Transphobie et identité de genre

Transgenderpride

Qu’est-ce que la transphobie?

La transphobie
désigne les marques de rejet, de discrimination et de violence à l’encontre des personnes transexuelles ou transgenres.

En général, les agresseurs transphobes ne font pas la distinction entre une personne transsexuelle (qui a subi une opération chirurgicale) et une personne transgenre (qui garde le sexe biologique de naissance, mais prend l’apparence du sexe opposé)

Alors que la tendance générale en 2014 s’illustre plutôt par une baisse du nombre de témoignages par rapport à l’an dernier, ce n’est pas le cas pour la transphobie : 76 en 2014 pour 79 en 2013. L’espace public au sens large en concentre le plus grand nombre, qu’il s’agisse des lieux publics,  des commerces et services, mais aussi de cet espace public virtuel qu’est Internet.

Consulter le rapport annuel 2015 de SOS homophobie

Statistiques 2015 - transphobie

Transphobie sur Internet : la haine anonyme

Cette année encore, la transphobie sur la Toile se manifeste par différents canaux : réseaux sociaux, commentaires,  sites Internet.  Les personnes qui nous signalent ce genre de propos sont le plus souvent des hommes ou femmes cisgenres [qui se reconnaissent dans leur sexe biologique et] qui s’avèrent choqué-e-s par ce qu’ils-elles lisent. C’est à souligner, car cela montre bien que le travail de sensibilisation progresse. La brièveté des messages sur Facebook et Twitter rend les propos transphobes d’une rare virulence. Ceux-ci sont souvent accompagnés d’une grande vulgarité :

  • « La meuf on dirais un singe avec c poil elle parle encore sale trans de merde » (sic),
  •  « Ecoutes c’est simple,  si t’as encore tes grosses couilles poilues sous ta jupe, on dit IL » (sic).

Un événement a particulièrement cristallisé la transphobie sur Internet et plus largement dans les médias :  la victoire de Conchita Wurst, drag queen portant la barbe, à l’Eurovision. Moqueries, insultes, mais aussi incitation à la haine la plus pure lorsqu’un internaute suggère par une photo sur Twitter de l’envoyer en camp de concentration. Elle sera également prise pour cible aussi bien par Dieudonné dans son nouveau spectacle que par des bulletins d’information de la Manif pour tous.

Délit de faciès

Que ce soit dans les transports ou dans la rue, il ne fait pas bon assumer sa transidentité ni même son androgynie.

Regards insistants,  commentaires désobligeants lancés d’une voix bien audible, insultes homophobes et transphobes mélangées, agressions verbales et physiques… A la violence des propos ou des actes se rajoute souvent l’absence de réactions des témoins éventuel-le-s.

Les victimes se font agresser le plus souvent seules, sur la base de leur simple apparence physique, parce qu’ils-elles ne correspondent pas aux codes établis du masculin et du féminin ; mais aussi avec leur partenaire suite à des marques d’affection,  parce que leur couple échappe aux standards normés.

Ainsi,  un FtoM [qui a fait sa transition de femme à homme] raconte qu’on l’a interpellé dans la rue avec son compagnon en les prenant pour un couple gay et que l’agresseur s’est calmé lorsqu’il a cru comprendre (ou voulu comprendre) qu’il était une femme – et donc, selon son raisonne-ment, que le couple était hétérosexuel. En dépit de l’apparence masculine de la victime, c’est sa présumée appartenance au sexe féminin qui l’a épargnée.

La transphobie suit les logiques propres à chacun-e… Plusieurs agressions physiques sont à signaler dans les lieux publics : coups de poing, coups de pied, souvent précédés d’insultes. Dans certains cas,  ces agressions entraînent jusqu’à 8 ou 10 jours d’ITT [incapacité temporaire de travail ou incapacité totale de travail ] et occasionnent des séquelles aussi bien physiques que psychologiques.

Des client-e-s pas comme les autres

C’est dans la vie quotidienne que se manifeste la transphobie ordinaire. Les moindres démarches administratives apparaissent comme un véritable parcours du combattant.

Lorsqu’au guichet d’une administration certain-e-s employé-e-s ont sous les yeux des papiers avec mention du sexe de naissance de la personne,  ils ne se  privent pas de moquer, voire d’humilier leurs client-e-s trans.  Une banque demande une attestation du chirurgien ayant opéré la personne,  une autre envoie les relevés de compte avec  l’ancien prénom et « Monsieur » au lieu de  « Madame » , tel fournisseur d’accès à Internet complique la modification du genre des client-e-s, telle mutuelle refuse de prendre en compte un changement d’état civil pourtant acté par la Sécurité sociale… Ces situations engendrent bien souvent une forme de précarité : dans l’attente d’opérations bancaires ou de remboursements, comment s’en sortir ?

Ces marques de transphobie, qui s’apparentent à une forme de déni, soulignent combien la  simplification administrative est cruciale pour les personnes trans. Le changement d’état civil, au cœur des revendications, doit être facilité de toute urgence afin de permettre à chacun-e de vivre comme tout le monde.

Être soi-même partout, tout le temps : mission impossible ?

La prééminence de l’espace public dans les contextes de la transphobie illustre bien la difficulté d’être soi-même à l’extérieur.  Cette pression du dehors crée un mal de vivre bien spécifique qui s’exprime dans les témoignages que nous recevons.

D’âges variés, le plus souvent MtoF,  [transition d’homme à femme] des personnes trans en début de transition s’interrogent sur les réactions de leurs proches : famille, collègues, voisin-e-s. Alors que des adolescent-e-s semblent prendre conscience de plus en plus tôt de leur transidentité (tendance déjà constatée l’an dernier), des hommes de plus de 45 ans se définissant comme travestis témoignent régulièrement de leur mal-être à ne pas pouvoir exister comme femme aux yeux de leur entourage.

Cette négation de l’identité de genre crée une souffrance psychologique qui s’accentue chez les personnes isolées, pouvant aller jusqu’aux pensées et actes autodestructeurs.

Dans le débat public, les personnes trans ont été touchées par ces polémiques alimentées par les franges les plus réactionnaires de la société, particulièrement autour de la prétendue « théorie du genre » à l’école.  Films censurés,  journées de retrait de l’école, abandon des ABCD de l’égalité… autant de faits qui crispent totalement les discussions sur la question du genre et empêchent du même coup toute avancée législative. Car face à l’accumulation de contre-vérités, bien peu osent proposer des améliorations concrètes de la vie des personnes trans.

Source : Sos-Homophobie.org

2015 – 3 juillet, témoignage d’une expérience
sur la transphobie à Marseille – cliquez sur le lien :
Dans les pas d’une personne trans

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11 commentaires sur « Transphobie et identité de genre »

  1. Ce texte riche en enseignements devrait pousser l’homme d’accepter la différence et d’accorder la liberté de genre selon le droit à l’égalité de mieux vivre ensemble dans une ambiance de bonne fraternité sociale.
    Je tiens à souligner que la toile est devenue aussi lieu de certains agissements de transphobie où l’on vous persécute avec des têtes de morts, des masques occultes pour vous déranger. C’est dommage que ce lieu de partage soit détournée à d’autres fins inavouées.

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    1. @Bouesso : bienvenue sur ce blog et merci de ta participation.
      En effet, mon expérience de vie, en tant que transgenre, m’a permis de comprendre qu’au delà de nos petites revendications catégorielles, nous participons non seulement à notre émancipation personnelle, comme autrefois les femmes, mais aussi à celle de tous les êtres humains qui sont enfermés, depuis leur naissance, dans les carcans de la famille, de la société, de l’entreprise… Non pas que ces entités soient néfastes en elle-mêmes, loin de là, mais qu’elles véhiculent des archaïsmes qui sont en effet incompatibles avec une vie harmonieuse. Aussi si je n’accepte pas, je comprends la raison de la transphobie et j’espère que nous parviendrons à fournir l’information nécessaire à son éradication. C’est à son petit niveau, l’ambition du blog Double Genre.

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  2. Il a des termes cissexiste dans votre articles et ce n’est pas safe du tout.

    Les termes transgenre/transsexuel-LE désigne un trouble/une maladie psychiatrique et non le type de transition effectuée par la personne trans.

    Un sexe, qu’il soit reconstruit ou laissé tel quel est forcément biologique.

    On nous ASSIGNE un genre à la naissance en fonction de ce que nous avons entre les jambes, donc dire que nous voulons « ressembler au sexe opposé » n’a aucun sens et est d’une violence cissexiste épouvantable ( en plus d’être transphobe ! ).

    Les personnes cis ne sont pas en accord avec leur « sexe biologique » mais avec leur genre ASSIGNÉ à la naissance.

    Le sexe n’est PAS un genre. Le genre est dans la tête.

    Et ça serait bien de dire HOMME TRANS et non pas « FtoM ( femme vers homme ) » => c’est transphobe.

    Bref, il faut corriger ce texte, car tel qu’il est, il est hélas cissexiste, transphobe et donc unsafe.

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    1. Bonjour RashBandicootz,

      merci d’avoir pris le temps de poster un commentaire sur cet article dont le blog Double Genre n’est pas l’auteur, mais le média associatif qui l’a re-blogué, comme la majorité des articles qui sont publiés ici.

      Notre politique éditoriale est de poster sans modification, les textes que nous sélectionnons sur la Toile. Souvent nous y ajoutons nos commentaires entre [crochets] ou surlignés en rouge pour les mots qui nous dérangent, et cela pour bien les différencier des écrits de l’auteur que nous publions.

      Vous même, avez apporté votre excellente contribution à l’enrichissement du débat en détaillant les raisons pour lesquelles vous n’étiez pas d’accord avec l’opinion exprimée dans cet article. Franc et courtois, vous êtes le genre de lecteur que nous espérons nombreux sur ce blog qui n’a, à ce jour qu’un mois d’existence et plus de 70 articles publiés.

      Chaleureusement, Lio.

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  3. C’est choquant ce qui se passe en France, je suis américaine naturalisée depuis 2007, tous mes documents administratifs aux États-Unis ont été modifiés, dans certains cas en moins de cinq minutes, par exemple au Social Security office, où en repartant l’employée me souhaite une bonne journée Madame. Par contre, au Consulat français de New-York, rien à faire, en 2016 je suis toujours français homme avec mon prénom masculin, impossible de modifier quoique ce soit, le tout couronné d’une réception remplie d’hostilité à mon encontre, alors que je demandais un rendez-vous avec le Consul, refus catégorique, menace d’appeler la sécurité, mon cas est spécial, ils ne peuvent rien faire…
    Encore plus étonnée quand j’ai pu rencontrer des filles transgenres d’Allemagne, du Portugal et des Pays-Bas, qui ont pu changer d’État civil sans problème.

    La France est un pays où les gens voudraient vivre encore dans les années 80, où le français moyen estime que l’État a pour principale mission de prendre en charge toute la société, un pays qui décroche, avec deux fois plus de chômage qu’aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, une extrême droite à 40%…
    Dès que je suis en France pour un séjour, je ne peux m’empêcher de me rendre compte à quel point les gens sont nettement plus agressifs à Paris qu’à New-York, même si je reconnais que c’est moins stressant en province et que Paris et les parisiens sont insupportables!

    Rajouter à l’équation la visibilité trans, nous sommes forcément le réceptacle de toutes les frustrations de la société française. J’avais toujours penser revenir en France après mes cinquante ans, ça ne se fera pas.
    Sad but true!

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour Simonne, merci pour ton témoignage éloquant qui prouve bien que nous vivons toujours à l’époque de l’homme de Cro-Magnon ; et bienvenue dans la nation où celui qui fait office de président n’a réussi qu’une chose : à mettre le pays bas.

      Un pays où les députés se sont pressés dans l’hémicycle pour reluquer l’arrière train de Pamela Anderson (qui est certes attractif), alors qu’ils étaient quasi absents lors du vote sur « l’Etat d’Urgence », notre « Patriot Act » à la française. Nos « zélus », grassement payés, manipulent l’opinion par le biais des médias, interdisent toutes les manifestations jugées antigouvernementales, c’est à dire quasiment toutes, tandis que le français dont Charles de Gaulle se gaussait en le traitant de « veau », croit que l’abattoir fait partie de la théorie du complot.

      Alors évidemment, en ces temps de pré-guerre civile, le transgenre est pris pour bouc (ou chèvre) émissaire et accuse coups et injures. L’une des raisons en est que notre façon de vivre interpelle la partie la plus enfouie de l’individu qui se refuse à accepter son dualisme pour des rasions multiples (sociales, familiales…) ; et surtout refuse obstinément la part de l’autre sexe qui est en lui. Alors que s’il l’acceptait, il pourrait temporiser sa mièvrerie pour les unes et sa brutalité pour les « huns ».

      Enfin en France, comme en dans les années 1941/45, il y a des poches de résistance où vous pouvez être accueillie en tout bienveillance (atriumcenter@yandex.ru , pour une réponse privée et plus personnalisée).

      Chaleureusement, Lio.

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  4. C’est réellement un plaisir de lire vos publications. Toutes formes de discrimination est, selon moi, un crime contre l’humanité. Une humanité est composée d’une multitude de mosaïques qui doivent apprendre à coexister au risque de disparaître tôt ou tard. Une disparition causée par l’épuisement d’une « lutte » complètement inutile contre l’autre. Cet autre qui a pourtant tant à donner et à apporter à cette humanité.
    Rejeter les autres équivaut à mettre en place une relation incestueuse au sein de la société appauvrissant ainsi le patrimoine à la fois culturel, philosophique et idéologique.
    Humble opinion de ma part.

    Aimé par 1 personne

    1. @Rolland: merci pour ce beau texte qui expose bien la nature du problème de la coexistence de tous les êtres humains sur notre planète. Votre écrit me fait penser au livre « Et on tuera tous les affreux » de Vernon Sulivan, alias de Boris Vian. Dans ce roman, somme toute optimiste, l’auteur raconte l’histoire d’une ile où règne une sorte de docteur Mengele qui a décidé que la reproduction humaine se réaliserait désormais en faisant s’accoupler uniquement les plus beaux spécimens des deux sexes. Mais voilà ! après des années, la lassitude s’installe peu à peu : des « beaux », toujours des beaux, ça lasse ! pensent les femmes ; jusqu’au moment où un navire venant à s’échouer sur l’ile, ses marins tous bancals et hideux voient leur côte d’amour s’envoler et les éphèbes indigènes (indignes de leurs gênes 😉 ?) perdre la leur 🙂

      Aimé par 1 personne

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