Francis Bacon en travesti sur une photo ?

FrancisBacon
Le peintre Francis Bacon en travesti sur une vieille photo

Le logiciel de reconnaissance faciale de la CIA (Agence centrale du renseignement) a identifié le visage de la Femme inconnue photographiée par John Deakin il y a plus de 80 ans, comme étant en réalité celui du peintre britannique.

C’est l’histoire insolite révélée par le Guardian hier. Le modèle d’un cliché pris par le photographe de rue John Deakin ne serait autre que le peintre Francis Bacondéguisé en femme.

En avril dernier, le quotidien britannique a consacré un diaporama à la carrière du photographe new-yorkais. La première image représente le peintre Francis Bacon entouré de ses deux carcasses. Réalisée pour Vogue en 1952, l’image est restée comme sa photo la plus célèbre. Le dernier cliché, moins fameux, s’intitule sobrement Femme inconnue, années 30. Le cliché dans les tons sépia montre une femme, simplement vêtue d’un collier de perles contrefaites et d’un trench-coat de couleur claire. L’expression sur son visage, encadré de cheveux courts et foncés, est triste, perdue.

C’est un commentaire anonyme qui va pousser le conservateur des archives de Deakin, Paul Rousseau, à se pencher plus attentivement sur la photo. Un premier commentateur note que l’image avait dans un premier temps été titrée Travesti, années 50. Un autre commentaire vient s’y ajouter et évoquer la possibilité qu’il s’agisse du peintre Francis Bacon déguisé en femme. Intrigué par ces remarques, Rousseau compare la photo avec plusieurs clichés du peintre des Trois études de figures au pied d’une crucifixion. Il est bouleversé par la similitude des traits.

Il explore les archives et parvient à établir que la photo a été prise en 1945, au tout début de la carrière de Deakin. L’image fait partie d’un set de quinze photos destinées au magazine Lilliput, à l’époque réputé pour ses photos osées de nus féminins. Au nombre des modèles de cette séance, Rousseau identifie deux proches du photographe grimés en femme, Denis Wirth-Miller et Richard Chopping. Le goût pour le travestissement de ce dernier, illustrateur de son métier, a beaucoup fait jaser le Londres des années 1960. Il était notamment connu pour donner ses cours au prestigieux Royal College of Arts intégralement habillé en femme.

Des éléments biographiques sur Francis Bacon renforcent encore les soupçons du conservateur. À 16 ans à peine, le peintre se serait fait renvoyer du foyer par son père, qui l’aurait surpris en train d’essayer les sous-vêtements de sa mère. Il aurait dès lors eu la fâcheuse habitude d’arborer culottes et bas. Qui plus est, transcender ainsi les limites du genre en basculant d’un sexe à l’autre semble plutôt cohérent pour le peintre de la dislocation des corps qu’est Bacon.

Un décolleté qui interroge

La destinée de ces clichés semble elle aussi trahir l’importance qu’ils avaient aux yeux de Deakin. S’il s’est débarrassé d’une grande partie de son travail, le photographe a toujours conservé ces photos, précieusement cachées sous son lit d’où elles n’ont été tirées qu’à sa mort en 1972. Elles n’ont jamais été publiées, probablement au motif que, jusque dans les années 1970, et les premières lois dépénalisant l’homosexualité, le travestissement était souvent le prétexte qui justifiait la persécution des homosexuels en Angleterre.

Fort de cette intime conviction, Rousseau utilise alors le logiciel de reconnaissance faciale mis au point par la CIA. S’il ne permet pas de prouver à 100% qu’il s’agisse des artistes cités, la ressemblance entre eux et les modèles déguisés de Deakin est dans tous les cas confirmée.

Reste un léger doute. Certes le visage est en tous points similaire à celui de Bacon. Certes le grain de beauté au creux du torse du modèle est la réplique exacte de celui que le peintre arbore sur ses portraits officiels. Pour autant, le décolleté plongeant – et fourni, révélé par le manteau échancré interroge. Rousseau explique ce détail troublant par les dons de Deakin en matière de retouche: «Il était connu pour manipuler ses photos au moyen d’une couche de peinture». Mais laisse la porte ouverte à une autre explication: «Sauf si c’est Bacon lui-même qui a appris à manipuler ses «seins» de cette manière?». Le mystère demeure.

Par Claire Rodineau
Mis à jour le 17/06/2014 à 15:09 | Publié le 17/06/2014 à 13:21
Source : LeFigaro.fr

2° article : Une « inconnue » nommée Francis Bacon ?

"Une inconnue, années 1930", "Un travesti, années 1950", ou Francis Bacon travesti dans les années 1940 ?

Tout a commencé par le cliché d’une « inconnue, années 1930 », le cheveu noir en bataille, le regard intense sous des paupières lourdement fardées, plusieurs rangées de fausses perles au cou et un col de manteau ouvrant sur un décolleté. Une photographie présentée parmi d’autres portraits de la scène artistique de Soho par le photographe John Deakin, à la Photographer’ Gallery, à Londres, depuis le 11 avril et jusqu’au 20 juillet.

Le Guardian l’avait sélectionnée pour son article sur la trajectoire du portraitiste britannique, mort en 1972, et elle avait inspiré un échange de commentaires entre internautes. L’un relevait que la photo avait été légendée “Travesti, 1950” sur le site de la galerie, un autre lui répondait qu’il s’agissait « Peut-être [de Francis] Bacon en travesti ? »

HOMOSEXUALITÉ INTERDITE

Une remarque qui n’a pas échappé à Paul Rousseau, le directeur des archives de Deakin, qui a effectivement trouvé que la ressemblance était frappante. « Je n’y avait malheureusement jamais pensé avant », a-t-il déclaré au Guardian, qui revient sur l’histoire. Dans les années 1950 et 1960, Bacon et Deakin se fréquentaient. Bacon, qui admirait le travail du photographe, lui avait commandé une série de clichés, afin de s’en servir pour peindre ses autoportraits.

Après une recherche approfondie, il s’est avéré que la photo appartenait à une série datant de 1945, soit parmi les plus anciennes prises par le photographe. Dans cette quinzaine de photos de figures féminines, Paul Rousseau a décelé des ressemblances avec plusieurs artistes amis de Deakin qui aimaient se travestir, comme le peintre Denis Wirth-Miller et l’illustrateur Richard Chopping. Le conservateur rappelle par ailleurs « de nombreuses références à l’habitude de Bacon de se travestir ».

Sur l’ensemble des photos, un seul nom est précisé, celui d’une femme. Rousseau en déduit qu’elle ne courrait aucun risque à être nommée, contrairement aux travestis, à une époque où l’homosexualité était encore interdite au Royaume-Uni (ce qui fut le cas jusqu’en 1967, où le Sexual Offences Act lui offrait un premier cadre légal très limité).

LE MYSTÈRE DU DÉCOLLETÉ

Paul Rousseau a finalement eu recours à un logiciel de reconnaissance facial pour comparer les photos avec des portraits des amis du photographe, dont Bacon. Et le résultat est plutôt probant :

il semblerait par ailleurs que Deakin avait un attachement particulier pour ces photos, lui qui en gardait peu. Celles-ci ont en effet été dénichées sous son lit, à sa mort, par le responsable de la photo du Sunday Times.

Reste un mystère : celui du décolleté. Le portrait laisse deviner une poitrine indéniablement plus développée que le torse de Bacon ne donne à voir sur un célèbre portrait de lui par Deakin réalisé pour Vogue en 1952, où il soulève deux grandes pièces de viande. Le Guardian relève qu’un grain de beauté apparaît au même endroit. Rousseau affirme que « Deakin était connu pour truquer ses photos, notamment en utilisant des couches de peinture ».

  •  Emmanuelle Jardonnet
    Journaliste au Monde
    Publié par : 18.06.2014 | Mis à jour le 20.06.2014
    Source : LeMonde.fr

    [Commentaire Double Genre :

    Si, seule la journaliste du Figaro fait étalage de transphobie à l’encontre de Francis Bacon, en utilisant des termes péjoratifs comme « déguisé » ou pire, « grimé » (surlignés par nous en rouge), tous deux insistent sournoisement sur la nature contrefaite des perles du collier (qui représente en fait son possesseur) et ne peuvent s’empêcher d’associer automatiquement travestissement et homosexualité. Enfin, cerise sur le gâteau, ou grain de beauté sur la poitrine,  ils ne connaissent rien aux artifices des travestis, et en sont réduits à se poser la question hautement métaphysique : mais comment son décolleté peut-il montrer une poitrine formée ?

    En conclusion, nous restons persuadés que cette photo est truquée, dans le sens où la censure en a certainement réduit le cadrage, nous privant ainsi d’une belle photo de l’artiste qui s’il démembrait les corps, comme cela a été justement remarqué, les peignait ainsi, peut-être parce que la société de l’époque, comme l’actuelle, obligeait Francis Bacon à se couper en deux en l’obligeant à se vêtir en homme alors que ce n’était pas son désir profond.]

 

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2 commentaires sur « Francis Bacon en travesti sur une photo ? »

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