquent tous ou plusieurs genres. Proche de genderqueer.

Q

Qeer :

R

S

T

t-girl inside
T Girl

Trans : terme générique qui regroupe les personnes trans (les transsexuel et transgenres) et les personnes qui s’identifient comme trans en tant que tels.

Trans* : terme chapeau qui permet de regrouper les personnes trans dans leur diversité et de ne pas opposer transsexuels.les et transgenres comme l’indique l’astérisque quelque fois remplacée par une apostrophe. Proche de «Trans».

Trans* Female : personne de sexe non féminin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre féminine.

Trans* Male : personne de sexe non masculin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre masculine.

Trans* Man : personne de sexe non masculin qui revendique à la fois une identité trans et une identité d’homme.

Trans* Person : personne qui revendique à la fois une identité trans et une identité de genre en dissonance avec le sexe assigné à la naissance.

Trans* Woman : personne de sexe non féminin qui revendique à la fois une identité trans et une identité de femme.

Transgender : terme qui regroupe les personnes qui ne souhaitent pas s’identifier comme transsexuels/les en raison de la connotation médicale et « pathologisante » du terme ou qui revendiquent d’autres identités de genres liées ou non à la construction de sexes alternatifs.

Trans Female : personne trans féminine ou identifiée femme.

Trans Male : personne trans masculine ou identifiée masculine.Trans Man: personne transsexuelle ou transgenre qui a été assignée femme à la naissance mais qui s’identifie comme homme.

Trans Person : personne trans au sens générique ou personne trans qui revendique son identité de trans tout autant que son identité de genre.

Trans Woman : personne transsexuelle ou transgenre qui a été assignée homme à la naissance mais qui s’identifie comme femme.

Transgender Female  : qui a une identité de genre féminine mais qui à la différence des personnes transsexuelles n’a pas forcément recours à la chirurgie ou à l’hormonothérapie pour aligner son sexe et son genre ou qui fait appel à l’une ou à l’autre.

Transgender Male : qui a une identité de genre masculine mais qui, à la différence des personnes transsexuelles, n’a pas recours à la chirurgie ou à l’hormonothérapie pour aligner son sexe et son genre ou qui fait appel à l’une ou à l’autre. 


Transgender Man : personne qui s’identifie comme homme trans mais non transsexuel.

Transgender Person : personne qui s’identifie comme transgenre; plus large que transsexuel ou transgenre et en déconnexion avec son sexe assigné à la naissance ou avec son sexe «biologique».

Transgender Woman : personne qui s’identifie comme homme trans mais non transexuelle.

Transsexual : personne qui s’identifie comme transsexuel selon la définition médicale et a généralement recours à l’hormonothérapie et à la chirurgie pour faire coïncider, sexe, genre et présentation de soi.

Transsexual Female, Transsexual Woman : femme transsexuelle.

Transsexual Male, Transsexual Man : homme transsexuel.

Transsexual Person : personne transsexuelle.

Transgendérisme  : fait pour une personne de s’identifier, au moins en partie, à d’autres genres que celui attribué à sa naissance et d’en adopter le mode de vie. Une personne transgenre est ainsi une personne qui adopte une identité de genre non liée à son sexe de naissance mais sans nécessairement subir de chirurgie de réattribution sexuelle.
De manière générale, le terme « transgenre » peut également désigner toute personne qui rejette en tout ou en partie son identité de genre assignée ou qui ne s’identifie pas aux règles des genres masculins et féminins traditionnels.

Transgénérisme : (voir trangendérisme)

Transexuel

Trav : abréviation des travesti

Travesti :

Troisième sexe :

U V

W

Wo-spirit : terme générique qui désigne des hommes qui pratiquent une identité de genre féminine et des femmes qui pratiquent une identité de genre masculine chez les Native Americans.

X Y Z

Voir aussi notre article : 52 GENRES SUR FACEBOOK

 

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